Home AffairesComment la ruée vers l’or de l’IA dévore la planète

Comment la ruée vers l’or de l’IA dévore la planète

by Amélie Bernard

L’intelligence artificielle, en plein essor, cache une consommation énergétique et hydrique massive qui pourrait compromettre les objectifs de transition écologique. Face à cette empreinte environnementale croissante, des voix s’élèvent pour appeler à une approche plus sobre et responsable du développement de cette technologie.

L’attrait de l’intelligence artificielle est indéniable. Des chatbots capables de simuler une conversation humaine aux générateurs d’images créant des univers entiers, les applications semblent illimitées. Cependant, cette révolution numérique s’appuie sur une infrastructure gourmande en ressources, dont l’impact sur la planète suscite de vives inquiétudes.

En 2023, les centres de données à travers le monde ont consommé près de 5 000 milliards de litres d’eau – l’équivalent de la consommation annuelle d’eau potable de la France. Une grande partie de cette eau est perdue par évaporation. Les prévisions indiquent une consommation qui pourrait doubler d’ici 2030. Parallèlement, la demande d’électricité explose : aux États-Unis, les centres de données pourraient représenter jusqu’à 12 % de la consommation électrique nationale d’ici 2028, tandis qu’en Europe, cette part pourrait tripler pour atteindre 7,5 % d’ici 2035.

Le problème ne se limite pas à la consommation. Plus de la moitié de l’électricité alimentant ces centres de données provient encore de combustibles fossiles. En 2024, les datacenters ont émis 369 millions de tonnes de CO₂ – un volume supérieur aux émissions totales de la France.

La fabrication des composants essentiels à l’IA, notamment les GPU, est également très polluante. Une seule puce Nvidia A100 contient plus de 20 métaux, dont des terres rares, dont l’extraction et le traitement ont un impact environnemental significatif. La production de ces puces nécessite des milliers de litres d’eau ultra-pure et l’utilisation de produits chimiques toxiques, exacerbant les problèmes liés à l’industrie des semi-conducteurs.

Les investissements dans les centres de données sont en forte croissance, atteignant un niveau de 620 milliards de dollars (environ 568 milliards d’euros) en 2026, contre près de quatre fois moins en 2023. Certains projets sont comparables en taille à Manhattan, soulignant l’ampleur de cette infrastructure.

Face à cette situation, l’Agence de la transition écologique (Ademe) plaide pour une « sobriété » dans le développement de l’IA, soulignant que toutes les problématiques ne nécessitent pas les solutions les plus énergivores. Aux États-Unis, plus de 230 organisations non gouvernementales ont même appelé à un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données, craignant des conflits avec l’agriculture, l’électrification des transports et d’autres besoins essentiels.

L’IA n’est pas intrinsèquement destructrice. Elle peut contribuer à optimiser les réseaux énergétiques, accélérer la recherche médicale et modéliser le changement climatique. Cependant, la course actuelle à des modèles et des centres de données toujours plus puissants risque de compromettre ces mêmes objectifs.

« L’innovation doit servir l’humanité et non consommer son avenir », soulignent les experts. La question n’est donc pas de savoir si l’IA doit exister, mais si son développement doit être illimité. Pour que la révolution numérique soit perçue comme un progrès et non comme une exploitation des ressources, il est impératif d’exiger des entreprises qu’elles rendent des comptes.

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