Home MondeBouc émissaire de la socialisation internationale : le récit de (re)rencontre de la Russie, 1999-2018

Bouc émissaire de la socialisation internationale : le récit de (re)rencontre de la Russie, 1999-2018

by Clara Dubois

Publié le 26 octobre 2023. Une thèse récente explore comment la Russie a instrumentalisé des pays tiers, notamment l’Ukraine, pour masquer ses propres difficultés à s’intégrer à l’ordre international post-Guerre froide, en projetant ses échecs sur des boucs émissaires.

  • La Russie perçoit ses propres échecs d’adaptation à l’ordre mondial occidental comme une perte d’authenticité et de compétence.
  • L’Ukraine est devenue, depuis 2014, le principal bouc émissaire de la Russie pour justifier ses actions et son sentiment d’échec.
  • Cette analyse théorique de la “socialisation comme bouc émissaire” offre une nouvelle perspective sur le comportement de la Russie et d’autres acteurs internationaux marginalisés.

Selon une étude approfondie, la politique étrangère russe depuis la fin de l’Union soviétique serait largement motivée par une tentative de gérer un sentiment d’échec dans son intégration à l’ordre international dominé par l’Occident. L’étude, basée sur une analyse poststructuraliste du discours russe entre 1999 et 2018, suggère que la Russie a développé une perception négative d’elle-même, se considérant comme inauthentique et incompétente après avoir échoué à adopter les normes et les valeurs occidentales.

Cette perception d’échec a conduit, selon la thèse, à une stratégie de bouc émissaire, où des pays tiers – la Tchétchénie, la Géorgie, l’opposition interne et, plus récemment, l’Ukraine – sont accusés des problèmes de la Russie. L’Ukraine, en particulier, a été désignée comme le principal bouc émissaire à partir de 2014, ce qui a contribué à justifier l’annexion de la Crimée et, plus tard, l’invasion à grande échelle de février 2022.

L’étude met en évidence que la Russie ne se contente pas de réagir aux pressions extérieures, mais qu’elle est également façonnée par sa propre mémoire de socialisation et par la manière dont elle interprète son passé. Cette mémoire évolutive a créé des “parties honteuses” de l’identité russe, qui sont ensuite projetées sur des “Autres” afin de préserver une image positive de soi. La construction identitaire de la Russie se fait donc en opposition à ces “Autres”, et le recours aux boucs émissaires est un mécanisme de défense pour compenser les sentiments d’échec.

Au-delà du cas spécifique de la Russie, cette recherche propose un cadre théorique plus large pour comprendre comment les acteurs internationaux marginalisés dans la hiérarchie mondiale peuvent recourir à des stratégies de bouc émissaire pour justifier leurs actions et gérer leurs propres sentiments d’échec. Elle contribue à une meilleure compréhension des processus de socialisation internationale, de la construction identitaire et de l’action hybride dans un monde multipolaire.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.