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Ce que l’Asie du Sud-Est devrait attendre de Trump en 2026

by Clara Dubois

Publié le 2 février 2026 à 06h00. L’Asie du Sud-Est a connu une année 2025 contrastée sous la présidence de Donald Trump, marquée par des avancées diplomatiques et économiques, mais aussi par une incertitude persistante liée à sa politique commerciale et à son imprévisibilité. L’avenir de l’influence américaine dans la région s’annonce incertain, ouvrant potentiellement la voie à une plus grande influence chinoise.

  • Donald Trump a obtenu des succès diplomatiques notables, notamment en négociant un cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande.
  • Les relations économiques restent complexes, avec des accords commerciaux conclus mais aussi le maintien de droits de douane impopulaires.
  • L’imprévisibilité de l’administration Trump et sa nouvelle stratégie de sécurité nationale, qui accorde une importance limitée à l’Asie du Sud-Est, suscitent des inquiétudes quant à l’engagement américain à long terme.

L’année 2025 a été témoin d’un engagement direct de Donald Trump dans la région, notamment lors du sommet de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) en Malaisie en octobre. Le président américain a joué un rôle clé dans la médiation d’un accord de paix entre le Cambodge et la Thaïlande, présidant la cérémonie de signature à Kuala Lumpur. Cet événement a été perçu comme une surprise positive et a permis à Trump de mettre en avant ses talents de négociateur, dans l’espoir, selon certaines sources, d’améliorer ses chances d’obtenir le prix Nobel de la paix.

Au-delà de cette initiative diplomatique, l’administration Trump a renforcé ses liens en matière de défense et de sécurité avec des partenaires clés tels que l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam. Des accords miniers importants ont également été signés avec le Cambodge, la Malaisie et la Thaïlande, et des négociations ont été entamées en vue de réduire les droits de douane réciproques avec ces pays et le Vietnam. Malgré son bilan en matière de droits de l’homme, le Cambodge a bénéficié d’un rapprochement avec Washington.

Cependant, ces avancées sont largement contrebalancées par les droits de douane punitifs imposés par Trump, qui continuent de peser sur les économies de la région. L’imprévisibilité du président américain et son approche transactionnelle ont alimenté la confusion et la méfiance quant aux intentions à long terme des États-Unis. Ces inquiétudes sont exacerbées par la nouvelle Stratégie de sécurité nationale (NSS) de Trump, qui, selon les analystes, accorde une importance secondaire à l’Asie du Sud-Est, la considérant principalement comme un moyen d’atteindre les objectifs économiques américains. Stratégie de sécurité nationale (NSS)

L’avenir immédiat s’annonce incertain. La participation de Trump au sommet de l’ASEAN organisé par les Philippines en 2026 n’est pas garantie. Sa décision pourrait dépendre de sa motivation personnelle et de l’évolution de ses relations avec la Chine. Trump prévoit une visite à Pékin en avril et pourrait éviter de prendre des mesures susceptibles de perturber sa détente avec Xi Jinping, comme par exemple soutenir une position plus ferme de Manille en mer de Chine méridionale.

Parallèlement, les cadres multilatéraux impliquant les États-Unis ont maintenu leur activité en 2025. Le Quad, regroupant les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie, est explicitement soutenu dans la nouvelle NSS comme un moyen de contrer la domination régionale d’une seule puissance. Cependant, Trump a manqué le sommet prévu en Inde, soulevant des questions sur son engagement envers cette initiative. Il a également réaffirmé son soutien à l’accord trilatéral AUKUS (Australie-Royaume-Uni-États-Unis) lors de la visite du Premier ministre australien Anthony Albanese, soulignant le rôle croissant de l’Australie dans la région Indo-Pacifique.

Au niveau bilatéral, les relations avec les Philippines, un allié clé des États-Unis, semblent solides, malgré l’augmentation des droits de douane sur les exportations philippines, passant de 17 % à 19 %. La création d’une « Task Force Philippines » vise à renforcer la coopération en matière de sécurité maritime pour dissuader la Chine. Task Force Philippines. Cependant, des interrogations subsistent quant à la priorité accordée à la défense des Philippines dans le cadre du traité de défense mutuelle.

Les relations avec le Vietnam sont plus ambiguës. Une visite du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth à Hanoï a abouti à un accord sur des questions sensibles liées à l’héritage de la guerre du Vietnam, notamment le déminage et la recherche de personnes disparues. Visite de Pete Hegseth à Hanoï. Néanmoins, le Vietnam reste confronté à des droits de douane américains élevés, ce qui l’incite à diversifier ses partenariats, notamment avec la Chine et le Moyen-Orient. L’engagement de Washington avec le Vietnam pourrait donc être fragilisé.

Avec l’Indonésie, Trump a cherché à établir un rapprochement économique et sécuritaire, notamment en matière de minéraux critiques et de modernisation de la défense. Cependant, un accord commercial semble être en train d’échouer en raison de désaccords sur les engagements pris par Jakarta. En Malaisie, malgré le soutien du Premier ministre Anwar Ibrahim au Hamas, Trump a privilégié l’accès aux minerais essentiels et la diplomatie transactionnelle, en présidant notamment la signature de l’accord de paix entre le Cambodge et la Thaïlande.

Le Cambodge représente peut-être le succès le plus notable de la politique de Trump en Asie du Sud-Est, avec la reprise des exercices d’Angkor Sentinel, la poursuite des visites de la marine américaine à la base navale de Ream et un accord sur les minéraux. Cependant, les relations avec Bangkok restent fragiles, dépendantes de la menace de droits de douane en cas de violation de l’accord de paix avec le Cambodge.

Enfin, Trump a manifesté un intérêt pour les minéraux de terres rares du Myanmar, malgré la guerre civile en cours, envisageant un soutien à des groupes armés en échange d’un accès aux ressources. Il a également intégré Singapour à l’initiative « Pax Silica », visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques pour le développement de l’intelligence artificielle. Initiative Pax Silica.

En conclusion, la politique de Trump en Asie du Sud-Est est marquée par des succès ponctuels, mais aussi par des incertitudes persistantes quant à la durabilité des accords commerciaux et à son imprévisibilité. Ces facteurs pourraient façonner la dynamique régionale tout au long de l’année 2026, et potentiellement ouvrir la voie à une influence accrue de la Chine dans la région.

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