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BHP abandonne ses projets verts malgré ses records de profits et ses engagements climatiques

by Amélie Bernard
Un plan vert abandonné malgré les profits records

Les documents internes fuités révèlent que le géant minier BHP, premier émetteur mondial de CO₂ parmi les entreprises, a reporté sine die des projets clés de décarbonisation en Australie, malgré des engagements publics et des avertissements internes sur les risques réputationnels et existentiels. En mai 2026, le groupe, dont les opérations dans le Pilbara ont généré 22 milliards de dollars de profits avant impôts l’an dernier, mise désormais sur des investissements massifs dans des camions diesel — une stratégie en contradiction flagrante avec ses objectifs climatiques.

Un plan vert abandonné malgré les profits records

En 2023, BHP avait encore affiché une ambition claire : réduire ses émissions de 30 % d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ses dirigeants avaient même prévenu que « la décarbonisation urgente, conforme aux engagements publics de l’entreprise, sous-tend [son] licence d’exister, de se développer et de perdurer »[1]. Pourtant, selon des documents internes fuités à la presse australienne, dont The Guardian et l’ABC, le groupe a délibérément ralenti, voire abandonné, des projets majeurs. Un parc solaire de 50 mégawatts et une batterie de 20 mégawatts, prévus pour alimenter la mine de Jimblebar dès décembre 2027, ont été mis sur pause, sans financement avant 2031 au plus tôt. Pire : un projet colossal de 500 mégawatts combinant solaire, éolien et stockage, capable d’alimenter une ville entière, a été reporté indéfiniment.

Les raisons ? Une « probabilité faible de succès » pour atteindre les cibles actuelles, selon un mémo interne daté de mai 2025. Le groupe a préféré préserver ses options, en explorant des scénarios qui repoussent l’électrification de ses flottes de camions et de trains jusqu’aux années 2030, voire 2041 pour certains sites[2]. Cette stratégie contraste avec les avertissements répétés de ses propres cadres, qui soulignaient que « tout retard dans la réduction des émissions aurait des impacts réputationnels » et que « la lenteur des progrès en matière de décarbonisation porte des risques existentiels »[3].

Un plan vert abandonné malgré les profits records
cluster (priority): The Guardian

Des milliards investis dans le diesel, malgré les promesses

BHP, premier consommateur de diesel en Australie, continue d’investir des centaines de millions de dollars dans des camions thermiques, malgré des plans officiels pour les remplacer par des véhicules électriques dès 2027-2028. Les documents révèlent que le groupe a commandé pour plus de 500 millions de dollars de nouveaux camions diesel pour sa mine de Jimblebar, alors même qu’il avait reconnu que cette technologie était « mal alignée » avec sa stratégie climatique[4]. À la mine de Ministers North, prévue pour fonctionner jusqu’en 2041, les camions diesel resteront la principale source d’émissions directes, selon les déclarations faites à l’Environmental Protection Authority de l’Australie-Occidentale[5].

Le groupe justifie ces choix par des « retards technologiques » dans la maturation des camions électriques, mais les documents internes montrent que cette décision va à l’encontre de ses propres analyses. En 2022, BHP avait encore prévu de prolonger la durée de vie de sa flotte existante jusqu’en 2030, afin de pouvoir la remplacer par des véhicules zéro émission entre 2030 et 2035. Or, en 2023, cette stratégie a été abandonnée au profit d’achats massifs de camions neufs, dont la durée de vie s’étendra jusqu’en 2041 — une date bien au-delà de l’objectif de 2040 pour une transition complète vers le zéro émission[5].

Des milliards investis dans le diesel, malgré les promesses
cluster (priority): TV Tonight | Australia's Leading TV Blog

Un paradoxe économique et climatique

Comment comprendre ce revirement ? Les profits records du Pilbara — 22 milliards de dollars en 2025 — et le contexte géopolitique actuel, marqué par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et un affaiblissement des pressions des investisseurs américains en faveur de la transition écologique, pourraient expliquer cette lenteur[2]. Pourtant, les risques sont immenses. D’un point de vue financier, BHP s’expose à des coûts futurs bien plus élevés pour rattraper son retard. D’un point de vue réputationnel, le groupe, qui se présente comme un leader du climat depuis 2017, risque de perdre la confiance des actionnaires et des régulateurs. Enfin, sur le plan environnemental, ces choix pourraient compromettre les objectifs climatiques de l’Australie, dont les mines du Pilbara représentent plus d’un tiers des émissions nationales du secteur.

« La décarbonisation urgente, en ligne avec les engagements publics de BHP, sous-tend effectivement sa licence d’opérer, de se développer et de croître », rappellent les documents internes. Pourtant, le groupe semble avoir choisi de privilégier le court terme, malgré les avertissements de ses propres experts[1]. Cette stratégie, si elle se confirme, pourrait avoir des conséquences durables sur sa capacité à opérer dans un monde où les attentes climatiques ne cessent de croître.

Un paradoxe économique et climatique
cluster (priority): The Guardian

Que reste-t-il des engagements climatiques de BHP ?

À ce stade, BHP n’a pas encore commenté officiellement les fuites, mais les documents révèlent une incohérence flagrante entre ses discours publics et ses actions internes. Le groupe avait pourtant mis en avant, dès 2019, les risques « existentiels » liés à la dépendance aux énergies fossiles, lors d’un discours marquant prononcé par son ancien PDG, Andrew Mackenzie[3]. Six ans plus tard, alors que les records de chaleur se multiplient et que les pressions réglementaires s’intensifient, BHP semble avoir choisi une voie plus prudente — voire plus risquée — en reportant ses investissements verts.

La question qui se pose désormais est la suivante : jusqu’à quand le groupe pourra-t-il maintenir cette ambiguïté sans voir ses actionnaires, ses partenaires et les régulateurs réagir ? Les documents fuités montrent que le temps presse. Sans accélération significative avant 2030, BHP risque de se retrouver sans plan crédible pour atteindre ses objectifs de neutralité carbone d’ici 2050 — et, surtout, sans licence pour continuer à exploiter ses mines dans un monde où les attentes climatiques ne font que s’accroître.

Que reste-t-il des engagements climatiques de BHP ?
cluster (priority): Australian Broadcasting Corporation

Les prochains mois seront décisifs. Si BHP ne change pas de cap, ce ne sont pas seulement ses projets climatiques qui seront en danger, mais aussi sa réputation et sa capacité à opérer dans un environnement de plus en plus exigeant.

[1] The Guardian / [2] ABC / [3] The Guardian / [4] The Guardian / [5] <a href="https://www.theguardian.

<!– /wp:paragraph Son absence de progrès concret avant 2030 pourrait également éroder la confiance des investisseurs et des communautés locales, essentiels à sa pérennité dans le secteur minier.

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