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Cela menace-t-il la fin du signal en Europe? – diepress.com

by Clara Dubois

Publié le 26 octobre 2023 10:30:00. La messagerie chiffrée Signal menace de quitter le marché européen si l’Union européenne adopte une proposition controversée permettant de contrôler le contenu des conversations privées, soulevant des inquiétudes sur la protection des données et les libertés individuelles.

  • Signal, une application de messagerie prisée pour sa sécurité, s’oppose fermement à la surveillance des chats privés envisagée par l’UE.
  • Sa directrice générale, Meredith Whittaker, affirme que Signal préférera quitter l’Europe plutôt que de compromettre le cryptage de bout en bout de ses messages.
  • La proposition de la Commission européenne vise à permettre aux autorités d’accéder au contenu des messages pour lutter contre la criminalité, mais suscite des critiques quant à son impact sur la vie privée.

Avec jusqu’à 100 millions d’utilisateurs mensuels, Signal s’est imposé comme un rempart en matière de protection des données, offrant un niveau de sécurité supérieur à celui de concurrents comme WhatsApp. Toutes les communications, messages et appels, sont chiffrées et protégées contre les captures d’écran, contrairement à WhatsApp qui collecte des données sur les serveurs de Meta (anciennement Facebook).

Meredith Whittaker a exprimé son opposition catégorique à la proposition de la Commission européenne lors d’une interview à l’agence allemande DPA. « Si on nous donnait le choix, soit l’intégrité de notre cryptage et de nos garanties de protection des données, soit quitter l’Europe, nous déciderions malheureusement de quitter le marché », a-t-elle déclaré.

« Alors, malheureusement, nous prendrons la décision de quitter le marché. »

Meredith Whittaker, Directrice générale de Signal

La proposition, initialement formulée il y a plus de trois ans par l’ancienne commissaire à l’Intérieur Ylva Johansson, prévoit la mise en place d’un mécanisme permettant aux applications de messagerie de vérifier et de supprimer du contenu illégal. Les autorités nationales, en collaboration avec l’agence de police européenne Europol, seraient chargées de superviser cette surveillance. Cependant, la mise en œuvre technique de ce système se heurte à des obstacles majeurs. Il n’est pas encore clair comment distinguer les conversations relevant du droit pénal de celles qui ne le sont pas, sans compromettre la confidentialité de l’ensemble des utilisateurs.

Matthew Green, expert en sécurité informatique à l’Université Johns Hopkins, estime que ce projet est irréalisable. Sur les réseaux sociaux, il a déclaré qu’il n’existe pas de technologie capable de filtrer de manière fiable le contenu abusif dans les conversations privées, qualifiant l’idée de « science-fiction ». Whittaker partage ce scepticisme, soulignant que l’accès aux chats privés pourrait également être exploité par des acteurs malveillants. « Il est regrettable que les politiciens continuent de croire à l’idée qu’il est possible de créer une porte dérobée accessible uniquement aux autorités légitimes », a-t-elle ajouté.

L’argument de la nécessité d’un tel contrôle est mis en avant par certains, notamment suite à des affaires de criminalité résolues grâce à la surveillance de services de messagerie chiffrés. L’année dernière, l’agence judiciaire européenne Eurojust a ainsi participé au démantèlement d’un réseau international de trafic de drogue grâce à la surveillance du service canadien Sky ECC. Michael Schmid, président d’Eurojust, a plaidé pour une réglementation européenne commune en matière de décryptage des messages, tout en reconnaissant l’importance de protéger les droits fondamentaux. Europol a souligné que le décryptage des communications est un outil important pour l’application de la loi.

Pour l’heure, la proposition de la Commission européenne ne bénéficie pas du soutien de l’ensemble des États membres. L’attitude du gouvernement allemand pourrait toutefois faire basculer la situation. L’accord de coalition en place stipule que « nous assurons fondamentalement la confidentialité de la communication privée et de l’anonymat sur Internet ». Cette formulation, critiquée par certains, laisse la porte ouverte à la possibilité d’une surveillance ciblée dans certains cas.

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