Publié le 24 septembre 2025. Une start-up américaine ambitionne d’illuminer les nuits grâce à des satellites équipés de miroirs géants, une solution controversée pour pallier les limites de l’énergie solaire. Ce projet, baptisé « World Tour », suscite à la fois fascination et inquiétudes parmi les scientifiques.
- Reflect Orbital, une entreprise basée en Californie, a levé 20 millions de dollars pour développer une constellation de satellites capables de refléter la lumière du soleil vers la Terre.
- Le premier satellite de test devrait être lancé au printemps 2026, avec un déploiement initial prévu sur dix sites emblématiques à travers le monde.
- Le projet soulève des questions quant à sa faisabilité technique, son impact sur l’observation astronomique et son efficacité énergétique.
Face à la croissance exponentielle des énergies renouvelables, et notamment de l’énergie solaire, une entreprise américaine, Reflect Orbital, propose une approche radicalement nouvelle pour assurer un approvisionnement énergétique continu. L’idée est simple, mais audacieuse : envoyer dans l’espace des satellites équipés de vastes miroirs capables de refléter la lumière du soleil vers des zones terrestres, même pendant la nuit. L’objectif est de permettre aux centrales solaires de continuer à produire de l’électricité 24 heures sur 24, surmontant ainsi l’un des principaux obstacles de cette source d’énergie intermittente.
Reflect Orbital a récemment obtenu un financement de 20 millions de dollars, lui permettant d’accélérer le développement de sa constellation de satellites. L’entreprise a également été sélectionnée par l’AFWERX, une organisation du département américain de l’Air Force, pour un contrat de 1,25 million de dollars visant à affiner cette technologie de réflexion de la lumière depuis l’espace. Le lancement du premier satellite est prévu pour le printemps 2026, marquant le début d’un programme pilote baptisé « World Tour », qui sera déployé sur dix sites stratégiques à travers le monde.
L’entreprise affirme avoir déjà reçu plus de 260 000 demandes d’accès à cette lumière solaire réfléchie par satellite, provenant de 157 pays. Après des tests concluants réalisés avec des montgolfières, Reflect Orbital se prépare désormais à franchir l’étape cruciale du lancement spatial. Selon Ben Nowack, son directeur, le processus sera simplifié au maximum : « Vous vous rendez sur un site internet, vous indiquez vos coordonnées GPS et nous vous envoyons un peu de soleil la nuit tombée. »
Le projet initial prévoit l’envoi de satellites légers, d’environ 16 kilogrammes (kg), équipés de miroirs en mylar de 18×18 mètres. À terme, l’entreprise envisage de déployer des satellites plus grands, mesurant 54×54 mètres, et de constituer une flotte pouvant atteindre jusqu’à 4 000 satellites orbitant à environ 625 kilomètres (km) d’altitude.
Doutes et controverses
L’ambition de Reflect Orbital ne fait pas l’unanimité. De nombreux experts expriment des réserves quant à la faisabilité technique du projet. Le professeur Michael Brown, de l’Université Monash, a souligné que pour reproduire la luminosité du soleil de midi, il faudrait un miroir qui, vu de la Terre,
« aurait la même taille apparente que le Soleil. »
Michael Brown, professeur à l’Université Monash
Les astronomes, quant à eux, s’opposent fermement à cette proposition, craignant que l’éclairage artificiel du ciel nocturne ne perturbe leurs observations. Ils sont déjà engagés dans une lutte contre la pollution lumineuse des villes et des installations industrielles, et considèrent cette idée comme une régression. Selon plusieurs astronomes interrogés par Science Alert et The Guardian, les reflets des miroirs pourraient briller aussi intensément que la Lune dans certaines conditions, déformant les images scientifiques et entravant la recherche sur l’univers.
Outre les perturbations potentielles pour l’astronomie, les scientifiques s’inquiètent également des conséquences sur l’environnement naturel. Les modifications des cycles lumineux pourraient affecter la faune et les écosystèmes. Enfin, certains experts soulignent que le coût énergétique et économique du lancement et de la maintenance d’une telle constellation de satellites pourrait être prohibitif, et que des solutions alternatives, telles que le développement de batteries ou de systèmes de stockage d’énergie terrestres, pourraient s’avérer plus efficaces et durables.
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