Publié le 10 octobre 2025 05h00:00. L’esthétique des espaces liminaux, ces lieux à la fois familiers et déconcertants, fascine de plus en plus. Des couloirs de métro déserts aux hôtels vides, ces environnements étranges inspirent désormais le cinéma et les jeux vidéo, comme en témoigne le film d’horreur japonais Exit 8.
- Le film Exit 8, récemment sorti dans les salles tchèques, se déroule entièrement dans des espaces liminaux, explorant la sensation d’isolement et de désorientation.
- Cette fascination pour les lieux « entre deux » s’est développée grâce à Internet, notamment via des forums de discussion et des vidéos virales.
- Les espaces liminaux évoquent des thèmes psychologiques profonds liés à la transition, à la vulnérabilité et à l’inconnu.
Un long couloir vide, un miroir renvoyant une image sans fin, des flèches au sol indiquant une direction sans présence humaine… Ces sensations, à la fois étranges et familières, sont au cœur de l’esthétique des espaces liminaux. Un phénomène qui, bien que discret il y a encore quelques années, gagne en popularité, influençant désormais la culture populaire.
Le film d’horreur japonais Exit 8, qui vient de faire son entrée dans les cinémas tchèques, illustre parfaitement cette tendance. L’intrigue suit un homme anonyme perdu dans les dédales des souterrains de Tokyo. Ce qui est habituellement un simple lieu de passage, observé en coup de regard à travers l’écran d’un téléphone, devient un labyrinthe sans fin. Le protagoniste doit alors faire preuve d’une attention extrême aux moindres détails pour espérer retrouver son chemin.
Exit 8 est une adaptation du Kotake Studio du même nom. Mais ce n’est pas un cas isolé. L’esthétique liminale émerge de plus en plus dans divers domaines. Il suffit d’une seule photographie, d’un forum de discussion, ou d’une vidéo enthousiaste pour constater l’ampleur du phénomène. Une tendance que les journalistes, les développeurs de jeux et les studios de cinéma commencent à saisir.
Le forum Reddit r/LiminalSpace, où les internautes partagent depuis six ans des photos de couloirs d’hôtels déserts, de piscines vides ou de bureaux abandonnés, compte aujourd’hui près d’un million de membres. La courte vidéo The Backrooms, mise en ligne sur YouTube il y a quatre ans par un créateur de seize ans, connu sous le pseudonyme Kane Pixels, a déjà recueilli 68 millions de vues. L’histoire d’un caméraman qui se retrouve piégé dans un bureau mal éclairé et abandonné aura même droit à une adaptation en long métrage l’année prochaine, réalisée par Kane Pixels lui-même, désormais connu sous le nom de Parsons, et produite par le célèbre studio A24.
On retrouve également des lieux liminaux dans la série primée Separation (Severance), où les intérieurs anxiogènes de l’entreprise évoquent un sentiment de déshumanisation. Cependant, cette esthétique est apparue dans la culture bien avant ces exemples récents. Certains y voient un écho aux scènes du film Shining de Kubrick, où le jeune Danny chevauche dans les couloirs de l’hôtel isolé. On pourrait même remonter encore plus loin dans l’histoire, en considérant le mythe d’Orphée descendant aux enfers comme une première représentation de cet espace « entre deux mondes ».
Pourquoi ces lieux étranges exercent-ils une telle fascination ? Peut-être est-ce une manière de porter notre attention sur un environnement technologique omniprésent, ou de nous arracher à la routine pour nous retrouver dans un lieu où il n’y a pas de « point de repère ». C’est le cas d’Exit 8, qui attire l’attention sur ce que l’on ignore habituellement dans nos déplacements quotidiens, que ce soit les détails sur les affiches ou les passants anonymes. Grâce à la technologie, nous avons également appris à exprimer nos propres émotions face à ces sensations.
L’auteur de l’article décrit son expérience personnelle dans le couloir de transfert de la station de métro Angel, conçu pour faciliter l’accès aux personnes en fauteuil roulant ou aux parents avec des poussettes. Il évoque le silence oppressant, l’absence de publicité, et la sensation d’être observé par les caméras de surveillance. Il attend, assis par terre, de voir ce qui va se passer.
Le terme « liminal » est issu de la psychologie et désigne un seuil, une période de vulnérabilité. Divorces, décès, naissances, voyages… L’auteur examine régulièrement la chapelle du terminal de l’aéroport Václav Havel, avec ses murs jaunis, ses lampes fluorescentes, son tapis orienté vers la Mecque, et les messages émouvants laissés par les voyageurs en partance. Un lieu de transition, où l’on dit au revoir à ceux que l’on quitte.
Voler dans un avion est également une expérience liminale par excellence. Ce n’est pas un hasard si, dans le film Aftersun de 2023, le père dit au revoir à sa fille dans le couloir gris de l’aéroport, un couloir liminal symbolisant la mort.
Dans Exit 8, le héros anonyme ne réalise qu’il s’est égaré dans le métro qu’au moment où il détourne les yeux de son téléphone. Le couloir symbolise alors une épreuve initiatique, un passage à l’âge adulte. Celui qui le traverse en ressort transformé.
Une mère avec une poussette le regarde. Le bruit de ses talons absorbe pendant un instant tout l’espace souterrain. Peu de sensations visuelles, mais beaucoup pour les oreilles. Quelque part en profondeur, le métro arrive. Puis il remarque que le chronométrage clignote sur le tableau au-dessus de lui. Un groupe de chiffres sous lequel vous pouvez soudainement tout imaginer.
Depuis combien de temps suis-je assis ici ? Sept minutes quinze secondes, affiche le chronomètre sur sa montre. Il attend, alerte. Le couloir des ascenseurs est destiné uniquement au passage entre les ascenseurs. « Merci », dit une voix féminine, étonnamment polie. Le silence revient.
Il prépare rapidement ses affaires et se dépêche jusqu’au bout de la zone de transport.
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