L’ancien dictateur syrien, Bachar el-Assad, mène désormais une vie luxueuse en Russie, un an après la chute rapide de son régime. Une enquête du New York Times révèle les détails d’un exil doré pour l’ensemble du clan Assad, protégé par Moscou.
Selon des sources proches et d’anciens responsables syriens, Bachar el-Assad et sa famille ont été exfiltrés de Syrie vers Moscou à la fin de l’année 2024, à bord d’un jet privé escorté par des convois blindés. Leur première destination fut des résidences du Four Seasons, où les séjours pouvaient atteindre 13 000 dollars (environ 11 000 euros) par semaine. Rapidement, la famille s’est installée dans un penthouse du complexe de la Fédération, un ensemble architectural emblématique de la capitale russe, abritant notamment le restaurant Sixty.
Quelques mois plus tard, l’ex-président aurait été transféré, sous haute protection du FSB (Service fédéral de sécurité), vers une villa à Roublevka, une banlieue cossue de Moscou prisée par les oligarques. Ce quartier, réputé pour ses villas fortifiées et ses centres commerciaux de luxe, accueille également plusieurs cadres du régime Assad. Les services de sécurité russes surveillent étroitement les déplacements de la famille et interdisent toute déclaration publique de leur part.
Malgré la discrétion imposée, des indices filtrent à travers les réseaux sociaux de la famille. En novembre dernier, Bachar el-Assad a organisé une réception somptueuse dans une villa moscovite pour célébrer les 22 ans de sa fille Zein. Champagne, invités russes soigneusement sélectionnés et tenues de haute couture : un contraste frappant avec les ruines laissées derrière eux à Damas et Alep.
Quelques semaines auparavant, Sham al-Assad, la nièce de Bachar, fille de son frère cadet Maher, fêtait son anniversaire à Dubaï, dans le restaurant français Bagatelle, avant de poursuivre les festivités sur un yacht de luxe.
Les deux jeunes femmes mènent désormais une vie partagée entre Moscou et Abou Dabi. Selon d’anciens responsables syriens, un accord aurait été conclu avec les Émirats arabes unis pour permettre à leurs enfants d’y séjourner. Zein a repris ses études à la Sorbonne Université Abou Dhabi, sous escorte permanente, avant d’obtenir un diplôme de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou.
Sa présence sur le campus moscovite a suscité des réactions mitigées parmi les étudiants syriens. Un étudiant lui aurait exprimé son désaccord dans un groupe de discussion, déclarant : « Vous n’êtes pas la bienvenue ici. » Le fil de discussion a ensuite été supprimé et l’étudiant a été expulsé de l’université.
Le frère de Bachar, Maher el-Assad, ancien chef de la redoutée 4e division, continue de profiter d’une vie aisée entre les tours du quartier d’affaires moscovite et les salons à chicha branchés. Une vidéo publiée en juin sur Facebook le montre au Myata Platinum Lounge, affichant une sérénité déconcertante pour un homme accusé par les ONG de crimes de guerre : tirs sur des manifestants désarmés, sièges meurtriers, et gestion d’un trafic de drogue d’État.
Malgré la perte du pouvoir, les Assad semblent avoir réussi à préserver une part importante de leur fortune. Plusieurs sources proches du clan affirment que Moscou leur a accordé une immunité de facto, en échange de leur silence politique et d’une discrétion absolue concernant leurs avoirs financiers. Bachar et Maher fréquentent désormais les mêmes cercles que les élites russes qu’ils courtisaient autrefois comme partenaires militaires.
Cependant, tous les membres du clan n’ont pas bénéficié du même traitement. Si Maher semble avoir pris soin de ses proches et de son entourage, en leur apportant une aide financière, Bachar se serait montré moins généreux. L’un de ses assistants personnels, embarqué malgré lui lors de la fuite précipitée de son patron, témoigne avoir été abandonné à Moscou, sans passeport ni argent. Après avoir séjourné temporairement dans le même hôtel cinq étoiles que le clan Assad, il s’est retrouvé incapable de régler la note exorbitante. Ses appels à son ancien patron sont restés sans réponse.
Finalement transféré par les autorités russes dans un logement plus modeste, il a regagné la Syrie, où il vit discrètement dans un village de montagne. « Bachar vit comme si de rien n’était », confie un ancien collègue. « Il nous a humiliés en Syrie, et il nous a trahis lorsqu’il est parti. »
Alors que la Syrie tente de se reconstruire après quinze ans de guerre et des centaines de milliers de morts, le silence du Kremlin et le faste du clan Assad suscitent un profond sentiment d’amertume parmi le peuple syrien, qui continue de payer le prix de ces longues années de conflit.
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