Les soldes d’été 2026 ont révélé un dilemme croissant pour les commerçants : comment concilier maximisation des profits et réduction du gaspillage, alors que les techniques marketing poussent les consommateurs à acheter davantage, parfois au détriment de leur portefeuille et de l’environnement. Selon une étude récente citée par The Conversation, les promotions comme les offres “un acheté, un offert” (BOGOF) ou les réductions de prix ne se valent pas en termes d’impact sur les ventes et les stocks invendus.
Deux stratégies, deux enjeux
Les enseignes privilégient deux approches distinctes pour écouler leurs stocks : les baisses de prix, qui réduisent le coût unitaire, et les promotions quantitatives comme les offres BOGOF, qui incitent à acheter en plus grande quantité. Ces dernières exploitent un effet psychologique connu : l’utilité marginale décroissante. Plus un consommateur achète, moins il perçoit de valeur dans chaque unité supplémentaire, ce qui le pousse à acheter davantage pour profiter de la promotion. Résultat, les stocks s’écoulent, mais les marges se compressent et les déchets augmentent, selon The Conversation.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte plus large : la surproduction dans la mode, le gaspillage alimentaire, et l’empreinte écologique des chaînes d’approvisionnement. Les soldes, avec leurs réductions agressives, aggravent ces problèmes en stimulant des achats impulsifs, souvent superflus. Les consommateurs, quant à eux, ont tendance à confondre une réduction de 50 % et une offre BOGOF, pensant qu’elles reviennent au même. Pourtant, les recherches montrent que ces deux types de promotions ont des impacts très différents sur les comportements d’achat et les stocks finaux.
Manipulation comportementale : les “dark patterns” qui poussent à acheter
Derrière les réductions alléchantes se cachent des techniques marketing plus sournoises, qualifiées de “dark patterns” par la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF). Selon L’Internaute, ces méthodes visent à créer un “faux sentiment d’urgence” chez les consommateurs, avec des messages comme “Il ne reste que 2 articles en stock” ou “Offre valable encore 47 minutes”. Pourtant, ces alertes sont souvent artificielles : les stocks se renouvellent automatiquement, et les compteurs repartent à zéro dès qu’on rafraîchit la page.

“Ces compteurs et alertes sont souvent artificiels. Le stock se renouvelle le lendemain ou le timer repart à zéro quand vous rafraîchissez la page.
Autre technique décriée : le “piège des apparences”, où les boutons de refus sont moins visibles que ceux d’acceptation, ou encore le “piège du fait accompli”, qui ajoute des frais ou des options supplémentaires au dernier moment, juste avant la validation du paiement. Ces pratiques, illégales en France, visent à accélérer la décision d’achat et à contourner la réflexion du consommateur. En 2025, la DGCCRF avait déjà relevé 1 247 infractions de ce type, un chiffre qui pourrait avoir augmenté depuis, selon Consonews.
Quels sont les risques pour le consommateur et l’environnement ?
Pour les consommateurs, ces techniques peuvent mener à des achats impulsifs et à un dépassement du budget prévu. Selon Consonews, la meilleure protection reste la vigilance : préparer une liste d’achats avant les soldes, comparer les prix sur plusieurs plateformes, et attendre quelques heures avant de finaliser un achat important. Une question essentielle se pose : quel produit aurait été acheté en dehors d’une période promotionnelle ?
Côté environnement, l’impact est tout aussi préoccupant. Les promotions qui poussent à acheter en plus grande quantité contribuent à la surproduction et au gaspillage, notamment dans les secteurs de la mode et de l’alimentation. Les enseignes se retrouvent souvent avec des stocks invendus qu’elles doivent écouler à tout prix, d’où le recours à des techniques parfois discutables. Pour les commerçants, le défi est de taille : comment concilier rentabilité et durabilité sans sacrifier l’une ou l’autre ?
Que dit la loi et que peut faire le consommateur ?
En France, certaines de ces pratiques sont encadrées par la loi. La DGCCRF rappelle que les frais supplémentaires doivent être clairement indiqués avant l’achat, et que les messages d’urgence doivent refléter une réalité commerciale. Cependant, la mise en œuvre de ces règles reste un défi, surtout en ligne, où les techniques de manipulation sont plus difficiles à détecter. Les consommateurs peuvent signaler les pratiques abusives à la DGCCRF ou aux associations de défense des consommateurs.

Pour les enseignes, la solution pourrait passer par une approche plus transparente et responsable. Certaines marques commencent à adopter des promotions plus durables, comme des réductions ciblées sur des produits déjà en stock plutôt que des offres incitant à surconsommer. Mais le changement prendra du temps, et les soldes 2026 ont encore une fois montré que le dilemme entre profit et gaspillage reste entier.
Que nous réserve l’avenir des soldes ?
À l’heure où la prise de conscience écologique s’accélère et où le pouvoir d’achat des ménages se fragilise, les soldes pourraient bien devoir évoluer. Les consommateurs sont de plus en plus nombreux à boycotter les promotions jugées abusives, et les régulateurs surveillent de près les pratiques des enseignes. Reste à savoir si les commerçants parviendront à innover pour concilier attractivité commerciale et respect de l’environnement, ou si les soldes continueront à être synonymes de gaspillage et de manipulation.
Une chose est sûre : les prochaines éditions des soldes ne seront pas les mêmes. Entre la pression des consommateurs, les exigences des régulateurs et la nécessité de réduire l’impact environnemental, les enseignes devront faire des choix. Et pour les consommateurs, la vigilance restera de mise.
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