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Canaries en danger : Risque d’Île-Prison sous le Pacte Migration de l’UE

by Nicolas Lefèvre
Une saturation critique des infrastructures d'accueil

L’archipel des Canaries fait face à une saturation totale de ses capacités d’accueil migratoire, avec plus de 19 500 personnes prises en charge depuis le début de l’année 2023. Cette situation, qualifiée de crise humanitaire par Fernando Clavijo, président du gouvernement canarien, place l’archipel sous une pression extrême alors que les autorités locales dénoncent l’inaction du gouvernement central à Madrid.

Une saturation critique des infrastructures d’accueil

L’afflux massif de migrants, arrivant via des embarcations de fortune appelées « pateras », a submergé le réseau d’accueil des îles. Le quai d’Arguineguín, dans la ville de Mogán sur l’île de Grande Canarie, est devenu un point de saturation majeur. Ce camp, initialement prévu pour 400 personnes sur 3 800 mètres carrés, a dû accueillir plus de 1 500 individus.

Selon des rapports relayés par El País et InfoMigrants, les conditions y sont décrites comme inhumaines, avec un manque d’ombre, de couchages et de douches. Des organisations telles que Human Rights Watch, Amnesty International et le CEAR ont appelé à la fermeture immédiate de ce site, invoquant des violations des droits fondamentaux. Bien que la loi stipule qu’un migrant ne devrait pas passer plus de 72 heures dans les bureaux de police, certains attendent plusieurs semaines au port car les centres de rétention, saturés, refusent de nouvelles admissions.

Pour tenter de dégorger Arguineguín, des transferts ont débuté le 18 novembre vers le centre de prise en charge temporaire des étrangers (CATE) de Barranco Seco, situé dans des installations militaires. Parallèlement, des hôtels, vidés de leurs touristes suite à la crise sanitaire, sont utilisés comme solutions provisoires, bien que coûteuses et contestées par une partie de la population et des hôteliers locaux.

Désaccords politiques sur les transferts vers la péninsule

La gestion de cette crise est marquée par un profond désaccord au sein du gouvernement espagnol concernant la rotation des migrants vers le continent :

  • Le ministère de l’Inclusion, des Migrations et de la Sécurité sociale, dirigé par José Luis Escrivá, préconise des transferts vers la péninsule pour soulager la pression sur les îles. M. Escrivá a notamment tenté d’affréter un bateau pour 800 personnes.
  • Le ministère de l’Intérieur, sous la direction de Fernando Grande-Marlaska, s’oppose catégoriquement à l’entrée massive de migrants sur le continent. Ce ministère, soutenu par d’autres départements, estime que faciliter le transit vers la péninsule constituerait une incitation encourageant davantage d’arrivées.

En conséquence, les transferts autorisés restent limités. Selon des sources officielles, moins de 1 800 migrants ont été autorisés à débarquer sur la péninsule depuis le début de l’année, la priorité étant donnée aux profils vulnérables ou bénéficiant d’une protection internationale. Les transferts effectifs se font par petits groupes de 30 ou 40 personnes chaque semaine.

Une pression migratoire sans précédent

L’ampleur des arrivées a atteint des sommets historiques. Entre le 1er et le 9 octobre, plus de 4 500 migrants ont débarqué via 53 embarcations, soit une moyenne de 503 personnes par jour. À titre d’exemple, la petite île d’El Hierro, qui compte 11 000 habitants, a vu arriver plus de 1 200 clandestins en une seule semaine.

06/19. I enjoyed the interview even if I disagreed with the Vice President's views. #immigration

Cette situation est d’autant plus complexe que l’Union européenne et des partenaires comme la France font pression sur l’Espagne pour freiner le transit des migrants des Canaries vers le continent. La commissaire à l’Intérieur de l’UE, Ylva Johansson, a exprimé cette position lors d’une visite sur l’archipel.

Réponses et demandes d’urgence

Face à ce qu’il qualifie de silence incompréhensible de Madrid, le gouvernement canarien a sollicité plusieurs mesures d’urgence :

Réponses et demandes d'urgence
  • Le déploiement de Frontex dans la zone maritime des Canaries.
  • L’élaboration d’un plan global de l’Union européenne.
  • L’augmentation des infrastructures d’accueil pour garantir des conditions dignes.

En attendant, des mesures de transfert interne sont organisées, comme l’affrètement d’un ferry privé pour déplacer plus de 500 migrants d’El Hierro vers Tenerife afin de soulager les structures locales.

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