Publié le 3 janvier 2026 à 15h53. La forte baisse du bitcoin depuis l’automne 2025 ébranle les entreprises qui avaient massivement investi dans la cryptomonnaie, révélant les risques liés à des stratégies financières jugées trop spéculatives.
- La chute du bitcoin, passant de plus de 126 000 dollars en octobre à moins de 90 000 dollars en novembre, a mis en difficulté les entreprises détenant d’importantes quantités de la cryptomonnaie.
- Certaines sociétés ont eu recours à des obligations convertibles pour financer leurs achats de bitcoin, une stratégie qui les expose à des risques importants en cas de baisse du cours.
- L’éditeur de logiciels Strategy, l’un des plus gros détenteurs de bitcoins, a dû constituer un fonds de 1,44 milliard de dollars pour rassurer les marchés.
L’engouement pour le bitcoin avait atteint son apogée en début d’année 2025, atteignant un sommet à plus de 126 000 dollars en octobre. Plusieurs entreprises, attirées par la perspective de profits rapides, de la diversification de leurs actifs ou d’une protection contre l’inflation, avaient alors commencé à accumuler la cryptomonnaie. Ce phénomène concernait aussi bien les acteurs traditionnels du secteur – plateformes d’échange, sociétés de « minage » – que des entreprises issues de domaines totalement différents.
Le recours à des instruments financiers complexes, comme les obligations convertibles, s’est avéré particulièrement risqué. Ces obligations permettaient aux entreprises d’emprunter à des taux avantageux, en offrant à leurs créanciers la possibilité d’être remboursés en actions. Or, si le cours de l’action venait à baisser, notamment en raison de la chute du bitcoin, les investisseurs préféreraient un remboursement en espèces, mettant ainsi en péril la survie de l’entreprise.
La baisse du bitcoin, qui a débuté à l’automne 2025 et s’est accentuée en novembre, a sapé la confiance dans ce modèle économique. Selon Eric Benoist, spécialiste technologie chez Natixis, le marché s’est rapidement interrogé sur la capacité de ces entreprises à faire face à leurs obligations financières : « La question que le marché s’est très vite posée, c’est : “est-ce que ces entreprises vont être en difficulté ? Vont-elles faire faillite ?” »
Carol Alexander, professeure de finance à l’université du Sussex, estime que la bulle spéculative liée à ces entreprises « éclate lentement ». Elle souligne également le manque de clarté réglementaire et les risques inhérents à ce secteur, notamment les cyberattaques et les fraudes internes.
L’entreprise Strategy, éditeur de logiciels, est la plus importante accumulatrice de bitcoins, détenant plus de 671 000 unités, représentant environ 3 % de tous les bitcoins existants. Cependant, son action a chuté de plus de 50 % en six mois, sa capitalisation boursière passant brièvement en dessous de la valeur de ses avoirs en bitcoins. Cette situation est directement liée aux obligations convertibles qui la contraignent à faire face à d’importantes dettes.
Pour tenter de rassurer les marchés, Strategy a constitué un fonds de 1,44 milliard de dollars en vendant des parts de son capital. Dans une situation similaire, Sequans, spécialiste des semi-conducteurs, a liquidé 970 bitcoins pour racheter une partie de sa dette.
Si des entreprises en difficulté se retrouvaient à vendre massivement leurs bitcoins, cela pourrait entraîner une nouvelle baisse du cours, aggravant ainsi la situation. « Le risque de contagion sur les marchés crypto est alors considérable », estime Carol Alexander, tout en précisant que cet impact se limiterait probablement au secteur, sans affecter de manière significative les marchés financiers traditionnels.
Dylan LeClair, responsable bitcoin chez Metaplanet, une entreprise japonaise, adopte une perspective plus optimiste : « Nous considérons cette volatilité comme le prix à payer pour un potentiel de hausse à long terme ». Metaplanet, initialement spécialisée dans l’hôtellerie, continue d’acheter des bitcoins, dont la valeur actuelle s’élève à environ 2,7 milliards de dollars.
Eric Benoist estime que ces entreprises devront désormais monétiser leurs réserves de bitcoins, par exemple en créant des produits financiers, et ne plus compter uniquement sur la hausse du cours. « Toutes ne survivront pas », mais « le modèle continuera d’exister », prédit-il, anticipant une consolidation du secteur.
Malgré les difficultés actuelles, l’innovation continue. Fin novembre, l’entrepreneur français Eric Larchevêque a lancé The Bitcoin Society, une société de trésorerie crypto. Il considère la baisse des cours comme une opportunité : « La baisse des cours est une bonne opportunité puisque ça permet d’acheter du bitcoin moins cher », assure celui qui est également co-fondateur de Ledger, spécialiste des portefeuilles de cryptomonnaies.