Le poids politique de Minotaure

Dans l’arène cannoise, le cinéma n’est jamais totalement dissocié de la géopolitique. Cette année, l’enjeu se cristallise autour d’Andreï Zviaguintsev. Le cinéaste russe en exil revient avec Minotaure, une œuvre que Le Figaro a qualifiée de « choc », lui attribuant la note de 3,5/4.
Le film transpose l’intrigue de La Femme infidèle de Chabrol au début de l’invasion de l’Ukraine, mettant en scène les tourments d’un couple de la bourgeoisie russe. Au-delà de la technique, le jury pourrait voir dans ce film l’occasion d’envoyer un signal fort.
Le jury pourrait décider d’envoyer un message politique en distinguant le cinéaste russe en exil Andreï Zviaguintsev et son Minotaure, porteur d’un message anti-guerre.
Boursorama
L’œuvre dépeint le délitement de la société russe sur fond de conflit, faisant de Zviaguintsev non seulement un candidat technique, mais un symbole de résistance culturelle.
L’audace queer de La Bola negra
L’autre grand favori, La Bola negra, représente une percée majeure pour le cinéma espagnol. Réalisé par Javier Ambrossi et Javier Calvo — surnommés « Los Javis » et se revendiquant héritiers de Pedro Almodóvar —, le film a provoqué une standing ovation prolongée jeudi dernier.
Il ne s’agit pas d’un simple récit, mais d’une fresque historique ambitieuse sur la condition homosexuelle, articulant trois intrigues et trois époques avec brio. Pour les réalisateurs, la présence du film en compétition est un acte de représentation essentiel.
Il est important qu’un film comme celui-ci soit en compétition avec deux réalisateurs gays, trois protagonistes gays interprétés par trois acteurs ouvertement gays.
Javier Ambrossi et Javier Calvo, via Boursorama
Le film a également séduit la critique spécialisée, obtenant une note de 3,5/4 auprès du Figaro, qui salue un récit où le romanesque coule à flots.
Le bilan contrasté du cinéma français
Pour la France, le bilan est plus mitigé. Si certains films ont tenu leurs promesses, l’impression générale reste celle d’une déception relative face à la concurrence internationale.
Notre Salut d’Emmanuel Marre, qui explore les traces d’un ancêtre tentant sa chance auprès du régime de Vichy, a surpris par sa longueur. Avec deux heures et demie de projection, le film a néanmoins convaincu une partie de la critique par son pari narratif, récoltant 3,5/4.
De son côté, La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet, portée par Léa Drucker dans le rôle d’une chef de service de chirurgie, a été reçue plus modestement avec une note de 3/4. Le film est loué pour sa musique et son refus des modes actuelles, mais semble manquer du souffle nécessaire pour bousculer le haut du classement.
| Film | Réalisateur | Note (Le Figaro) | Thématique principale |
|---|---|---|---|
| Minotaure | Andreï Zviaguintsev | 3,5/4 | Guerre en Ukraine / Bourgeoisie russe |
| La Bola negra | Los Javis | 3,5/4 | Condition homosexuelle / Histoire |
| Notre Salut | Emmanuel Marre | 3,5/4 | Régime de Vichy |
| La Vie d’une femme | C. Bourgeois-Tacquet | 3/4 | Milieu hospitalier / Chirurgie |
L’ambition de Cristian Mungiu avec Fjord
Le jury pourrait également entrer dans l’histoire en décernant une seconde Palme d’or au cinéaste roumain Cristian Mungiu. Avec son nouveau film Fjord, Mungiu s’attaque aux dérives du progressisme.
Le récit suit une famille évangélique dont les enfants sont retirés par l’Aide à l’enfance norvégienne, posant une question fondamentale sur les abus commis au nom de principes moraux. Cette tension dramatique place les acteurs principaux, Renate Reinsve et Sebastian Stan, comme des prétendants sérieux pour les prix d’interprétation masculine et féminine.
Les coulisses du verdict de Park Chan-wook

Le processus de décision, loin d’être une science exacte, se déroule actuellement dans un lieu tenu secret. Les neuf membres du jury, sous la direction de Park Chan-wook, doivent trancher parmi 22 films.
Le fonctionnement interne du conclave est marqué par une volonté d’équité, mais aussi par des compromis. Un membre du jury, sous couvert d’anonymat, a révélé que le processus implique des négociations pour parvenir à un consensus.
il y a des aménagements, des arrangements: pour que celui-là passe, ok pour celui-ci… De toute façon, ce n’est pas une science exacte.
Membre anonyme du jury, via Boursorama
L’ambiance serait passionnée sans être conflictuelle. L’enjeu est désormais de désigner le successeur de l’Iranien Jafar Panahi, dont le film Un simple accident a remporté la Palme en 2025.
La cérémonie de palmarès, orchestrée par la maîtresse de cérémonie Eye Haïdara, débutera ce soir à 20h15 (18h15 GMT), comme l’annonce France TV. Outre la Palme d’or, au moins six autres trophées seront distribués, clôturant deux semaines d’une compétition particulièrement éclectique.
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