À l’heure où les Émirats arabes unis sont accusés de soutenir des forces impliquées dans des atrocités au Soudan, le Premier ministre Marc Carney a entamé mercredi une visite à Abu Dhabi, axée sur le renforcement des liens économiques et technologiques entre le Canada et ce pays du Golfe.
Cette tournée, la première d’un chef de gouvernement canadien aux Émirats depuis 1983, intervient alors que le président américain Donald Trump a annoncé son intention de s’impliquer davantage dans la résolution de la guerre civile soudanaise, suite à des appels du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, en visite à Washington cette semaine.
La délégation canadienne vise à attirer des investissements des fonds souverains émiratis et du secteur privé afin de diversifier l’économie canadienne, en réponse aux tensions commerciales avec les États-Unis. Des négociations sur un accord de protection des investissements, qui pourraient stimuler les échanges commerciaux bilatéraux, sont en cours depuis plusieurs années.
L’accueil réservé à M. Carney a été particulièrement soigné. À son arrivée, il a été accueilli par le ministre de l’Industrie et des Technologies avancées des Émirats arabes unis, Sultan al-Jaber, et escorté le long d’un couloir illuminé par des soldats en uniforme. Les deux hommes ont ensuite partagé une cérémonie du thé dans un salon décoré dans le style traditionnel.
Parallèlement aux discussions économiques, la visite de M. Carney se déroule dans un contexte international préoccupant. Des groupes de défense des droits de l’homme, un panel de l’ONU et Washington accusent les Émirats arabes unis de fournir un soutien logistique et financier aux Forces de soutien rapide (RSF), une milice soudanaise impliquée dans des violences ethniques au Darfour. Les Émirats arabes unis réfutent ces allégations.
La guerre civile au Soudan, qui a éclaté en avril 2023 entre l’armée soudanaise et les RSF, a engendré la plus grave crise de déplacement au monde. L’administration américaine sortante a qualifié les actions des RSF de génocide en janvier, imposant des sanctions à des entreprises émiraties soupçonnées de fournir des armes aux paramilitaires.
Le Canada ne s’est pas associé à cette qualification de génocide. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des atrocités commises par les RSF, tandis que des analyses satellitaires révèlent des traces de massacres. Des organisations humanitaires craignent que des avions censés acheminer de l’aide humanitaire ne soient en réalité utilisés pour transporter des armes.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a récemment dénoncé le soutien d’un pays non nommé aux RSF, une allusion largement interprétée comme une critique à l’égard des Émirats arabes unis. Lors d’une rencontre avec le prince héritier saoudien, Donald Trump a déclaré que ce dernier l’avait exhorté à agir pour mettre fin à la guerre au Soudan.
« Sa Majesté aimerait que je fasse quelque chose de très puissant concernant le Soudan », a déclaré M. Trump lors d’une conférence de presse conjointe. « Je pensais que c’était juste quelque chose de fou et hors de contrôle, mais je vois à quel point c’est important pour vous et pour beaucoup de vos amis présents dans la pièce. »
L’ancien ambassadeur du Canada au Soudan, Nicholas Coghlan, s’est dit surpris par le manque de fermeté du gouvernement canadien dans ses déclarations publiques. Il estime qu’il serait légitime d’appeler les Émirats arabes unis à respecter l’embargo sur les armes imposé par l’ONU dans la région du Darfour.
« Il semble y avoir une agitation excessive, en essayant de n’offenser personne », a-t-il déclaré. « Les Émirats sont un acteur clé dans ce dossier. C’est tout simplement indéniable, même s’ils le nient, qu’ils sont le principal et majeur bailleur de fonds de RSF, qui est certainement le plus coupable des deux parties. »
L’ambassade des Émirats arabes unis au Canada a réfuté ces accusations dans un communiqué, affirmant qu’elle condamnait la violence des RSF et qu’elle n’apportait aucun soutien à l’une ou l’autre des parties en conflit. Elle a également souligné qu’elle respectait les normes internationales en matière de suivi des expéditions d’or.
M. Carney devrait rencontrer jeudi et vendredi de hauts responsables émiratis avant de se rendre en Afrique du Sud pour le sommet des dirigeants du G20.
