Publié le 26 octobre 2025, 18:11. L’augmentation spectaculaire de la population de cerfs et de chamois au Tessin menace l’efficacité des forêts de protection, essentielles pour prévenir les glissements de terrain et les avalanches dans cette région montagneuse. Des mesures drastiques, incluant des tirs sélectifs et la construction de clôtures coûteuses, sont mises en œuvre pour préserver ces écosystèmes vitaux.
- La prolifération des cerfs empêche la régénération naturelle des forêts, fragilisant leur rôle protecteur.
- Des clôtures sont installées pour protéger les jeunes pousses, mais leur coût est élevé et leur entretien complexe.
- Chaque année, environ 3 000 ongulés sont abattus dans le canton, un chiffre considéré comme le maximum atteignable par la chasse.
Au Tessin, les forêts ne sont pas seulement un atout paysager, elles constituent une véritable ligne de défense contre les aléas naturels. Dans les vallées étroites et sur les pentes abruptes, comme celles du Monte Generoso, elles stabilisent le sol et protègent les infrastructures et les habitations des glissements de terrain et des avalanches. Cependant, cette protection est aujourd’hui compromise par une augmentation alarmante de la population de cerfs et de chamois.
Pour illustrer la fragilité de ces écosystèmes, l’administration forestière cantonale a délimité douze parcelles de 40 mètres sur 40 au-dessus de Capolago, à 900 mètres d’altitude. Ces zones servent de terrain d’observation pour évaluer l’impact de la perte d’arbres sur la stabilité du sol.
« Lorsqu’un arbre tombe, la protection du sol assurée par la cime manque dans un premier temps, ce qui modifie le flux des précipitations. Mais avec le temps, le renforcement des racines se perd également, car elles sont comme une pince qui maintient le sol ensemble. »
Adrian Oncelli, chef de l’Office de la planification, de la sylviculture et de la protection des forêts
Les forestiers pratiquent l’éclaircie, abattant délibérément certains arbres pour favoriser le renouvellement de la forêt et prévenir les risques. Mais cette stratégie se heurte à un obstacle majeur : la gourmandise des cerfs, qui dévorent les jeunes plants avant qu’ils ne puissent atteindre leur maturité. Cette situation entraîne une érosion accrue et un enlisement des vallées, pouvant perturber la circulation.
La région a déjà connu les conséquences de ces phénomènes. En 2011, un glissement de terrain a touché l’autoroute A2 après une forte tempête. Des ouvrages de protection ont depuis été construits, mais, selon Edio Cavadini, responsable de ces travaux, le risque zéro n’existe pas. Les amas de débris restent une menace potentielle.
Tir de 3 000 cerfs et chamois
Pour contrer cette menace, les autorités tessinoises ont mis en place une stratégie combinant chasse et protection physique des jeunes arbres. Des clôtures sont érigées en altitude, comme sur le Monte Generoso, pour permettre à la végétation de se régénérer à l’abri des ongulés.
« À l’intérieur [des clôtures], la végétation est luxuriante et on peut trouver différentes espèces, mais à l’extérieur, il n’y a pratiquement rien qui pousse. »
Adrian Oncelli, chef de l’Office de la planification, de la sylviculture et de la protection des forêts
Parallèlement, la chasse est intensifiée. Chaque année, environ 3 000 cerfs et chamois, sur les 7 000 estimés dans le canton, sont abattus. Tiziano Putelli, chef du bureau de chasse et de pêche, précise qu’il s’agit du maximum que l’on puisse atteindre avec les moyens actuels.
Malgré ces efforts, l’expert forestier Oncelli souligne l’importance d’une régénération naturelle des forêts, plus durable et moins coûteuse. Les clôtures, en effet, représentent un investissement conséquent en termes de construction et d’entretien. Cependant, elles sont indispensables pour assurer la protection des forêts sur le long terme, car il faut plusieurs décennies pour que les jeunes arbres soient suffisamment robustes pour résister à la faune sauvage.
Dix nouvelles clôtures sont prévues dans les mois à venir au-dessus de Capolago, pour un coût total de 800 000 francs, financé par le canton, la ville de Mendrisio, la Confédération et les CFF.
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