Publié le 2025-11-19 10:17:00. Alors que l’Afrique du Sud achève sa présidence du G20, des experts insistent sur la nécessité de maintenir la pression sur les questions cruciales de la dette et du financement du développement pour le continent africain, confronté à des défis économiques et climatiques majeurs.
- Plus de la moitié des pays africains sont en situation de surendettement ou risquent de l’être.
- Le cadre commun de restructuration de la dette, mis en place par le G20, s’avère lent et complexe, favorisant les créanciers au détriment des États africains.
- L’Afrique du Sud plaide pour une approche plus holistique de la dette, intégrant les enjeux climatiques et de développement durable.
La fin de la présidence sud-africaine du G20 ne marque pas un désengagement du pays sur les priorités qu’il a défendues cette année. L’Afrique du Sud entend poursuivre ses efforts pour obtenir des solutions aux problèmes financiers auxquels sont confrontés les pays africains, tant au sein du G20 que dans d’autres instances internationales.
Lors de sa présidence, l’Afrique du Sud avait identifié quatre axes stratégiques, dont deux étaient directement liés aux finances. Il s’agissait notamment de garantir la viabilité de la dette des pays à faible revenu et de mobiliser des financements pour une transition énergétique juste. Ces enjeux sont d’une importance capitale pour l’avenir du continent africain.
En effet, selon un rapport de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), plus de la moitié des pays africains sont actuellement surendettés ou risquent de l’être. Une situation alarmante, exacerbée par le fait que plus de la moitié de la population africaine vit dans des pays qui consacrent davantage de ressources au remboursement de leur dette qu’à la santé et/ou à l’éducation.
Les difficultés financières du continent sont également illustrées par les sorties nettes de capitaux observées en 2023 dans 17 pays africains, comme le souligne l’Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Cela signifie que ces pays ont dépensé plus de devises pour rembourser leurs créanciers qu’ils n’en ont reçu en nouveaux prêts pour financer leur développement. Parallèlement, le continent est de plus en plus touché par des événements météorologiques extrêmes, qui mettent en péril la sécurité alimentaire et le bien-être des populations.
Cette conjonction de facteurs crée un cercle vicieux où les effets du changement climatique et la pression de la dette s’alimentent mutuellement, compromettant la capacité des pays africains à atteindre les objectifs de développement durable. L’Afrique du Sud avait tenté de sensibiliser la communauté internationale à cette réalité et d’obtenir des engagements concrets, mais sans succès total.
Si l’Afrique du Sud a réussi à alerter les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales du G20, qui ont adopté en octobre une déclaration sur la viabilité de la dette, celle-ci ne contient aucun engagement ferme en matière d’actions concrètes.
Pour maintenir la dynamique et assurer un suivi efficace, l’Afrique du Sud pourrait prendre trois initiatives après la fin de sa présidence. Tout d’abord, elle pourrait demander au Panel d’experts africains qu’elle a créé de rédiger un rapport technique analysant les obstacles à l’accès des pays africains à des financements externes abordables, durables et prévisibles. Ce rapport pourrait être présenté au G20 l’année prochaine, l’Afrique du Sud étant membre de la troïka du G20.
Ensuite, l’Afrique du Sud et l’Union africaine pourraient créer un « Club des emprunteurs africains », une plateforme d’échange d’informations et de bonnes pratiques en matière de gestion de la dette. Ce club pourrait également organiser des ateliers en collaboration avec des institutions financières régionales, comme la Facilité africaine de soutien juridique, afin de renforcer les capacités de négociation des États africains.
Enfin, l’Afrique du Sud devrait plaider pour une révision des règles, des pratiques et de la gouvernance du Fonds monétaire international (FMI), en tenant compte des effets du climat, des inégalités, du chômage et de la pauvreté sur le développement économique. Elle pourrait souligner que les banques multilatérales de développement ont fait l’objet d’évaluations approfondies ces dernières années, tandis que le FMI n’a pas été soumis à un examen comparable.
