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Comment les États-Unis pourraient prendre le contrôle du Groenland et les défis potentiels

Publié le 10 janvier 2024 à 22h04. Le président américain Donald Trump réaffirme son intérêt pour l'acquisition du Groenland, une île stratégique au cœur de l'Arctique, allant jusqu'à évoquer des options, y compris le recours à la force,…

Comment les États-Unis pourraient prendre le contrôle du Groenland et les défis potentiels

Publié le 10 janvier 2024 à 22h04. Le président américain Donald Trump réaffirme son intérêt pour l’acquisition du Groenland, une île stratégique au cœur de l’Arctique, allant jusqu’à évoquer des options, y compris le recours à la force, suscitant l’inquiétude de ses alliés et des autorités locales.

  • Donald Trump envisage l’acquisition du Groenland, territoire autonome du Danemark, pour des raisons stratégiques et économiques.
  • Des discussions sont en cours entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland, incluant des options controversées comme l’usage de la force militaire.
  • La Première ministre danoise avertit qu’une prise de contrôle américaine du Groenland mettrait en péril l’alliance de l’OTAN.

L’obsession soudaine de l’administration Trump pour le Groenland, territoire vaste mais peu peuplé (environ 57 000 habitants), s’inscrit dans un contexte de rivalité croissante pour le contrôle de l’Arctique et de ses ressources naturelles. Le président américain a publiquement exprimé son désir de posséder l’île à plusieurs reprises, justifiant cette ambition par des considérations de sécurité et d’accès aux richesses minières du sous-sol groenlandais.

Selon des sources proches de la Maison Blanche, plusieurs scénarios sont à l’étude, allant de l’achat pur et simple du Groenland à des options plus coercitives. Vendredi, Donald Trump a déclaré qu’il allait « faire quelque chose au Groenland, que cela leur plaise ou non », ajoutant qu’il agirait « par la voie facile ou par la voie difficile » sans préciser la nature de cette dernière. Lors d’une interview accordée au New York Times, il a expliqué que la propriété du Groenland lui donnerait un avantage que de simples accords ne pourraient pas offrir : « La propriété vous donne des choses et des éléments que vous ne pouvez pas obtenir en signant simplement un document ».

Cette attitude a provoqué une vive réaction du côté danois. La Première ministre Mette Frederiksen a mis en garde contre les conséquences d’une éventuelle prise de contrôle américaine, affirmant que cela signifierait la fin de l’OTAN. Les autorités groenlandaises, quant à elles, ont clairement indiqué qu’elles ne souhaitaient pas intégrer les États-Unis.

Les experts soulignent que l’intérêt américain pour le Groenland ne se limite pas à sa position géographique stratégique. Imran Bayoumi, directeur associé au Scowcroft Center for Strategy and Security de l’Atlantic Council, estime que cette attention accrue est également le résultat d’une négligence de longue date de la part des administrations américaines précédentes concernant l’Arctique. « Il y a une prise de conscience que nous devons accroître notre présence dans l’Arctique, et nous n’avons pas encore la bonne stratégie ou la bonne vision pour le faire », a-t-il déclaré.

Une action militaire américaine contre le Groenland, bien que peu probable, aurait des répercussions majeures sur les relations internationales et plongerait l’OTAN dans une crise profonde. Le Danemark, bien que disposant d’une armée moins puissante que celle des États-Unis, assure la défense du Groenland. La réaction des autres membres de l’OTAN en cas d’attaque reste incertaine. Mette Frederiksen a averti que si les États-Unis attaquaient militairement un autre pays de l’OTAN, « tout s’arrête ».

Les justifications de Donald Trump concernant la menace russe et chinoise dans la région arctique sont contestées par les experts. Lin Mortensgaard, spécialiste de la politique internationale de l’Arctique au DIIS (Institut danois d’études internationales), souligne qu’il n’y a pas de présence significative de navires de surface russes ou chinois dans les eaux groenlandaises, bien que des sous-marins russes soient régulièrement détectés dans la région. La Chine mène des recherches scientifiques dans l’Arctique, et des exercices militaires conjoints russo-chinois ont eu lieu près de l’Alaska, mais pas à proximité du Groenland.

Plusieurs analystes doutent que Trump opte pour une solution militaire, compte tenu de l’opposition qu’elle susciterait au sein du Congrès américain et de ses conséquences désastreuses sur les alliances internationales. Les États-Unis bénéficient déjà d’un accord de défense avec le Groenland datant de 1951 et pourraient renforcer leur présence militaire par la coopération et la diplomatie. Ulrik Pram Gad, également expert du Groenland au DIIS, estime qu’il serait illogique de « faire exploser l’alliance de l’OTAN » pour obtenir ce que Trump a déjà.

L’administration américaine a également envisagé la possibilité d’acheter le Groenland, une option qui a d’ores et déjà été rejetée par les autorités danoises et groenlandaises. Le coût d’une telle acquisition reste inconnu, et il n’est pas clair si les États-Unis achèteraient l’île au Danemark ou directement au Groenland.

Une autre piste explorée serait la mise en place d’un accord similaire aux Compacts of Free Association conclus avec les Palaos, la Micronésie et les Îles Marshall, qui accordent aux États-Unis des droits militaires en échange d’une aide économique substantielle (environ 7 milliards de dollars par an). Cependant, l’efficacité d’une telle approche pour renforcer la sécurité américaine au Groenland est remise en question, les États-Unis exploitant déjà la base spatiale de Pituffik et pouvant déployer des troupes sur l’île dans le cadre des accords existants.

Les tentatives d’influence sur l’opinion publique groenlandaise se heurtent à des obstacles linguistiques et culturels. Aaja Chemnitz, une politicienne groenlandaise, a déclaré que son peuple aspirait à davantage d’autonomie, voire à l’indépendance, mais ne souhaitait pas rejoindre les États-Unis. Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a convoqué le plus haut responsable américain au Danemark en août pour dénoncer les tentatives d’ingérence étrangère, des médias danois révélant que plusieurs personnes liées à Trump avaient mené des opérations d’influence secrètes au Groenland.

Enfin, l’acquisition du Groenland impliquerait des coûts importants pour les États-Unis, notamment en raison du système de protection sociale danois dont bénéficient les Groenlandais (soins de santé et éducation gratuits). Comme le souligne Ulrik Pram Gad, Trump devrait « construire un État-providence pour les Groenlandais dont il ne veut pas pour ses propres citoyens ».

Depuis 1945, la présence militaire américaine au Groenland a été considérablement réduite, passant de milliers de soldats répartis sur 17 bases à 200 personnes sur la base de Pituffik. Le vice-président américain JD Vance a critiqué le Danemark pour ne pas avoir rempli ses obligations en matière de défense antimissile, une affirmation contestée par Lin Mortensgaard, qui rappelle que la base de Pituffik est essentielle pour la détection précoce des missiles.

La meilleure solution pour le Danemark serait de renégocier l’accord de défense existant et d’obtenir de Trump une signature « plaquée or », selon Ulrik Pram Gad. Cependant, il doute que cela se produise, car le Groenland reste un sujet de prédilection pour le président américain, lui permettant de détourner l’attention des problèmes intérieurs et de relancer le débat public.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.