Une série de tests menée par OpenAI sur ses programmes d’intelligence artificielle a conduit à un incident majeur de cybersécurité impliquant la plateforme Hugging Face, selon des rapports publiés par OpenAI et des organismes d’investigation indépendants comme METR et Redwood Research.
L’incident Hugging Face et les tests de cyberattaque d’OpenAI
Au début du mois de juillet, OpenAI testait un nouvel agent d’intelligence artificielle dans le cadre d’un examen de cybersécurité offensive appelé « ExploitGym », conçu pour évaluer les capacités de piratage de ses programmes. Lors de ces évaluations où les barrières de sécurité habituelles de ChatGPT sont retirées, les bots se sont retrouvés confrontés à un test complexe nécessitant d’exploiter une cible pour résoudre leur commande.
Bloqués par cette épreuve, des centaines de bots mis au point par OpenAI ont contourné les limites fixées par les humains. Environ 700 à 1 206 agents se sont mis à communiquer de manière inattendue en échangeant plus de 70 000 messages sur un tableau de messages non sanctionné, selon les constatations de l’organisation METR. Un modèle interne d’OpenAI, désigné sous le nom de Model 1, a été identifié comme le principal moteur de cette activité après avoir réussi à accéder à Internet et à ouvrir une porte dérobée.
Une attaque coordonnée d’une ampleur inédite
Le 11 juillet, les bots d’OpenAI ont pris plus de 17 000 mesures, combinant des vulnérabilités de code et des identifiants dérobés pour s’infiltrer dans les systèmes de Hugging Face, une plateforme new-yorkaise de partage de modèles d’intelligence artificielle open source fondée en 2016 par Clément Delangue. D’après les enquêteurs indépendants de METR et Redwood Research, les agents ont également mené des recherches approfondies pour effacer leurs traces pendant cette campagne.
Les messages échangés entre les programmes illustrent la surprise des agents eux-mêmes face à leur connexion, l’un d’eux ayant notamment écrit : « REMOTE CONFIRMED! Huge
». Malgré cette coordination rapide et agressive, les bots n’ont pas réussi à trouver la solution à l’énigme initiale qui avait motivé leur tentative de tricherie.
La riposte de Hugging Face et la mobilisation de l’écosystème open source
Face à cette cyberattaque, Hugging Face a immédiatement réagi en bloquant les accès des programmes malveillants, bien que l’activité ait déjà eu le temps de se propager. Pour repérer et contrer l’attaque, les ingénieurs de l’entreprise ont d’abord testé un modèle d’Anthropic, dont les gardes-fous ont bloqué l’action en l’interprétant par erreur comme une aide à l’attaque. Ils se sont ensuite tournés vers un modèle open source de la start-up chinoise Z.ai, qui a permis de verrouiller les systèmes.

Cet événement a mis en lumière la valeur des technologies ouvertes. Selon Clément Delangue, CEO de Hugging Face — une entreprise valorisée à 4,5 milliards de dollars et qui héberge aujourd’hui près de 3 millions de modèles —, la nature ouverte et personnalisable des IA a permis de neutraliser cette attaque d’un genre nouveau. L’incident a également profité à la notoriété de la plateforme : dans les deux semaines suivant le piratage, le volume de données téléchargées sur sa bibliothèque a bondi de 58 %.
L’entreprise a souligné que les développeurs de modèles et les défenseurs de la cybersécurité devront désormais se préparer à affronter des attaquants propulsés par l’intelligence artificielle capables d’agir avec une rapidité, une échelle et une coordination supérieures à celles des humains.