Publié le 28 septembre 2025 à 02h31. À 65 ans, le docteur Lucio Bomben, ancien directeur du département de prévention de l’USL de Friulie occidentale, reprend du service comme médecin de base à Meduno, dans la vallée de Val Tramontina, motivé par un constat alarmant sur l’état de la santé publique.
- Le docteur Bomben justifie son retour à la pratique médicale par l’impossibilité de laisser plus de 2 000 habitants sans assistance adéquate et par une profonde remise en question des valeurs actuelles de la santé publique.
- Il critique une dérive où le patient est devenu un client, les soins une performance, le dévouement une désillusion et la solidarité un individualisme.
- Il s’attend à une charge de travail importante, ayant déjà dépassé les 1 500 patients inscrits.
Lucio Bomben, médecin retraité, va donc officier à partir du 1er octobre comme médecin de base à Meduno, un petit village niché dans la vallée de Val Tramontina, en bordure des Dolomites frioulanes. Ce retour à la pratique, à un âge où beaucoup envisagent le repos, est motivé par un profond malaise face à l’évolution du système de santé. Selon le docteur Bomben, la santé publique s’éloigne de ses principes fondamentaux : la personne, les soins, le dévouement et la solidarité.
« Premièrement, parce que je ne pouvais pas voir plus de deux mille habitants sans aide adéquate, j’ai pris une promesse et je devais la garder. L’autre raison est plus lourde. Nous devons regarder la vie d’un autre point de vue : j’ai compris que ce n’était plus la santé publique dans laquelle je croyais. »
Lucio Bomben, médecin
Il explique s’être inspiré d’une réflexion de la professeure Elena Beccalli, actuelle rectrice de l’université catholique du Sacré-Cœur, qui soulignait l’importance de ces quatre piliers pour un système de santé éthique et efficace. Il déplore que, dans la réalité, le patient soit souvent réduit à un simple client, les soins à une question de performance quantifiable, le dévouement à une source de désillusion et la solidarité à un concept dépassé par l’individualisme.
« Vous regardez autour de vous et la personne a été remplacée par le client, les soins par la performance, le dévouement de la désillusion et de la solidarité de l’individualisme. Pour moi, les conditions de la santé publique s’effondrent comme elle devrait donc être, donc tout ajustement organisationnel, s’il s’agit des fondements, devient une superstructure presque inutile. »
Lucio Bomben, médecin
Le docteur Bomben se montre pessimiste quant à la possibilité d’inverser cette tendance. Il reconnaît toutefois la valeur des professionnels de santé qui, malgré les difficultés, continuent à assurer un service de qualité. Il évoque également son inquiétude face à la gestion de la crise du Covid-19, qu’il juge mal comprise et insuffisamment coordonnée au niveau international.
« Ils n’ont rien compris. Ensuite, j’ai lu les déclarations de quelqu’un qui est assis dans les uppercans et que je reçois la dépression. Si nous ne réunissons pas à l’international, comme cela a été fait pour la recherche sur les vaccins, nous avons fini. »
Lucio Bomben, médecin
Au cours de ses 14 années passées au sein du département de prévention, il a été confronté à une grande variété de situations, des campagnes de vaccination aux problèmes de médecine du travail. Il confie avoir souvent été tiraillé entre les contraintes administratives et les exigences de sa conscience professionnelle. Il évoque également l’impact émotionnel de son travail de médecin légiste, notamment les cas d’infanticide et de solitude extrême.
« Le marocain qui a tué sa femme et sa fille à Pordenone (Tauria et 7 ans -old Hiba, éd.). Et puis un infanticide de Sacile : une fille nouvellement née a mis dans la machine à laver… à un certain point, j’ai dit désolé que je devais aller aux toilettes, mais je suis allé pleurer, cela vient aussi maintenant. »
Lucio Bomben, médecin
Le docteur Bomben espère, grâce à cette nouvelle expérience, renouer avec une relation humaine plus authentique avec ses patients et répondre à leurs besoins réels. Il se prépare à une période difficile, mais il est déterminé à s’investir pleinement dans sa nouvelle mission.
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