Home MondeCe que Xi espère gagner en exploitant l’héritage de son prédécesseur

Ce que Xi espère gagner en exploitant l’héritage de son prédécesseur

by Clara Dubois

Un hommage inattendu de la part du pouvoir chinois. Xi Jinping a récemment réhabilité la mémoire de Hu Yaobang, ancien dirigeant dont la mort en 1989 avait déclenché les manifestations de la place Tiananmen, suscitant l’interrogation des spécialistes sur les motivations derrière cette reconnaissance.

Lors d’un symposium commémoratif organisé au Grand Palais du Peuple à Pékin, Xi Jinping a salué Hu Yaobang comme un « guerrier communiste loyal » ayant apporté des « contributions immortelles » à la Chine. Il l’a qualifié de « pragmatique », de « courageux » et de « pionnier » de la « réforme et de l’ouverture ». Ces éloges contrastent fortement avec le silence qui avait entouré la figure de Hu Yaobang pendant des années, tant dans les médias d’État que dans les discours officiels.

Cette réévaluation de l’héritage de Hu Yaobang intervient alors que l’économie chinoise montre des signes de ralentissement, avec un chômage élevé chez les jeunes et une confiance fragile des consommateurs et des entreprises. Selon Timothy Cheek, professeur à l’École de politique publique et d’affaires mondiales de l’Université de la Colombie-Britannique, Xi Jinping chercherait à s’approprier certains aspects de l’image de Hu Yaobang pour renforcer son propre pouvoir : « Xi Jinping fait appel à l’héritage de Hu Yaobang pour soutenir les choses que Xi veut promouvoir, comme la loyauté envers le Parti et le marxisme. » Il souligne cependant que Xi Jinping omet de mentionner l’attachement de Hu Yaobang à la séparation des affaires de parti et de l’État, ainsi qu’à une plus grande liberté de la presse.

Hu Yaobang, secrétaire général du Parti communiste chinois dans les années 1980, est reconnu pour avoir initié des réformes économiques majeures, mais aussi pour avoir plaidé en faveur de la responsabilité gouvernementale, de la transparence et d’une plus grande ouverture politique. Contrairement aux dirigeants actuels, il avait l’habitude d’échanger librement avec des responsables et des journalistes étrangers.

Son éviction de son poste de chef du parti en 1987, suite à des accusations de complaisance envers des mouvements étudiants, n’a pas effacé son influence. Il est resté membre du Politburo jusqu’à sa mort en avril 1989, quelques jours avant le drame de la place Tiananmen.

Chen Jian, directeur du Centre sur l’histoire, l’économie et la culture mondiales de l’Université de New York à Shanghai, estime que la commémoration de Hu Yaobang est un pari risqué : « En célébrant son anniversaire, il y a un risque de faire penser à 1989, ce qui est totalement interdit. » Il relève également l’originalité de la valorisation par Xi Jinping de la contribution de Hu Yaobang à la correction des erreurs de la Révolution culturelle.

Outre les considérations économiques et politiques, certains experts suggèrent que Xi Jinping pourrait être animé par des motivations personnelles. Hu Yaobang avait joué un rôle important dans la réhabilitation du père de Xi Jinping, Xi Zhongxun, après sa purge politique. « Il est tout à fait possible que Xi lui-même ressente une certaine dette envers Hu au nom de son père », avance Carl Minzner, chercheur principal en études chinoises au Council on Foreign Relations.

Enfin, cette démarche pourrait également viser à consolider la position de Xi Jinping auprès de l’élite politique chinoise, notamment les descendants de la vieille garde révolutionnaire, dont il fait lui-même partie.

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