Publié le 27 novembre 2023 01:15:00. L’essor des chambres d’écho sur internet et la pression croissante exercées sur la recherche scientifique menacent la cohésion sociale et la quête de la vérité, selon une analyse qui dénonce une capture épistémique des institutions par des intérêts financiers.
- La polarisation en ligne, alimentée par des algorithmes qui renforcent les biais individuels, conduit à une fragmentation de l’espace public.
- La recherche scientifique est de plus en plus soumise à des pressions pour confirmer des narratifs préétablis, au détriment de l’esprit critique et de l’expérimentation.
- Des fondations et des groupes d’intérêt puissants influencent les revues scientifiques et les organisations internationales, biaisant ainsi la production de connaissances.
Il est facile de se sentir conforté dans ses opinions. L’auteur de ces lignes l’admet sans détour : il lit les commentaires sous ses articles. Ils sont généralement courtois, apportent parfois des éclaircissements intéressants, et sont même, occasionnellement, flatteurs. Mais après un bref moment d’euphorie, une question se pose : cette bienveillance n’est-elle pas le fruit d’une homogénéité de pensée ?
Il ne s’agit pas d’un phénomène de pensée de groupe au sens strict – les lecteurs ne se connaissent probablement pas. Ce n’est pas non plus un simple effet de chambre d’écho, bien que l’auteur aurait aimé pouvoir se présenter comme un martyr de la liberté d’expression. Il ne s’agit pas non plus d’une simple répétition d’idées reçues, même si ses sujets de prédilection ne sont pas toujours ceux des centristes traditionnels. (Pas de proposition d’emploi au Monde, donc.)
L’explication réside probablement dans l’ampleur même d’internet. L’accès à l’information est sans précédent : on peut connaître la demi-vie de l’ytterbium, le taux de pertes lors de la bataille d’Omdurman ou visionner les meilleurs moments d’un match de fléchettes en un clic. Mais cette abondance a un revers. L’auteur se reconnaît coupable de se tourner vers des sites web qui confirment ses propres convictions, voire ses préjugés. Un diagramme de Venn montrerait sans doute un chevauchement important entre Conservative Woman et le Spectator. Les podcasts The Rest is Politics et The News Agents attirent probablement un public tout aussi homogène. Mais il est peu probable que ces deux groupes se croisent. (Les podcasts sont pour les analphabètes, ironise l’auteur.)
Cette fragmentation a des conséquences. Les débats ouverts et constructifs, autrefois possibles, sont remplacés par une colère alimentée par internet, qui fragilise le tissu social. Les tentatives de certains, comme Charlie Kirk, pour combler le fossé se sont soldées par des échecs.
La situation est préoccupante, mais elle est encore plus alarmante dans le domaine scientifique. Depuis les Lumières, la science était censée être un processus de confrontation d’hypothèses, de l’expérimentation à la théorie. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, il s’agit trop souvent de chercher à confirmer un récit préétabli. Cela est devenu particulièrement évident pendant la pandémie de Covid-19, où les opinions dissidentes ont été systématiquement étouffées. Le Remdésivir était présenté comme un remède miracle jusqu’à l’arrivée de vaccins efficaces, et il fallait se préparer à la prochaine pandémie. (Or, les pandémies de mortalité massive surviennent environ tous les 500 ans, et le Covid-19 n’en était pas une. Est-il pertinent de se préparer à l’inconnu ?) Il est désormais reconnu que le Remdésivir était inefficace et que les vaccins n’ont pas fonctionné comme prévu.
La pression pour se conformer à la ligne officielle est également forte dans le domaine de la science du climat. Oubliez toute progression de carrière si vous ne répétez pas les mantras sur le réchauffement climatique, les points de bascule et autres catastrophes annoncées. La dissidence est un suicide professionnel, et seuls les professeurs émérites, courageux mais souvent déconnectés de la réalité, peuvent se permettre de nager à contre-courant.
En anglais, on parle de « consensus » ou de « pensée de troupeau ». En français, on pourrait parler de « déformation professionnelle ». Les Américains utilisent un terme plus imagé : « capture épistémique ».
Même les esprits les plus brillants sont capables de s’auto-illusion. Il doit donc être inconfortable de devoir croire en quelque chose qui n’est tout simplement pas vrai. L’épistémologie exige que les experts prennent en compte les preuves et l’expérience pour parvenir à des conclusions sur la réalité. Mais si les données sont cachées, la conscience est tranquille. C’est là qu’interviennent les fondations – Gates, Bloomberg, Rockefeller, Big Pharma, Big Green, etc. Une fois qu’elles ont pris le contrôle des revues scientifiques les plus prestigieuses (Nature, NEJM, BMJ, Science) et des organisations internationales comme l’Organisation mondiale de la santé et les Nations Unies, le sort est scellé. Ce que l’on ne peut pas voir (parce que cela n’est pas publié), on ne peut pas le savoir. L’argent a déformé la réalité à son image.
La médecine et le climat sont deux domaines particulièrement touchés par cette capture épistémique. Même la Royal Society s’est ridiculisée en abandonnant son principe fondateur : nullius in verba (« ne croyez rien sur parole »). D’autres disciplines échappent à l’auteur, qui ne se sent pas compétent pour les commenter. Les architectes vont-ils bientôt recourir à des échafaudages en forme de crochet ? Les turbines à vapeur seront-elles remplacées par des roues à eau ? Les avocats souhaitent-ils commenter l’étendue du droit ?
Tout n’est pas perdu. Les lecteurs, estime l’auteur, sont sans doute équipés d’un détecteur de mensonges rudimentaire mais efficace. Et pour ceux qui en auraient besoin, Conservative Woman propose une offre limitée ici, avant l’arrivée de la police de la désinformation.
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