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Ce sont les escroqueries qui mettent la santé en danger

by Sophie Martin

Publié le 7 novembre 2025 à 20h57. L’intelligence artificielle, outil prometteur pour la médecine, est détournée par des cybercriminels qui créent des arnaques sophistiquées en ligne, proposant de faux traitements pour des maladies chroniques comme le diabète ou l’obésité.

  • Les escroqueries pharmaceutiques basées sur l’IA ont connu une croissance alarmante en 2025, ciblant patients et établissements de santé.
  • Des faux profils de médecins et des cliniques clonées sont utilisés pour vendre des médicaments contrefaits ou dangereux via les réseaux sociaux.
  • Une infrastructure criminelle structurée, avec des kits de fraude disponibles sur le dark web, alimente cette industrie de la fraude médicale numérique.

L’intelligence artificielle (IA), initialement conçue pour révolutionner le domaine médical et améliorer la précision des diagnostics, est désormais exploitée à des fins malveillantes. Des cybercriminels l’utilisent pour propager une nouvelle forme de fraude particulièrement insidieuse : la création de fausses pages, de profils et de documents médicaux promettant des traitements miracles contre des affections telles que le surpoids, le diabète ou le contrôle de la glycémie.

Selon une analyse récente de Check Point Software, les escroqueries pharmaceutiques basées sur l’IA ont connu une croissance exponentielle en 2025, affectant des patients et des établissements de santé à travers le monde. Les fraudeurs se font passer pour des médecins certifiés ou des cliniques reconnues, et recourent à la technologie des deepfakes pour générer des photos, des vidéos et des témoignages apparemment crédibles, dans le but de vendre des médicaments contrefaits ou potentiellement dangereux.

« Les conséquences vont bien au-delà du vol financier », prévient Amit Weigman, du bureau CTO de Check Point. « Les victimes sont persuadées de consommer des substances non approuvées, commercialisées comme s’il s’agissait de prescriptions légitimes. »

Amit Weigman, bureau CTO de Check Point

L’étude a révélé qu’à partir de janvier 2025, une vague coordonnée de fraudes numériques utilisant l’IA pour usurper l’identité d’entités médicales s’est propagée, notamment sur les réseaux sociaux. Rien qu’sur Facebook, les chercheurs ont recensé plus de 500 fausses pages créées quotidiennement, proposant des médicaments similaires à l’Ozempic ou au Wegovy, des traitements authentiques indiqués pour la gestion du poids et le diabète de type 2.

Un cas particulièrement révélateur concerne un profil usurpant l’identité d’un médecin américain accrédité, en utilisant ses références professionnelles et ses photographies. Grâce à des publicités payantes, cette page redirigeait les utilisateurs vers de prétendues « pharmacies en ligne » vendant des produits non réglementés.

Parmi les produits contrefaits les plus fréquemment identifiés figurent les perles amincissantes PEAKA GLP-1, également connues sous le nom de gouttes amincissantes ou de perles liquides. Ces produits sont faussement présentés comme équivalents aux médicaments approuvés par la FDA (Food and Drug Administration, l’agence américaine des produits sanitaires), alors qu’ils ne bénéficient d’aucun soutien scientifique ni d’approbation réglementaire.

« À l’ère du numérique, la confiance ne peut plus être considérée comme acquise », souligne Weigman. « La protection de la santé nécessite désormais la même vigilance que celle que nous appliquons à la sauvegarde des systèmes critiques : vérifier, informer et combattre la désinformation avant qu’elle ne se propage. »

Amit Weigman, bureau CTO de Check Point

Les publicités frauduleuses utilisent du contenu audiovisuel généré par l’IA (vidéos deepfake, voix clonées et faux témoignages) pour imiter des promotions médicales légitimes. Depuis octobre 2025, Check Point a identifié plus de 200 publicités de ce type, dont 72 % présentaient du matériel synthétique utilisant l’image ou la voix de vrais endocrinologues.

L’objectif est d’attirer l’attention des personnes intéressées par les traitements de perte de poids, en les redirigeant vers des pages qui simulent de vraies cliniques, avec des photographies professionnelles, des logos clonés et de faux numéros de contact. Une fois que le patient décide d’acheter, le paiement est effectué via des systèmes opaques ou internationaux, même si les logos de marques connues sont affichés pour donner un faux sentiment de sécurité.

Le résultat, selon Check Point, est généralement l’une des deux conséquences suivantes : la perte totale d’argent ou la réception de produits non étiquetés, de composition inconnue et potentiellement dangereux.

L’analyse technique de Check Point, menée grâce à sa plateforme de gestion des risques externes (ERM), a révélé que ces escroqueries fonctionnent comme une véritable industrie criminelle structurée, avec une infrastructure partagée et des kits de fraude disponibles à la vente sur le dark web.

  • Infrastructure commune : De nombreux sites frauduleux utilisent les mêmes fournisseurs d’hébergement, souvent situés dans des pays où la réglementation est laxiste.
  • Modèles récurrents : Le code source et les systèmes de paiement sont identiques, ce qui témoigne de l’utilisation de kits Web préconçus pour créer de fausses cliniques en quelques heures.
  • Images générées par l’IA : Les photos de médecins, d’emballages et d’hôpitaux présentent des signes d’avoir été créées par des algorithmes de génération visuelle.
  • Kits de fraude en vente : Ces kits comprennent tout le nécessaire pour exploiter un faux site médical, des modèles et des scripts aux traductions automatiques.

Au-delà de l’aspect financier, le principal risque concerne la santé publique. Les produits contrefaits contiennent souvent des substances non testées ou inertes, et leurs promesses de « perdre 20 kilos en un mois » reflètent une manipulation qui exploite la vulnérabilité émotionnelle des patients. De plus, ces types d’arnaques érodent la confiance dans la télémédecine et les plateformes légitimes de soins en ligne, en soulevant des doutes sur l’authenticité des professionnels proposant des services médicaux virtuels.

Pour lutter contre cette menace, une action coordonnée entre les experts en cybersécurité, les autorités sanitaires et les plateformes de commerce électronique est indispensable. En attendant, Check Point recommande de toujours vérifier la légitimité des pharmacies et des certifications médicales, de se méfier des publicités sur les réseaux sociaux, de vérifier les sources des recommandations et de rester attentif aux signes de manipulation, tels que les remises excessives ou les minuteries « d’offre limitée ».

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