Dubai, vitrine étincelante de modernité et de contradictions, est le sujet d’un nouveau documentaire percutant. Le film « Colossal Wreck », réalisé par Josh Appignanesi, explore les paradoxes d’une ville construite sur le pétrole, alors qu’elle accueillait en décembre 2023 la 28e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP28).
Le film d’Appignanesi, présenté lors de la COP28, dresse un portrait surréaliste de la mégalopole émiratie, où « l’argent du pétrole se transforme en béton, en verre et en un optimisme artificiel », selon ses propres termes. L’œuvre se distingue par son approche visuelle singulière, oscillant entre rêverie et esthétique inspirée de l’écrivain J.G. Ballard, et par un choix narratif inattendu : la voix off est assurée par une intelligence artificielle, un clone vocal du réalisateur lui-même.
Appignanesi y documente sa participation à la COP28, où il a présenté son précédent film, « My Extinction ». Il témoigne également de la présence discrète, mais bien réelle, de négociations pétrolières en marge de la conférence, organisée par un pays producteur de pétrole. Le réalisateur observe un contraste saisissant entre les discours sur la lutte contre le changement climatique et les intérêts économiques en jeu.
Le film ne se contente pas de montrer les fastes de Dubai et de sa ville d’exposition, Expo City, qu’Appignanesi décrit comme un terrain fertile pour le cinéma. Il donne également la parole à Valdelice Veron, une représentante du peuple Guarani du Brésil, qui témoigne avec émotion de la menace qui pèse sur son peuple. Ce moment de vérité brute contraste avec l’atmosphère souvent aseptisée de la conférence.
« Colossal Wreck » interroge la présence même des différents acteurs à Dubai : activistes dépassés en nombre par les représentants du monde financier et des industries fossiles, venus, selon Appignanesi, « dissimuler leur raison d’être à la vue de tous ». Le film évoque un sentiment étrange, une impression de décalage temporel, renforcée par les images des tours de Dubai, qualifiées par le réalisateur de « gargantuesques insignifiances », accompagnées du chant des baleines.
Appignanesi se montre prudent dans ses conclusions, se demandant si une évolution positive peut émerger de ce contexte paradoxal. Il s’interroge sur l’attrait de l’humanité pour sa propre extinction, son addiction à la consommation et à l’épuisement des ressources. Il nuance toutefois son pessimisme, laissant planer la possibilité d’un changement inattendu. « Colossal Wreck » est, selon les critiques, son documentaire le plus abouti à ce jour.
Le film sera présenté en salles en France à partir du 7 novembre.
