Le ministère américain de la Justice a intenté un recours pour bloquer la certification de l’élection sénatoriale en Alaska en cas de défaite du sénateur républicain sortant Dan Sullivan, invoquant la présence d’un homonyme sur les bulletins de vote. La candidate démocrate Mary Peltola a demandé le rejet de cette procédure.
Une action judiciaire tardive en plein scrutin sénatorial
Alors que les électeurs de l’Alaska ont déjà commencé à voter pour le scrutin du 3 novembre 2026, l’administration fédérale a déposé une plainte en justice visant directement le processus électoral de l’État. Le département de la Justice cherche à empêcher les autorités locales de proclamer la victoire de l’adversaire démocrate si le sénateur républicain sortant, Dan S. Sullivan, venait à perdre son siège.
Le président Donald Trump a confirmé vendredi qu’il était personnellement à l’origine de cette décision. Je suis celui qui a dit de le faire
, a-t-il déclaré à des journalistes en arrivant en Floride, selon les informations rapportées par Newsweek. L’exécutif fédéral affirme que la présence d’un second candidat nommé Dan Sullivan — Daniel J. Sullivan — sur les bulletins de vote créations de la confusion et vise à avantager la candidate démocrate.

La bataille autour de la candidature homonyme de Daniel J. Sullivan
Au cœur du dossier se trouve la configuration unique de ce scrutin de mi-mandat dans l’État, qui utilise un système de vote par classement issu d’une mesure adoptée en 2020. Quatre candidats se présentent à cette élection sénatoriale, parmi lesquels Mary Peltola, le sénateur sortant Dan S. Sullivan, le républicain Gerald Heikes, et un autre citoyen nommé Dan J. Sullivan.
Le département de la Justice soutient que la requête en justice est nécessaire pour préserver la sincérité du scrutin. Du côté des républicains locaux, on accuse le second candidat d’avoir fait acte de candidature uniquement pour attirer des voix par méprise. Pourtant, la Cour suprême de l’Alaska avait déjà validé en juin la présence de ce dernier sur la liste officielle après une tentative des responsables électoraux pour l’écarter.
Interrogée par Global News, Emily L. Waters, professeure à l’Université de l’Alaska à Anchorage, a rappelé que les tribunaux locaux avaient déjà statué sur la question. Il n’y a aucun problème si quelqu’un entre dans une course pour harceler ou distraire, tant qu’il suit les procédures, ses motivations pour être sur le bulletin de vote sont non pertinentes, a-t-elle estimé, tout en soulignant qu’il fallait faire confiance au discernement des électeurs.
La riposte de Mary Peltola et le scepticisme de la justice fédérale
La candidate démocrate Mary Peltola a vivement réagi à cette initiative fédérale. Lors d’un événement à Anchorage, elle a qualifié la démarche de corruption flagrante, flagrante
, affirmant qu’il s’agit d’une tentative de diversion face aux préoccupations économiques des citoyens, comme l’a noté Yahoo News Canada. Ses avocats ont formellement demandé à la juge fédérale Sharon Gleason de rejeter la plainte fédérale, dénonçant une immixtion illégale de Washington dans les compétences que la Constitution réserve aux États.

La juge Sharon Gleason a rapidement affiché sa perplexité face à la stratégie de l’administration, relevant le caractère tardif de l’action judiciaire engagée alors que les citoyens votent déjà et plusieurs mois après la décision de la plus haute juridiction de l’État d’autoriser l’homonyme sur le spécimen de bulletin officiel. La magistrate a ordonné une accélération de la procédure, fixant au mardi 28 octobre 2026 l’échéance pour une décision sur les demandes d’intervention d’organisations de défense des droits civiques.
La Cour a souligné à plusieurs reprises que les juridictions fédérales inférieures ne devaient pas modifier les règles électorales à la veille d’un scrutin.
Les critiques sur l’ingérence fédérale et l’avenir de l’élection
Plusieurs voix influentes en Alaska se sont désolidarisées de la démarche de l’exécutif. La sénatrice républicaine Lisa Murkowski a ainsi déclaré que le département de la Justice n’aurait jamais dû engager cette procédure, rappelant que les électeurs locaux n’ont pas besoin d’aide extérieure pour identifier leurs favoris.
Les experts en droit électoral estiment par ailleurs que le recours ne dispose que de très peu de chances de prospérer, se heurtant notamment au principe jurisprudentiel dit de Purcell, qui restreint l’intervention des juges fédéraux dans l’organisation des scrutins à l’approche du vote. Alors que le contrôle du Sénat américain se joue en partie dans ces urnes, l’issue de cette bataille judiciaire immédiate reste suspendue aux décisions de la magistrate d’Anchorage.
