Home DivertissementCinq cents ans de beaux-arts à travers les yeux d’une petite fille qui peut devenir aveugle à tout moment

Cinq cents ans de beaux-arts à travers les yeux d’une petite fille qui peut devenir aveugle à tout moment

by Antoine Girard

Publié le 24 septembre 2025. L’historien de l’art Thomas Schlesser a été couronné auteur de l’année en France pour son roman captivant, Les Yeux de Mona, qui mêle habilement récit initiatique et exploration de l’histoire de l’art à travers le regard d’un enfant confronté à la menace de la cécité.

  • Les Yeux de Mona, traduit en quarante langues dont le hongrois par Laura Lukács, est devenu un best-seller en France.
  • Le livre propose un voyage à travers cinq siècles d’art, de Botticelli à Soulages, à travers les yeux d’une fillette et de son grand-père.
  • Si l’ambition pédagogique est louable, le roman souffre d’une intrigue secondaire parfois excessivement didactique.

Thomas Schlesser, historien de l’art, a remporté le prestigieux prix d’auteur de l’année en France pour son œuvre originale, Les Yeux de Mona. Ce roman, publié par Park Kiadó, s’est rapidement imposé comme un succès public et critique, atteignant le statut de best-seller et étant traduit dans quarante langues, dont le hongrois grâce au travail de Laura Lukács.

L’ouvrage se présente comme une véritable invitation au voyage artistique, enrichie par des reproductions colorées et des pages dépliantes. Dès les premières pages, le lecteur comprend qu’il tient entre ses mains un livre conçu par un véritable passionné de littérature et de beaux-arts.

L’histoire suit Mona, une jeune fille de dix ans, et son grand-père dans un parcours initiatique à travers l’histoire de l’art, de la Renaissance jusqu’à nos jours. Chaque semaine, ils découvrent une œuvre emblématique, explorant les techniques, les contextes historiques et les biographies des artistes. De Botticelli et sa Vénus et les Trois Grâces offrant un cadeau à une jeune fille à Pierre Soulages et son Peinture 200×220 (2002), le livre embrasse un large éventail de créateurs, incluant Léonard de Vinci, Raphaël, Rembrandt, Goya, Degas, Duchamp, Kandinsky, Frida Kahlo et Marina Abramović.

Chaque chapitre est structuré autour d’une œuvre d’art, présentée avec une description détaillée en italique, suivie d’un dialogue entre le grand-père et sa petite-fille. Ces conversations permettent d’aborder des thèmes complexes tels que l’histoire culturelle, les concepts artistiques et les techniques de peinture, tout en tentant une interprétation globale de l’œuvre dans son contexte historique et contemporain. Le duo arpente les salles du Louvre, du musée d’Orsay et du Centre Pompidou, tissant des liens étroits à travers leur passion commune pour l’art.

L’intrigue principale, qui sert de fil conducteur à cette exploration artistique, est celle de Mona, frappée soudainement d’une perte de vision inexpliquée. Cette « crise de cécité », d’une durée de 63 minutes, plonge la famille dans l’incertitude et la peur. Les médecins ne parviennent pas à déterminer la cause de ce trouble, laissant planer le spectre d’une cécité définitive.

« …tout à coup, une ombre épaisse tomba sur ses yeux – comme s’il était puni parce qu’il avait des yeux si clairs, grands et bleus. L’ombre ne venait pas de l’extérieur, comme c’est habituellement le cas, par exemple, au crépuscule ou lorsque les lumières s’éteignent dans le théâtre, mais il a pris possession de sa vision de l’intérieur, de son propre corps. Un rideau impénétrable est descendu entre lui et le monde… »

Thomas Schlesser, Les Yeux de Mona

Le grand-père, en secret, espère que l’art aura un effet thérapeutique sur Mona et qu’elle pourra emmagasiner le plus de souvenirs visuels possible avant que sa vue ne disparaisse. Il saisit également cette occasion pour aborder des questions existentielles telles que l’amour, la mort, la vieillesse et le sens de la vie.

Cependant, cette intrigue secondaire, bien qu’ambitieuse, peine à convaincre. Les sujets abordés, tels que le premier amour, l’amitié, les difficultés scolaires, l’alcoolisme ou l’euthanasie, sont traités de manière trop superficielle et didactique, alourdissant le récit et le rapprochant d’un roman jeunesse de moindre qualité. Le véritable atout du livre réside dans ses analyses approfondies et exhaustives de l’histoire de l’art.

L’idée d’intégrer le point de vue d’un enfant dans une œuvre consacrée à l’art est intéressante, mais elle n’est pas pleinement exploitée. Le langage et la perception de Mona semblent souvent trop sophistiqués pour une fillette de dix ans, ce qui nuit à la crédibilité du personnage.

« Tu te souviens, Papuss, quelle a été la leçon de La Joconde ? C’était de sourire à la vie. (…) Mais pour cela, il faut que le paysage soit plein d’énergie, et Léonard le montre… il a peint La Joconde de telle manière que de son environnement… – Mona hésita – … une sorte de vibration bénéfique irradie de son environnement, n’est-ce pas ? »

Thomas Schlesser, Les Yeux de Mona

Malgré ces quelques faiblesses, Les Yeux de Mona reste une lecture enrichissante qui permet de découvrir l’histoire de l’art, la vie des artistes et leurs techniques. Le livre offre un contexte littéraire, historique, philosophique et culturel précieux autour de chaque œuvre, tout en soulignant le pouvoir de l’art à nous émouvoir, à nous instruire et à nous transformer.

Thomas Schlesser : Les Yeux de Mona
Traduit par Laura Lukács
Parc, 2025, 7 999 HUF

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