Augmentation exponentielle des appels aux centres de toxicologie liés au semaglutide
L’approbation du semaglutide par la FDA pour la gestion chronique du poids en 2021 a coïncidé avec une hausse spectaculaire des appels aux centres antipoison aux États-Unis. Si ce médicament, vendu sous les noms d’Ozempic et de Wegovy, est devenu un outil populaire pour la perte de poids, les chercheurs ont constaté que cette expansion de son usage s’accompagnait d’une augmentation préoccupante des erreurs thérapeutiques.
Une tendance marquée par l’approbation de 2021
Avant la mi-2021, les centres antipoison nationaux traitaient entre 1 000 et 1 500 cas liés aux agonistes des récepteurs du GLP-1 (GLP-1RA) par an. Après l’approbation du semaglutide pour la perte de poids, ce chiffre a plus que doublé, dépassant les 8 000 appels en 2023. Une étude publiée dans le Journal of Medical Toxicology, analysant 10 033 cas, a révélé que le semaglutide représentait à lui seul 64,2 % des cas signalés après l’approbation de la FDA.
Selon les travaux menés par des chercheurs de l’Université du Texas à San Antonio (UTSA) et du South Texas Poison Center, le semaglutide a connu une croissance des signalements de 9,9 % par trimestre après son autorisation pour la gestion du poids, dépassant largement les autres médicaments de la même classe.
Changement de profil des patients
L’analyse des données montre une évolution significative du profil des utilisateurs. Avant 2021, les appels concernaient principalement des patients diabétiques plus âgés, avec un âge moyen de 57 ans. Après l’approbation, l’âge moyen des personnes concernées a chuté à environ 52 ans, et même à 47,5 ans si l’on exclut la base historique des patients diabétiques. La part des femmes a également progressé, passant de 68,9 % à 78,2 % des cas signalés.
David Han, professeur au département de statistiques et de science des données de l’UTSA, souligne que la dynamique est différente selon l’usage : « Lorsque les médicaments GLP-1 sont vendus à des patients diabétiques, c’est une tout autre histoire que lorsqu’ils sont utilisés pour la gestion du poids. »
Les erreurs de dosage, cause principale des appels
La majorité des appels aux centres de toxicologie ne relèvent pas d’une utilisation intentionnelle abusive, mais d’erreurs thérapeutiques involontaires. Les deux erreurs les plus fréquentes identifiées par les chercheurs sont :
* La fréquence d’administration : Injecter le médicament quotidiennement au lieu de la dose hebdomadaire recommandée.
* Le dosage initial : Commencer le traitement directement à la dose maximale au lieu de suivre la montée progressive prescrite.
Ces erreurs sont souvent liées à une méconnaissance des dispositifs d’injection. Des données historiques indiquent que les primo-utilisateurs de stylos injecteurs présentent des taux d’erreur allant de 17 % à 57 %. De plus, les pénuries de médicaments ont parfois poussé les patients vers des versions composées, dont les concentrations non standard augmentent les risques de confusion.
Impact sur les services d’urgence
Bien que la majorité des symptômes rapportés soient bénins — incluant nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhées, étourdissements et maux de tête — la pression sur les systèmes de santé a augmenté. La proportion de cas orientés vers un établissement médical est passée de 23 % avant 2021 à 33,5 % après l’approbation du traitement pour la perte de poids. Les cas traités et libérés des urgences ont également bondi, passant de 13 % à plus de 21 %.
Les chercheurs suggèrent que la forte médiatisation du médicament, notamment via les réseaux sociaux, pourrait inciter davantage de personnes à consulter des services d’urgence pour des symptômes qui auraient pu être gérés à domicile.
Nécessité d’une meilleure éducation
Pour les experts, ces résultats soulignent un besoin urgent d’éduquer les patients et les prescripteurs. Une meilleure compréhension de la technique d’injection, du calendrier de dosage et de la distinction entre les effets secondaires normaux et les situations nécessitant une intervention d’urgence permettrait de réduire ces incidents.
« Il faut mieux éduquer le public, car la manière dont ce médicament se comporte dans notre corps et sa sécurité à long terme ne sont pas encore totalement comprises », a conclu le professeur Han. En attendant, les centres de toxicologie continuent de surveiller cette tendance, rappelant que derrière les chiffres se cachent des enjeux de santé publique concrets liés à la manipulation de ces traitements puissants.
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