Publié le 8 décembre 2025 à 01:04. Le gouvernement du Québec maintient son cap : à l’école, les élèves devront s’adresser au personnel enseignant en utilisant les termes « monsieur » ou « madame », une consigne qui suscite des interrogations quant à l’inclusion des personnes non binaires.
- Un nouveau règlement sur le civisme à l’école entrera en vigueur le 1er janvier 2026, imposant l’utilisation des titres « monsieur » et « madame ».
- Cette directive pose problème pour les écoles souhaitant adopter une approche plus inclusive envers les élèves et le personnel non binaire.
- Le ministère de l’Éducation confirme que le règlement est explicite et doit être intégré dans les codes de vie des établissements scolaires.
Le ministère de l’Éducation du Québec ne laisse aucune place à l’interprétation. À compter du 1er janvier 2026, les élèves devront impérativement utiliser les formules de politesse « monsieur » ou « madame » lorsqu’ils s’adressent au personnel scolaire. Cette règle, inscrite dans la Gazette officielle du Québec du 3 septembre dernier, fait partie d’un règlement plus large sur le civisme à l’école, et ne prévoit aucune exception pour les personnes qui ne s’identifient pas au genre binaire.
Si le vouvoiement, qui doit être systématiquement utilisé avec les élèves, est considéré comme neutre, les titres « monsieur » et « madame » posent problème. Au Collège Jean-Eudes, à Montréal, Constance Bourguignon, qui s’identifie comme non binaire et utilise le pronom iel, s’interroge : « Ici, le vouvoiement est déjà en place, alors les élèves m’appellent prof Bourguignon. Mais il y a un problème… »
Le souci, explique-t-elle, est que l’appellation « prof » ne figure pas dans le vocabulaire ministériel autorisé. Les élèves doivent donc obligatoirement utiliser « madame » ou « monsieur » pour témoigner de leur civisme. Le cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, confirme cette interprétation. « Le règlement prévoit explicitement l’usage des termes monsieur et Madame. Cette consigne doit être intégrée dans le code de vie des écoles et appliquée conformément aux règles en vigueur », précise Marylène Le Houillier, directrice des communications.
En cas de non-respect de cette règle, la direction de chaque établissement scolaire devra évaluer la situation et prendre les mesures disciplinaires appropriées. Dominic Blanchette, directeur du Collège Jean-Eudes, se retrouve dans une position délicate. Il souligne que le vouvoiement s’inscrit naturellement dans la relation éducative au sein de son établissement, mais reconnaît que les formules d’appel ne sont qu’un élément parmi d’autres.
« Ce qui compte surtout pour nous, c’est le climat que nous maintenons au Collège : un milieu accueillant, sécuritaire et inclusif où les jeunes sentent qu’ils peuvent être eux-mêmes et où le personnel se sent reconnu dans son rôle et son identité », affirme-t-il.
Constance Bourguignon estime que l’appellation « prof » serait tout à fait conforme à l’esprit du règlement et s’étonne que le ministère « bâillonne l’usage du neutre, puisque le français appartient à toutes les personnes qui le parlent et qui l’aiment ». Iel est convaincue que ses élèves l’appelleront « prof », se sentant privilégiée d’évoluer dans un environnement où l’inclusion est la norme.
Cependant, iel est consciente que ce n’est pas le cas partout. Les questions de genre sont sensibles, comme l’a démontré l’affaire de Mx Martine en 2023 Lisez l’article « L’embauche d’une enseignante non binaire suscite la controverse ». Iel se pose des questions quant à la pertinence de révéler son identité et celle de son école, par crainte de représailles.
« Il y a des membres de ma communauté qui risquent de ne pas brasser la cage pour ne pas s’exposer à un ressac ou pour des raisons de sécurité. Moi, je me pose quand même la question. Est-ce que je fais bien de donner mon vrai nom, celui de mon école ? »
Pour Constance Bourguignon, cette directive sur le vouvoiement, dévoilée en mai dernier par Bernard Drainville, alors ministre de l’Éducation, est déconnectée des réalités du terrain. « La maison est en feu et on s’occupe de la couleur des rideaux. Mais tant qu’à s’occuper de la couleur des rideaux, on pourrait le faire correctement », suggère-t-elle, en proposant d’ajouter « ou tout titre de politesse équivalent » après « madame et monsieur ».
Il est à noter que le gouvernement provincial a récemment interdit l’utilisation de certains termes inclusifs tels que iel, MX, toustes, celleux et les abréviations avec points médianes (administrateur•e•s, étudiant.e.s) dans les communications entre fonctionnaires de l’État.
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