Publié le 15 octobre 2025 à 05h00. Les finances des municipalités québécoises présentent une amélioration notable, avec une diminution de l’endettement et une croissance des revenus supérieure aux dépenses, grâce à un meilleur partage des responsabilités entre les villes, la province et les promoteurs immobiliers.
- La dette à long terme des municipalités québécoises a diminué de 13 points de pourcentage entre 2019 et 2024, passant de 125 % à 112 % de leurs revenus.
- Les revenus par habitant ont augmenté de 7,2 % depuis 2019, tandis que les dépenses par habitant n’ont progressé que de 4,6 %.
- Une part croissante des revenus municipaux provient désormais de transferts provinciaux et fédéraux, ainsi que de contributions des promoteurs immobiliers.
Les contribuables québécois peuvent se réjouir d’une situation financière municipale en nette amélioration, à l’approche des élections. L’analyse des données compilées par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation révèle une tendance positive à l’échelle de la province.
Selon cette analyse, la dette à long terme des municipalités, en proportion de leurs revenus, a connu une baisse significative. En 2019, elle atteignait 125 %, pour s’établir à 112 % en 2024. L’année 2019 a été choisie comme point de référence afin d’éviter les distorsions liées à la pandémie de COVID-19.
Cette amélioration s’accompagne d’une croissance des revenus municipaux. Ajustés pour l’inflation, les revenus par habitant ont augmenté de 7,2 % depuis 2019, tandis que les dépenses par habitant n’ont progressé que de 4,6 %. Cette hausse est en partie attribuable à l’augmentation des transferts financiers provenant de la province, du fédéral et d’autres municipalités. Sur les 252 $ supplémentaires par habitant que reçoivent les villes et municipalités québécoises, 156 $ proviennent de ces transferts.
Danielle Pilette, professeure associée au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM et experte en finance municipale, explique cette situation :
« Quand on prépare le budget, on sous-estime les revenus et on surestime les dépenses. »
Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM
Elle précise que la loi oblige les municipalités à présenter un budget équilibré.
« Si elles font un déficit, ça devient le premier poste à combler l’année suivante. Il faut avoir une attitude un peu conservatrice et être certain de ne pas en faire. »
Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM
Toutefois, enregistrer un surplus budgétaire n’est pas toujours un signe positif. Jessy Létourneau, associé de la firme de gestion municipale Services Rioux et directeur général de la municipalité de Saint-Chrysostome, souligne que cela peut s’expliquer par le report de projets pour lesquels des fonds avaient été prévus.
« [Ça peut être] un manque de temps, un manque de main-d’œuvre ou des coûts trop élevés. Quand on budgète un camion de pompiers à 1 million et que ça sort 2 millions, on a un problème. »
Jessy Létourneau, associé de Services Rioux et directeur général de Saint-Chrysostome
Les promoteurs et les gouvernements assument davantage de responsabilités
Les experts interrogés attribuent l’allègement de la dette des municipalités à une participation accrue de la province et des promoteurs immobiliers. Le financement provincial des infrastructures s’est intensifié ces dernières années, en particulier dans les petites municipalités, qui s’endettent souvent en contrepartie d’une contribution financière de Québec.
Les transferts futurs du gouvernement provincial destinés au remboursement de la dette à long terme des municipalités de moins de 10 000 habitants couvrent désormais 28 % de celle-ci, une augmentation de sept points de pourcentage par rapport à 2019. Mme Pilette illustre cette tendance avec l’exemple du traitement des eaux usées :
« Aux villes qui ne faisaient à peu près pas d’épuration des eaux, [le gouvernement] a imposé de le faire. On leur imposait de s’endetter pour participer au programme, d’où la volonté de soulager la dette des municipalités. »
Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM
Une autre évolution notable est la participation des promoteurs immobiliers au financement des infrastructures.
« Maintenant, quand vous regardez des annonces de nouveaux projets, vous voyez toujours que c’est “infrastructures incluses” »
Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM
Dans ce modèle, ce n’est pas la municipalité, mais le promoteur qui assume la construction et le financement des infrastructures liées à un projet immobilier.
« C’est le promoteur qui assume cette dette-là et qui la refile au propriétaire lorsqu’il vend son produit résidentiel. »
Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM
Dans certains cas, les promoteurs versent également des redevances à la Ville pour financer les nouvelles infrastructures, par exemple lorsqu’un projet nécessite une mise à niveau du réseau de distribution d’eau. Le Réseau express métropolitain (REM) et le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal sont également partiellement financés par ces redevances.
Selon la professeure Pilette, cette pratique allège la dette des municipalités, mais pourrait avoir des effets pervers et entraîner une augmentation des prix :
« Quand c’est le promoteur qui paie, ça doit être un promoteur relativement gros et donc la concurrence diminue. Ça explique en partie l’augmentation très forte des rôles d’évaluation. »
Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM
Palmarès des municipalités du Québec
Votre ville est-elle surendettée ? Coûte-t-elle plus cher à administrer que ses voisines ? Consultez le palmarès de La Presse !
Les 869 municipalités ayant déposé leur rapport financier auprès du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation pour l’exercice se terminant le 31 décembre 2024 sont comparées selon deux indicateurs. Les 10 meilleures et les 10 pires dans chaque catégorie de population sont présentées dans ce palmarès.
La dette en proportion des revenus
Les pires


… et les meilleures



Ce palmarès compare la dette à long terme des municipalités exprimée en pourcentage de leurs revenus. Pour faciliter la comparaison, seule la dette assumée par la municipalité est comptabilisée, c’est-à-dire que les transferts futurs du gouvernement du Québec qui sont consacrés au service de la dette ont été déduits.
Dépenses administratives par habitant
Les pires



… et les meilleures



Ce palmarès compare le coût par habitant nécessaire pour administrer la municipalité. Les dépenses administratives comprennent entre autres les sommes consacrées au fonctionnement du conseil municipal, au salaire des fonctionnaires, à la greffe, à la gestion administrative et financière de la ville et à la préparation des rôles d’évaluation foncière.
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