Publié le 6 janvier 2026 20h47. Un ancien directeur de résidence en pédiatrie à l’Université de Californie à San Diego revient sur une rencontre marquante avec de jeunes parents hésitants à vacciner leur enfant, une expérience qui l’a conduit à remettre en question son approche et à souligner l’importance de l’écoute et de la confiance dans la relation médecin-patient.
- Un sondage récent révèle que 85 % des parents continuent de faire confiance aux pédiatres en matière de vaccins, malgré les efforts de déstabilisation.
- L’auteur de l’article, Richard Besser, regrette d’avoir privilégié l’argumentation scientifique à l’écoute des préoccupations parentales lors d’une consultation en 1993.
- Les changements apportés au calendrier vaccinal par le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., suscitent de vives inquiétudes quant à l’augmentation des risques de maladies évitables.
En 1993, alors qu’il débutait sa carrière en tant que directeur de résidence en pédiatrie à l’Université de Californie à San Diego, le Dr Richard Besser a rencontré un jeune couple en attente de son premier enfant. Leur principale préoccupation portait sur les vaccins recommandés pour leur bébé : étaient-ils trop nombreux, administrés trop tôt ? Ils souhaitaient connaître l’avis du médecin.
Le Dr Besser se souvient avoir été immédiatement tenté de répondre par des arguments scientifiques. Il avait passé les deux années précédentes à étudier les épidémies pour les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), et venait tout juste de revenir du Bangladesh où il avait mené des recherches sur la vaccination contre la poliomyélite. Il était convaincu de l’efficacité et de la sécurité des vaccins.
Il a donc exposé ses arguments, expliquant en détail pourquoi il était essentiel de respecter le calendrier vaccinal recommandé et prévenant les parents des risques encourus en cas de non-respect. Il a même ajouté, avec le recul, qu’il aurait dû leur suggérer de consulter un autre pédiatre s’ils restaient hésitants. Le couple est parti sans autre mot.
Cette rencontre, qui s’est déroulée il y a plus de trente ans, a continué de résonner dans l’esprit du Dr Besser, notamment face à la baisse des taux de vaccination et à la résurgence de maladies évitables. Ces derniers jours, il y a repensé avec d’autant plus d’acuité en observant les changements radicaux apportés au système de santé par le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., et ses alliés, notamment en ce qui concerne le nouveau calendrier vaccinal recommandé, qui expose davantage d’enfants à des risques accrus de maladies.
« J’ai mal géré ce moment », reconnaît aujourd’hui le Dr Besser. « Ma première erreur a été de parler au lieu d’écouter. J’aurais dû prendre le temps de comprendre leur point de vue, de leur offrir un espace pour exprimer leurs inquiétudes. » Il regrette de ne pas avoir créé une atmosphère de respect et de compréhension, ce qui a empêché l’établissement d’une relation de confiance essentielle.
Il souligne également l’importance de reconnaître que tous les parents souhaitent le meilleur pour leur enfant et qu’il est légitime qu’ils posent des questions sur les traitements médicaux, y compris les vaccins. Un refus d’aborder ces questions peut transformer les professionnels de santé en adversaires plutôt qu’en alliés.
Au fil des années, en adoptant une approche plus collaborative et attentive, le Dr Besser a constaté que certains parents hésitants à vacciner complètement leurs enfants avaient pu changer d’avis. Il se souvient notamment d’un père de famille qu’il suivait dans une clinique de Harlem, qui avait initialement refusé de faire vacciner son enfant, mais qui avait finalement accepté l’année suivante. « Tout repose sur la confiance, et cette confiance se construit sur la volonté d’écouter », affirme-t-il.
Un sondage national récent indique que 85 % des parents continuent de faire confiance aux pédiatres en matière de vaccins, un chiffre qui, malgré les efforts de déstabilisation menés par Robert F. Kennedy Jr., donne de l’espoir au Dr Besser. Il insiste sur le fait que la décision de vacciner doit rester une décision personnelle, éclairée par des échanges sereins entre les familles et les professionnels de santé.
« J’avais raison sur les vaccins, mais j’avais tort sur la manière d’avoir la conversation », conclut le Dr Besser. Il espère que son expérience pourra servir de leçon aux autres médecins et professionnels de santé, alors qu’ils sont confrontés à des défis majeurs pour garantir un avenir plus sain aux enfants.
Richard Besser est président-directeur général de la Fondation Robert Wood Johnson et ancien directeur par intérim des Centers for Disease Control and Prevention.
