Publié le 16 novembre 2023. Une clinique juridique de Thunder Bay se joint à plus de 130 organisations en Ontario pour demander l’abrogation d’un article controversé du projet de loi 60, craignant une augmentation du sans-abrisme et une précarisation du logement.
- Plus de 130 organisations ont signé une lettre demandant au premier ministre Doug Ford d’abroger l’annexe 12 du projet de loi 60.
- Les défenseurs du logement craignent que cette annexe n’accélère les expulsions et ne réduise l’indemnisation versée aux locataires déplacés.
- La province affirme que le projet de loi vise à rétablir l’équilibre sur le marché locatif et à responsabiliser ceux qui abusent du système.
Une clinique juridique de Thunder Bay s’est jointe à un large front d’opposition contre un article spécifique du projet de loi 60, déposé par le gouvernement provincial. Plus de 130 organisations à travers l’Ontario ont signé une lettre ouverte demandant au premier ministre Doug Ford d’abroger l’annexe 12 de ce texte législatif.
La clinique juridique Kinna-aweya, qui offre des conseils juridiques aux personnes à faible revenu, estime que le projet de loi rendra plus difficile pour les locataires de conserver leur logement. Selon ses représentants, l’annexe 12 risque d’aggraver la crise du logement et d’augmenter le nombre de personnes sans abri.
La lettre, publiée le 10 novembre, soutient que cette disposition « augmentera le sans-abrisme et les campements illégaux et portera atteinte au droit au logement » en accélérant les procédures d’expulsion et en réduisant les compensations financières versées aux locataires contraints de déménager.
Les organisations dénoncent notamment le raccourcissement du délai de préavis en cas de non-paiement du loyer, qui passerait de 14 jours à seulement sept jours. Cette mesure permettrait aux propriétaires de saisir plus rapidement la Commission de la location immobilière (CLI) en cas de retard de paiement.
« Le projet de loi 60 prend un certain nombre de mesures censées régler les problèmes d’arriérés et le système de conseils aux propriétaires et aux locataires. Mais tout ce qu’ils font, c’est supprimer des droits et des options pour les locataires »,
Matthew Jollineau, avocat à la Clinique juridique Kinna-aweya
M. Jollineau craint que cette modification ne rende le logement beaucoup plus précaire et n’entraîne une augmentation du nombre de personnes sans abri. Il anticipe également une surcharge de travail pour la CLI, qui se retrouverait submergée par un afflux de demandes d’expulsion.
Selon lui, le projet de loi oblige également les locataires à payer 50 % des arriérés de loyer avant de pouvoir soulever des questions relatives aux allocations ou au harcèlement lors d’une audience. Cette exigence, ajoute-t-il, priverait de facto de nombreux locataires à faible revenu de la possibilité de se défendre.
De plus, la législation réduirait le délai accordé aux locataires pour demander la révision d’un ordre d’expulsion, le ramenant de 30 à 15 jours. Cette mesure rendrait plus difficile pour les personnes qui n’auraient pas reçu de notification d’audience de faire appel à temps.
Dans une déclaration à CBC News, un porte-parole du ministre du Logement, Rob Flack, a affirmé que le projet de loi rétablirait l’équilibre et la confiance sur le marché locatif de l’Ontario en responsabilisant ceux qui abusent du système. Il soutient également que cette mesure aidera les propriétaires à payer leurs hypothèques, leurs taxes foncières et leurs factures de services publics.

La province affirme que le projet de loi 60 vise à « réduire les formalités administratives, à accélérer la mise en chantier et à soutenir la construction de logements, de routes et d’infrastructures ». Le gouvernement assure également que les mesures proposées réduiront les blocages au sein de la CLI en « limitant les acteurs malveillants qui abusent du système » et en accélérant les audiences.
Kayla Andrade, fondatrice de l’organisation de défense des propriétaires Ontario Landlords Watch, partage ce point de vue. Elle estime que le projet de loi 60 rétablirait « la responsabilité et l’équité » dans le système de logement locatif de l’Ontario.
Elle soutient que les défenseurs du logement opposés au projet de loi « ont intérêt à maintenir le système en panne », tandis que les petits propriétaires sont confrontés à des coûts et à des formalités administratives excessives. Mme Andrade affirme que la législation comblerait les lacunes qui permettent aux « locataires chroniques » de retarder leur expulsion, sans pour autant supprimer les aides aux locataires telles que les banques de loyer ou les plans de paiement.
« Les fournisseurs de logements privés ne sont pas des méchants, nous sommes des partenaires dans la solution du logement »,
Kayla Andrade, fondatrice d’Ontario Landlords Watch
La lettre exhorte également les municipalités à se joindre à la Ville de Toronto, qui s’est déjà déclarée opposée au projet de loi 60. La ville étudie des recours juridiques pour protéger les locataires, notamment des protections potentielles en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.
Les défenseurs soulignent que les municipalités sont déjà « sous-financées et dépassées » en matière de gestion du sans-abrisme.
« Tout ce que fait le projet de loi 60, c’est aider les propriétaires », a conclu M. Jollineau. « Cela entraînera certainement davantage de campements, des loyers plus élevés et un logement plus précaire. »
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