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Comment le Dr Gloom est devenu le Dr Boom – The Irish Times

by Amélie Bernard

Publié le 5 décembre 2025 à 06h01. L’économiste américain Nouriel Roubini, connu pour ses prévisions pessimistes, surprend en adoptant une vision optimiste de l’économie américaine, misant sur la supériorité technologique des États-Unis pour contrer les effets négatifs des politiques protectionnistes.

  • Nouriel Roubini anticipe une croissance américaine passant de 2 % à 4 % d’ici la fin de la décennie, grâce aux avancées technologiques.
  • Il estime que les tarifs douaniers instaurés par Donald Trump, bien que préjudiciables, seront éclipsés par la domination américaine dans des secteurs clés comme l’intelligence artificielle et la robotique.
  • Cette nouvelle perspective tranche radicalement avec le pessimisme habituel de l’économiste, surnommé « Dr Gloom » (Dr Morosité).

Nouriel Roubini, l’économiste américain qui s’est fait connaître au milieu des années 2000 en prédisant la crise financière mondiale – une prédiction initialement accueillie avec scepticisme à Wall Street – a longtemps été un chantre de la prudence économique. Au cours des dernières années, il a multiplié les avertissements concernant les risques liés à l’intelligence artificielle (IA) et aux pertes d’emplois qu’elle pourrait engendrer, la menace d’une catastrophe climatique imminente, et les tensions croissantes entre la Chine et les États-Unis autour de Taïwan, qui pourraient déboucher sur une nouvelle guerre froide.

Dans son ouvrage Megathreats (2022), Roubini avait même comparé l’économie mondiale à l’Argentine, un pays ayant connu plusieurs défauts de paiement depuis les années 1980. C’est pourquoi son revirement actuel, et son regard résolument positif sur l’économie américaine, suscitent l’étonnement.

On aurait pu s’attendre à ce que Roubini rejoigne le consensus dominant concernant les tarifs douaniers imposés par Donald Trump, à savoir qu’ils ralentiraient la croissance américaine, affaibliraient les marchés boursiers et menaceraient le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Or, Roubini estime que l’exceptionnalisme américain – l’idée que l’économie américaine est structurellement plus solide et plus résiliente que celles de ses concurrents – perdurera.

Selon lui, les États-Unis, aux côtés de la Chine, conservent une avance significative dans les domaines d’innovation les plus prometteurs, notamment l’IA, l’apprentissage automatique, la robotique, l’informatique quantique, l’exploration spatiale et les technologies de défense. Les gains de productivité découlant de ces avancées permettraient à la croissance américaine de passer d’une moyenne de 2 % à 4 % d’ici la fin de la décennie, prévoit-il.

Roubini ne minimise pas les effets négatifs des politiques protectionnistes de Trump, mais il considère qu’elles seront largement compensées par la suprématie technologique américaine. Il souligne que la technologie explique l’écart croissant entre le produit intérieur brut (PIB) des États-Unis et de l’Europe, un écart qui est passé de 17 % en 2002 à 30 % en 2023, soit l’équivalent de 8 500 dollars (7 370 euros) par habitant.

« Bien que le consensus sur les perspectives du marché depuis le choc tarifaire du 2 avril soit pessimiste quant aux perspectives économiques des États-Unis, ce pessimisme ignore comment la discipline du marché, les garde-fous institutionnels et l’ampleur des investissements axés sur l’IA – couvrant les semi-conducteurs avancés, l’automatisation et la construction de centres de données – sont susceptibles de contrebalancer tout frein à la stagflation », a écrit Roubini dans un récent article. Son nouveau slogan est « la technologie l’emporte sur les tarifs ».

Il estime que, dans ce contexte de croissance potentielle plus élevée, l’exception américaine se renforcera, les valorisations boursières ne reposeront pas nécessairement sur une bulle spéculative, et le rôle du dollar comme monnaie de réserve mondiale sera maintenu, malgré une possible faiblesse à court terme.

Ce changement de perspective contraste avec celui de Michael Burry, l’investisseur américain rendu célèbre par le film The Big Short, qui a récemment liquidé son fonds spéculatif Scion Asset Management, estimant que les valorisations boursières étaient déconnectées des fondamentaux économiques. Burry considère notamment Tesla comme une entreprise « ridiculement surévaluée ».

Alors que Roubini et Burry avaient convergé dans leurs prévisions avant la crise de 2008, ils affichent désormais des points de vue diamétralement opposés, reflétant peut-être l’incertitude qui caractérise l’époque actuelle.

Dix catastrophes économiques potentielles se profilent, met en garde l’économiste américain Nouriel Roubini

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