La Californie se prononcera le 3 novembre sur la Proposition 40, un impôt de 5 % sur la fortune des milliardaires dépassant 1 milliard de dollars. Ce projet de loi divise profondément les électeurs et les ultra-riches.
La Californie cible ses 250 milliardaires
Aucun État américain ne compte autant de fortunes colossales que la Californie. Elle abrite pas moins de 250 milliardaires dont le capital cumulé dépasse les 2 000 milliards de dollars, selon les estimations.
C’est dans cet État politiquement ancré à gauche que la Proposition 40 a vu le jour, proposant un prélèvement unique de 5 % sur les patrimoines supérieurs à 1 milliard de dollars. Pour les partisans de la mesure, ce prélèvement répond à une urgence budgétaire bien précise.
L’économiste Emmanuel Saez, professeur à l’Université de Californie à Berkeley, résume l’objectif de la mesure de manière directe. « Les milliardaires ne sont plus très populaires », a-t-il déclaré, qualifiant la proposition de taxe destinée à financer le secteur de la santé. La Californie abrite les entreprises les plus valorisées du pays, à l’instar des géants technologiques Google, Apple, Meta et Nvidia.
Les sondages oscillent à l’approche du scrutin
Le sort de la mesure reste incertain à l’approche du scrutin. En août, un sondage UC Berkeley IGS donnait la Proposition 40 gagnante avec 48 % des voix contre 41 % d’opposants.
Un mois plus tard, une autre enquête menée par le Public Policy Institute of California affichait une avance plus confortable de 52 % contre 46 %.
Les analystes politiques rappellent toutefois que les initiatives citoyennes en Californie perdent traditionnellement du terrain à mesure que le jour du vote approche. Les électeurs indécis ont tendance à rejeter ces mesures dans l’isoloir.
Sergey Brin finance la fronde de la Silicon Valley
L’opposition à la Proposition 40 s’organise autour de figures de la Silicon Valley qui n’hésitent pas à employer des moyens financiers record. C’est le cas de Sergey Brin, cofondateur de Google, qui a injecté plus de 100 millions de dollars pour faire échouer le texte et soutenir des contre-mesures destinées à l’annuler de fait.
J’ai fui le socialisme avec ma famille en 1979 et je sais quelle société dévastatrice et oppressive il a créée en Union soviétique. Je ne veux pas que la Californie finisse par en arriver là.
Sergey Brin, cofondateur de Google, via The New York Times et Boursorama
Le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, dont la fortune est estimée à 235 milliards de dollars, a scellé un accord avec son conseil d’administration. L’homme possède une fortune évaluée à 210 milliards d’euros.
Mark Zuckerberg a accepté de demeurer en Californie même si la taxe de 5 % est adoptée le 3 novembre.
Le texte s’applique de manière rétroactive
Les détracteurs de la taxe agitent la menace d’un exode massif des fortunes vers des États fiscalement plus accueillants comme le Texas ou la Floride. Les sceptiques estiment par ailleurs que les recettes réelles atteindraient plutôt 40 milliards de dollars, loin des 100 milliards promis par les partisans pour financer la santé, l’aide alimentaire et l’éducation.
Pour contrer toute tentative de départ précipité, le texte de la mesure est rétroactivement entré en vigueur au 1er janvier.
Emmanuel Saez balaie les craintes d’un déclin économique. L’économiste estime qu’il est absurde de penser que la Silicon Valley s’arrêtera en raison de la qualité des universités, des infrastructures et des talents locaux, rendez-vous le 3 novembre pour le vote.