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Comment « L’homme à six milliards de dollars » recadre la saga de Julian Assange

by Amélie Bernard

Publié le 6 décembre 2025 à 03h01. Un nouveau documentaire explore l’héritage complexe de Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, et les controverses qui l’entourent, alors que le film a été remanié en urgence suite à un accord de plaidoyer inattendu.

  • Le documentaire L’homme à six milliards de dollars révèle des divergences d’opinion au sein de l’équipe de réalisation concernant la figure d’Assange.
  • Le film aborde les accusations d’agression sexuelle et d’ingérence électorale portées contre Assange, ainsi que la campagne de propagande dont il a été la cible.
  • La libération imminente d’Assange, annoncée pendant le tournage, a contraint les réalisateurs à remonter le film en intégrant les derniers développements.

Le documentaire L’homme à six milliards de dollars, réalisé par Eugene Jarecki et produit par Kathleen Fournier (La maison dans laquelle je vis), plonge au cœur de l’affaire Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. Dès le début du projet, les deux cinéastes ont affiché des perspectives différentes sur leur sujet. Jarecki a exprimé un sentiment de désillusion envers Assange, regrettant d’avoir initialement soutenu une figure qu’il juge désormais polarisante. Fournier, quant à elle, s’est montrée plus nuancée, accordant du crédit aux allégations d’agression sexuelle et de manipulation des élections de 2016, toutes choses que l’intéressé a toujours niées.

Selon Fournier, la réalisation du film a été un véritable voyage de découverte, permettant de démystifier la légende qui s’est construite autour de cette affaire. Elle a déclaré devant un public nombreux lors d’une projection organisée par Les pionniers du THR, sponsorisée par Charlotte Street Films, le mois dernier :

« Ce fut tout un processus de déconstruction et de véritable compréhension de la mythologie qui s’est développée autour de cette saga. »

Kathleen Fournier, productrice

Le film se distingue par son approche qui va à contre-courant de l’opinion publique, souvent critique à l’égard d’Assange, du moins depuis les révélations de WikiLeaks sur des affaires de corruption impliquant des institutions de premier plan. Il combine des images d’archives avec des interviews exclusives de personnes clés impliquées dans l’histoire d’Assange – notamment son asile à l’ambassade d’Équateur jusqu’en 2019, sa condamnation pour violation de caution au Royaume-Uni et son incarcération – tout en soutenant qu’une vaste campagne de dénigrement a été orchestrée contre lui pendant de nombreuses années.

L’équipe de réalisation a été confrontée à une pression intense lorsque des informations ont circulé concernant une possible extradition d’Assange vers les États-Unis. Fournier a confié :

« Tous les membres de son équipe nous ont assuré qu’il ne mettrait jamais les pieds aux États-Unis. S’il était extradé, il mettrait fin à ses jours. »

Kathleen Fournier, productrice

Cette perspective a renforcé l’urgence de raconter son histoire. Initialement prévu pour une avant-première au Festival de Sundance, le film a été retiré à la dernière minute lorsque l’équipe juridique d’Assange a annoncé un accord de plaidoyer et sa libération imminente. Jarecki et Fournier ont alors entrepris un remaniement complet, intégrant les nouvelles images avant de présenter le film à Cannes.

Le documentaire contient des révélations inédites sur Assange et les procédures judiciaires auxquelles il a été confronté, susceptibles de modifier la perception qu’en a le public. Jarecki reconnaît qu’Assange n’est pas une figure facile à apprécier, mais il espère que l’attention se portera sur le fond de ses actions. Il a déclaré lors de la projection Les pionniers :

« Qu’il soit irritant, désagréable, ou attachant, cela m’est indifférent. Ce qui compte, c’est ce qu’il a fait. WikiLeaks a été, en fin de compte, un refuge pour ceux qui souhaitent nous informer sur les agissements de nos institutions. Qu’on le veuille ou non, [Assange] a consacré des années de sa vie – et aurait continué à le faire – s’il n’avait pas mis l’Amérique à mal. »

Eugene Jarecki, réalisateur

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