Home NouvellesComment les réfugiés syriens prennent pied en Autriche

Comment les réfugiés syriens prennent pied en Autriche

by Nicolas Lefèvre

Publié le 15 décembre 2025 à 20h20. Une nouvelle étude révèle des disparités significatives dans l’intégration professionnelle des réfugiés syriens en Autriche, en fonction de leur date d’arrivée et des obstacles rencontrés avant leur installation.

  • Les réfugiés syriens arrivés plus récemment en Autriche présentent un niveau de qualification scolaire initial plus faible que ceux arrivés en 2015/2016.
  • Malgré des difficultés initiales, la cohorte la plus récente affiche une insertion plus rapide sur le marché du travail, grâce à une infrastructure d’intégration améliorée.
  • Les femmes syriennes rencontrent des obstacles spécifiques à l’accès à l’emploi, liés à la garde d’enfants, à la maîtrise de la langue et à l’isolement social.

Une étude menée conjointement par l’Institut de démographie de l’Académie autrichienne des sciences (ÖAW) et l’Institut autrichien de politique internationale (oiip), en collaboration avec l’AMS Autriche (service public de l’emploi), met en lumière les défis et les opportunités liés à l’intégration des réfugiés syriens sur le marché du travail autrichien. L’étude combine des données statistiques détaillées de l’AMS et des entretiens approfondis avec les réfugiés eux-mêmes et des experts du secteur.

Les chercheurs ont constaté que le parcours migratoire a un impact déterminant sur les perspectives d’emploi. Les Syriens arrivés en 2015 et 2016 avaient souvent les moyens financiers de payer des passeurs (environ 4 000 dollars américains (environ 3 700 euros) par personne) ou étaient prêts à prendre des risques considérables pour emprunter des routes plus dangereuses. Beaucoup d’entre eux sont arrivés en famille. À l’inverse, la cohorte plus récente est composée en majorité d’hommes jeunes, ayant passé plusieurs années dans des pays de transit comme la Turquie, souvent dans des conditions précaires, sans accès régulier à l’emploi, avec une scolarité interrompue et confrontés à la discrimination.

Ces années d’attente ont des conséquences durables. « Dans la cohorte la plus jeune enregistrée par l’AMS à Vienne, plus de 50 pour cent des 20 à 24 ans n’ont aucun diplôme scolaire », explique Bernhard Rengs, chercheur à l’ÖAW. « Dans la cohorte de 2015, ce chiffre était inférieur à 20 pour cent. Cela signifie qu’une part importante des nouveaux arrivants n’a pas terminé l’école primaire, n’a jamais suivi de cours réguliers ou est analphabète. »

« Les cours de langue, les offres d’éducation de base et les programmes ciblés pour les jeunes fonctionnent bien. »

Bernhard Rengs, chercheur à l’ÖAW

L’étude souligne l’importance du niveau d’éducation. Les personnes ayant un diplôme supérieur, même non reconnu en Autriche, ont de meilleures chances de trouver un emploi stable et bien rémunéré. « L’affinité éducative des individus est un facteur décisif », précise M. Rengs. « Ceux qui ont appris plus tôt, ou qui considèrent l’éducation comme importante, sont plus susceptibles de se former à nouveau, même dans une nouvelle langue, et transmettent généralement ces valeurs à leurs enfants. »

Malgré ces défis, la cohorte la plus récente a affiché une insertion plus rapide sur le marché du travail, avec plus de deux fois plus de jours travaillés au cours de ses 18 premiers mois en Autriche que le groupe de 2015. Cette dynamique positive est attribuée à une infrastructure d’intégration plus développée, à un système moins engorgé qu’en 2015/2016 et à l’émergence d’une communauté syrienne active qui soutient les nouveaux arrivants.

L’étude met également en évidence les obstacles spécifiques rencontrés par les femmes syriennes, notamment le manque de solutions de garde d’enfants, la barrière linguistique, l’isolement social et les difficultés à trouver un emploi à temps plein. « Beaucoup de femmes travaillent donc moins d’heures et gagnent moins – ou ne sont même pas inscrites à l’AMS », soulignent les chercheurs. Il est crucial de développer des programmes adaptés à leurs besoins, notamment en matière de garde d’enfants, de soutien linguistique et de formation professionnelle.

Les auteurs de l’étude insistent sur l’importance d’investir dans l’intégration dès le départ. Les programmes de langue, d’éducation de base et de formation professionnelle ciblée se révèlent efficaces, en particulier pour les personnes motivées. Il est également essentiel de reconnaître les compétences acquises par les réfugiés syriens, dont beaucoup possèdent des qualifications très demandées sur le marché du travail autrichien. Les évaluations de compétences menées par l’AMS confirment que nombre d’entre eux possèdent les qualifications pratiques qu’ils déclarent.

You may also like

Leave a Comment