Publié le 2024-02-29 10:00:00. Le cancer du poumon, souvent diagnostiqué trop tard, reste un défi majeur de santé publique. Des avancées thérapeutiques, notamment l’immunothérapie, offrent un nouvel espoir, mais la prévention, en particulier l’arrêt du tabac, demeure essentielle.
- Arrêter de fumer avant 40 ans permet de réduire considérablement le risque de mortalité lié au tabac.
- Un dépistage précoce du cancer du poumon, ciblé sur les populations à risque, pourrait sauver de nombreuses vies.
- L’immunothérapie représente une avancée significative dans le traitement du cancer du poumon, améliorant les taux de survie.
Le cancer du poumon est un défi particulièrement ardu, selon le Dr Gudrun Absenger, oncologue à l’Université Médicale de Graz. Elle souligne que le diagnostic est souvent posé trop tardivement, lorsque la maladie est déjà étendue et qu’une guérison devient improbable. « Ce n’est que lorsque la tumeur pulmonaire est volumineuse ou s’est propagée à d’autres organes que les patients présentent des symptômes », explique-t-elle.
Cette réalité se traduit par un faible taux de détection précoce : seulement environ 25 % des cas sont découverts à un stade où le traitement peut être véritablement efficace. Une fois que des métastases se forment, le traitement peut prolonger la vie, mais une guérison complète est rarement possible.
Le tabagisme est responsable de jusqu’à 90 % des cas de cancer du poumon. Bien que l’Autriche ait renforcé sa législation anti-tabac, environ 14 000 personnes y décèdent chaque année des conséquences du tabagisme. Une étude portant sur 1,48 million de personnes a révélé l’impact dévastateur de la cigarette sur l’espérance de vie : le tabagisme réduit l’espérance de vie de douze ans pour les femmes et de treize ans pour les hommes dans la tranche d’âge de 40 à 79 ans. En tenant compte des causes de décès typiques liées au tabac (cancer, maladies cardiovasculaires, problèmes respiratoires), cette réduction s’élève à 24 ans pour les femmes et 26 ans pour les hommes.
Cependant, l’étude met également en évidence un message d’espoir : il n’est jamais trop tard pour arrêter de fumer. Arrêter avant l’âge de 40 ans permet de ramener le taux de mortalité des anciens fumeurs à celui des non-fumeurs en seulement trois ans. Bernd Lamprecht, président de la Société autrichienne de pneumologie, affirme : « Il existe peu de changements de style de vie qui contribuent autant à prolonger la vie que l’arrêt du tabac. »
Les experts plaident depuis longtemps pour la mise en place d’un dépistage systématique du cancer du poumon. Ce dépistage ciblerait les personnes présentant des facteurs de risque élevés : fumeurs actifs et anciens fumeurs de longue date âgés de 50 à 75 ans, ainsi que les personnes exposées professionnellement à des poussières, des gaz ou des vapeurs. Ces groupes seraient soumis à une tomodensitométrie à faible dose afin de détecter et de traiter précocement tout signe de cancer. « Grâce aux données internationales, nous savons que nous pouvons sauver de nombreuses vies grâce à un programme de dépistage », souligne le Dr Lamprecht.
Les pneumologues autrichiens estiment également qu’un tel dépistage pourrait permettre de détecter d’autres affections respiratoires à un stade précoce, telles que la fibrose pulmonaire ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Le Dr Absenger se montre favorable à un dépistage précoce, similaire à ceux déjà en place pour le cancer du sein ou du côlon, mais souligne les défis logistiques : « Pour cela, nous aurions besoin de parcours de soins clairement définis, car une image tomodensitométrique seule ne suffit pas à déterminer si une lésion est cancéreuse. »
En cas de suspicion, un prélèvement de tissu est nécessaire, une intervention médicale qui comporte des risques. De plus, ces examens doivent être réalisables dans le cadre des ressources limitées du système de santé. Le Dr Absenger insiste également sur la nécessité de lier le dépistage précoce à des programmes d’aide à l’arrêt du tabac.
Parallèlement, la recherche médicale a fait des progrès considérables. L’immunothérapie, en particulier, a révolutionné le traitement du cancer du poumon. « Le cancer du poumon est l’un des types de cancer qui répondent particulièrement bien à l’immunothérapie », explique le Dr Absenger. La combinaison de chimiothérapie et d’immunothérapie permet d’obtenir de très bons résultats : les taux de survie à cinq ans sont passés d’environ 12 % en 2015 à environ 24 % en 2022. Cependant, cette thérapie ne fonctionne pas pour tous les patients.
Des thérapies ciblées sont également disponibles pour les patients atteints de mutations tumorales spécifiques. Le Dr Absenger exprime toutefois son inquiétude face à l’augmentation de la consommation de produits de vapotage chez les jeunes. « Tant de jeunes utilisent des cigarettes électroniques ou des produits de vapotage, cela peut être le début d’une dépendance à vie », avertit-elle. Elle souligne également l’absence de données sur les effets à long terme de ces produits, insistant sur le fait que « tout irritant qui pénètre dans les poumons est nocif ». Elle craint un « réveil désagréable » concernant ces produits.
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