La tension monte à Strasbourg. Les associations de supporters du Racing Club de Strasbourg Alsace (RCSA) dénoncent une censure et une surveillance accrues suite à des critiques à l’encontre de la direction et du nouveau propriétaire américain du club, BlueCo. Cette affaire relance le débat sur la place des investisseurs étrangers et la liberté d’expression dans le football français.
Tout a commencé mi-septembre avec la publication d’un communiqué conjoint par quatre associations de supporters – les UB90, le Kop Ciel et Blanc, la Pariser Section et la Fédération des supporters du Racing – dénonçant le rachat du club par BlueCo, également propriétaire de Chelsea FC. Elles estimaient que Marc Keller, l’ancien président qui avait contribué à la reconstruction du club, n’était plus qu’un porte-parole des intérêts de BlueCo.
Lors du match contre Le Havre le 14 septembre, les supporters ont affiché des banderoles appelant au départ de Marc Keller, tout en demandant à Emmanuel Emegha, le capitaine de l’équipe, de rendre son brassard en raison de son association avec Chelsea. Ces affichages ont déclenché une vive polémique et ont conduit la direction du club à prendre des mesures.
« Ces banderoles posent des questions légitimes. On peut juger qu’elles sont provocatrices. Nous ne le trouvons pas. Elles relèvent de l’exercice normal de notre droit à la libre expression », a déclaré Alexandre, porte-parole de la Fédération des supporters, lors d’une conférence de presse jeudi 25 septembre. « Nous avons le sentiment que ce qu’on nous reproche, c’est un délit d’opinion, contre la multipropriété dans le football. »
Le club a réagi en imposant sept mesures de contrôle, incluant l’examen préalable de toutes les banderoles, une escorte de sécurité pour l’accès aux locaux des associations et la présence d’agents de sécurité dans les tribunes. Alexandre a dénoncé ces mesures comme une atteinte à la liberté d’expression et une remise en question de l’engagement historique des supporters.
« Nous sommes des supporters très engagés. Ils nous frappent dans notre vie », a-t-il confié, rappelant le partenariat étroit qui existait entre le club et les associations depuis 2011. « Nous avions un partenariat étroit depuis le dépôt de bilan du club en 2011. Nous avons continué à encourager le Racing en toutes circonstances. Nous nous rendions service mutuellement. Si on en est là aujourd’hui, c’est aussi grâce aux supporters. Pour révoquer tout ça, ils nous ont envoyés un simple courriel. »
Les associations ont réagi en décidant de rester silencieuses pendant les quinze premières minutes des matchs, une action initiée en été 2024 pour protester contre BlueCo. Lors du match contre l’Olympique de Marseille le 26 septembre, elles ont prévu de maintenir ce silence tout au long de la rencontre, lançant un dernier appel à la direction pour qu’elle revienne sur ses décisions.
« On ne sait pas encore vraiment ce qui peut être accepté par le comité de censure, mais voilà les banderoles qu’on va présenter : “Pour un Racing indépendant, populaire et différent” et “La liberté d’expression est un droit, pas un privilège” », a expliqué Maxime, vice-président des UB90.
Par ailleurs, des banderoles de soutien aux supporters strasbourgeois ont été déployées dans d’autres stades de France, notamment à Lyon, Saint-Étienne et Marseille, dénonçant la « multipropriété » comme une « gangrène du football ». Une proposition de loi visant à interdire la multipropriété des clubs de football, déposée par le député Éric Coquerel, pourrait être examinée à l’Assemblée nationale fin 2025 ou début 2026.
Les associations de supporters appellent à un dialogue avec la direction du club et les propriétaires, espérant un retour à une relation de confiance et un engagement concret en faveur d’un football plus équitable et éthique.