Publié le 9 décembre 2025 à 11 h 33 HE. L’expression « groupe de la mort » est devenue un incontournable des Coupes du monde de football, mais avec l’expansion du tournoi à 48 équipes en 2026, cette notion semble-t-elle perdre de son sens ? Une analyse rétrospective et prospective de ce terme et de sa pertinence.
- L’expression « groupe de la mort » serait apparue dans la presse anglophone à l’approche de la Coupe du monde 1986 au Mexique.
- Selon des analyses basées sur le classement Elo, les groupes les plus difficiles de l’histoire se trouvaient dans les Coupes du monde antérieures à 1980, lorsque le nombre d’équipes était limité.
- L’expansion du tournoi à 48 équipes en 2026 pourrait bien signifier la fin du « groupe de la mort » tel que nous le connaissons, avec la qualification de trois équipes par groupe.
L’expression « groupe de la mort » évoque l’image d’une poule particulièrement relevée lors d’une Coupe du monde de football, où les chances de qualification sont minces pour plusieurs équipes. Si son origine exacte est difficile à cerner, les premières traces de son utilisation dans la presse anglophone remontent à la Coupe du monde 1986 au Mexique. Alan Franks, chroniqueur du Times de Londres, utilisait déjà l’expression dans un article du 12 mai 1986, suite au tremblement de terre de magnitude 8,0 qui avait frappé Mexico l’année précédente. Il suggérait ainsi à ses lecteurs de considérer d’autres villes mexicaines, comme Querétaro, qui abritait l’équipe d’Écosse, qualifiée pour le tournoi.
Comme le relève Ryan O’Hanlon, l’orthographe de l’expression était alors légèrement incorrecte – « il groupe de mort » au lieu de « le groupe de mort » – mais l’idée était née. Depuis, l’expression est devenue un classique du vocabulaire journalistique pour désigner le groupe le plus difficile d’une Coupe du monde.
Au fil des éditions, de nombreuses équipes ont été désignées comme faisant partie du « groupe de la mort ». En 1990, l’Angleterre, l’Irlande, les Pays-Bas et l’Égypte se retrouvaient ainsi regroupés dans une poule particulièrement redoutable. En 1994, les entraîneurs de l’Italie et du Brésil, les deux finalistes, affirmaient avant le tournoi être confrontés au « groupe de la mort ». En 2002, l’Angleterre hérita d’une poule comprenant l’Argentine, le Nigeria et la Suède, qualifiée de « groupe de la mort » par la Press Association.
En 2014, l’intérêt pour l’expression a atteint un pic, selon Google Trends. Cependant, une analyse plus approfondie, basée sur le classement Elo du football mondial, révèle que les groupes les plus difficiles de l’histoire se trouvaient dans les Coupes du monde antérieures à 1980. Ce classement, qui remonte au début du 20e siècle, attribue ou soustrait des points aux équipes en fonction des résultats de leurs matchs, en tenant compte de la qualité de l’adversaire et d’autres facteurs.
Ainsi, le groupe 3 de la Coupe du monde 1962 au Chili, composé du Brésil, de la Tchécoslovaquie, de l’Espagne et du Mexique, est considéré comme le groupe le plus difficile de tous les temps, avec une note Elo moyenne particulièrement élevée. Le groupe 4 de la même édition, regroupant l’Argentine, la Hongrie, l’Angleterre et la Bulgarie, arrive en neuvième position.
L’expansion du tournoi à 24 équipes en 1982, puis à 32 équipes en 1998, a progressivement dilué la compétitivité des groupes. Avec l’arrivée de 48 équipes en 2026, et la qualification de trois équipes par groupe, le concept de « groupe de la mort » semble perdre de sa pertinence. Le Groupe I de la Coupe du monde 2026, qui pourrait regrouper la France, la Norvège, le Sénégal et un vainqueur des séries éliminatoires, est considéré comme le groupe le plus difficile, mais sa note Elo moyenne est bien inférieure à celle des groupes les plus relevés du passé.
Il est possible que l’on assiste à l’émergence d’un nouveau concept, celui du « groupe de destruction mutuelle assurée » ou du « groupe des tirages au sort », pour désigner les poules où les équipes sont relativement équivalentes et où chaque match est crucial. Quoi qu’il en soit, l’ère du « groupe de la mort » semble toucher à sa fin.
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