Le gouvernement de la Colombie-Britannique a réintégré lundi 25 mai 2026 les neuf administrateurs du district scolaire de Greater Victoria (SD61). Cette décision fait suite au retrait soudain de la cause provinciale après la révélation de messages textes occultés, impliquant des hauts fonctionnaires et la police, concernant le licenciement des élus en janvier 2025.
L’issue de l’audience de révision judiciaire au tribunal de Victoria a tourné au fiasco pour la province. Ce qui devait être un processus légal prolongé s’est transformé en un retrait pur et simple des accusations. Selon CHEK News, le gouvernement a non seulement accepté d’annuler les ordres de licenciement, mais s’est également engagé à verser le rappel de salaire et les frais juridiques aux administrateurs lésés.
Pour Sean Hern, l’avocat des administrateurs, le dénouement a été brutal : « capitulation totale ». L’effet a été immédiat, les élus retrouvant leurs fonctions dès l’après-midi même du lundi 25 mai.
Le retour immédiat des administrateurs et le coût du retrait
La réintégration des neuf membres du conseil scolaire ne représente pas seulement une victoire symbolique, mais un aveu d’échec administratif et juridique. En annulant les trois ordres gouvernementaux qui avaient écarté les administrateurs, la province a reconnu l’absence de base légale solide pour maintenir leur éviction.

L’enjeu financier est désormais concret. Le règlement impose à la province de couvrir l’intégralité des frais de justice engagés par les administrateurs pour contester leur licenciement, en plus de compenser la perte de revenus subie depuis janvier 2025. Cette volte-face intervient alors que la province tentait initialement de justifier l’éviction par l’incapacité du conseil à produire un plan de sécurité scolaire satisfaisant.
Nicole Duncan, présidente du conseil du SD61, a exprimé un mélange de soulagement et de méfiance face à ce dénouement. Elle a affirmé que ces résultats constituaient une « vindication complète » pour le conseil, ajoutant que « le gouvernement n’a jamais eu de base légale pour nous licencier ».
Des messages textes compromettants au cœur du dossier
Le pivot de cette affaire repose sur des preuves numériques que le ministère de l’Éducation et de la Petite Enfance a omis de divulguer. Comme l’a rapporté CBC, des messages textes ont révélé des communications clandestines entre Jennifer McCrea, sous-ministre adjointe à l’Éducation, Mike Brown, chef adjoint du service de police de Victoria (VicPD), et Kevin Godden, un conseiller spécial nommé par la province.

Ces échanges, datant de la période précédant immédiatement le licenciement des administrateurs en janvier 2025, suggèrent une collaboration étroite entre le ministère et la police pour influencer le plan de sécurité du district. Plus grave encore, certains de ces messages contenaient des commentaires dérogatoires visant directement Nicole Duncan.
L’existence de ces messages a été tenue secrète jusqu’au samedi précédant l’audience. Emily Lapper, avocate de la province, a admis devant le tribunal que le gouvernement n’avait pas pleinement respecté l’ordre de divulgation des documents, incluant les courriels et SMS entre la ministre, divers services de police et le conseiller spécial.
L’« erreur administrative » contestée par la justice
Face à ces révélations, la ministre de l’Éducation et de la Petite Enfance, Lisa Beare, a tenté de présenter la situation comme un malentendu bureaucratique. Dans une déclaration officielle relayée par BC Gov News, elle a évoqué une « erreur administrative importante », affirmant que le ministère avait « involontairement omis de fournir tous les documents nécessaires » lors de la production des pièces en mars 2026.
Cependant, cette version des faits a été fermement rejetée par la juge Lindsay LeBlanc. La magistrate a qualifié l’approche du ministère concernant la production des documents de « désinvolte » et s’est dite « profondément préoccupée » par les déclarations faites au tribunal affirmant l’inexistence de tels documents.
Je n’ai aucune hésitation à conclure que les défendeurs étaient conscients que la production de documents était requise et qu’ils n’ont pas respecté l’ordonnance du tribunal à laquelle ils étaient soumis.
Pour Nicole Duncan, l’argument de l’erreur involontaire est « pas crédible ». Elle a accusé le ministère d’avoir menti non seulement sur la possession des documents, mais aussi sur la nature de ses communications avec la police et sur ses véritables objectifs politiques.
Un conflit né de l’expulsion de la police des écoles
Pour comprendre l’ampleur de ce clash, il faut remonter à 2023. Comme l’explique The Globe and Mail, le conflit a débuté lorsque le conseil scolaire a décidé de mettre fin au programme d’officiers de liaison policiers dans les écoles, une mesure motivée par des préoccupations liées à la sécurité et au climat scolaire.

Le ministère avait alors exigé la mise en place d’un plan de sécurité alternatif. Le gouvernement a jugé les propositions du conseil insatisfaisantes, ce qui a conduit à la décision radicale de licencier l’ensemble des administrateurs en janvier 2025 pour imposer une direction plus alignée sur les attentes provinciales.
L’analyse des faits suggère que le licenciement n’était peut-être pas fondé sur l’inefficacité du plan de sécurité, mais sur une volonté politique de maintenir une présence policière. Ga Grant, conseil en litige pour la BC Civil Liberties Association, a qualifié les révélations de « très préoccupantes », affirmant que les preuves indiquent une « collaboration délibérée » entre le ministère, le conseiller spécial et le chef adjoint de la police de Victoria.
L’affaire laisse désormais le gouvernement de la Colombie-Britannique dans une position fragile. Alors que Lisa Beare a affirmé que « ce n’est pas le résultat que nous recherchions », la question de la responsabilité humaine et administrative reste entière. Interrogée sur d’éventuels licenciements au sein du ministère suite à cette erreur de divulgation, la ministre a refusé de commenter, invoquant des questions de ressources humaines.
La réintégration du conseil du SD61 marque la fin d’un bras de fer juridique, mais ouvre un chapitre complexe sur la transparence gouvernementale et l’autonomie des conseils scolaires face au pouvoir provincial.
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