L’investissement en capital-risque s’invite de plus en plus dans les cabinets médicaux indépendants. Un chirurgien orthopédiste et le dirigeant d’un groupe régional témoignent d’une expérience réussie, mais soulignent l’importance de choisir un partenaire aligné sur les valeurs médicales.
Le Dr Steve Hamilton, chirurgien orthopédiste chez Beacon Orthopaedics, et Andy Blankemeyer, son PDG, ont récemment partagé leur parcours dans le podcast Wealth Planning for the Modern Physician. Leur histoire illustre comment un cabinet médical peut concilier autonomie clinique et croissance rapide grâce à un partenariat stratégique avec une société de capital-investissement.
Beacon Orthopaedics a connu une expansion significative au cours de la dernière décennie. En 2019, le cabinet comptait 26 médecins répartis sur huit sites. Aujourd’hui, suite à la création d’OrthoAlliance, l’organisation regroupe plus de 70 médecins, 1 000 employés et 26 établissements dans l’Ohio, le Kentucky et l’Indiana.
Selon Andy Blankemeyer, cette croissance était motivée par la nécessité de se protéger de la concurrence des hôpitaux et des assureurs, et de s’imposer comme un leader régional en orthopédie. Cela impliquait non seulement le recrutement de médecins, mais aussi l’investissement dans des infrastructures modernes, des centres de chirurgie et des services complémentaires tels que l’imagerie médicale et la physiothérapie.
L’idée d’accepter des investissements en capital-risque n’était pas évidente au départ. Le Dr Hamilton et Andy Blankemeyer ont reconnu avoir été initialement hésitants, conscients des mauvaises expériences rapportées par d’autres cabinets. « On entendait des histoires d’entreprises de capital-investissement imposant des quotas de patients, limitant l’autonomie des médecins ou privilégiant les profits aux soins », explique Andy Blankemeyer.
Cependant, après une analyse approfondie et des échanges avec leurs pairs, ils ont réalisé que toutes les sociétés de capital-investissement ne fonctionnent pas de la même manière. Ils ont découvert qu’un partenaire adéquat pouvait apporter des capitaux et une expertise stratégique sans interférer dans les décisions cliniques. « C’est une question de culture », souligne Andy Blankemeyer. « Toutes les entreprises peuvent fournir les fonds, mais toutes ne partageront pas vos valeurs. »
Beacon a finalement choisi de s’associer à Revelstoke Capital Partners, une société réputée pour son respect du leadership médical. Le Dr Hamilton compare cette relation à un mariage, nécessitant du temps, de la confiance et des valeurs communes. Ce partenariat a permis à Beacon de s’étendre au-delà de Cincinnati tout en préservant le contrôle des médecins sur les soins aux patients.
Le Dr Hamilton décrit le processus comme à la fois stimulant et intimidant. Il a admis avoir peu de formation commerciale formelle et avoir dû se familiariser avec des concepts financiers tels que l’EBITDA et les multiples. Cependant, il et ses collègues ont rapidement compris qu’ils avaient besoin de capitaux et d’un soutien commercial pour poursuivre leur développement.
« L’activité clinique et chirurgicale quotidienne n’a absolument pas été affectée », assure le Dr Hamilton. « On ne nous a jamais demandé de voir un certain nombre de patients ni de modifier nos pratiques de traitement. Cette autonomie était non négociable. » Le principal ajustement a été de s’adapter à une croissance rapide, avec l’intégration de nouveaux collègues et la gestion d’un effectif en constante augmentation.
Andy Blankemeyer insiste sur le fait qu’une croissance aussi rapide nécessite plus que des capitaux. L’infrastructure, le support administratif et les systèmes informatiques doivent évoluer au même rythme que l’activité clinique. Il souligne également le risque de dilution de la culture d’entreprise lors d’une expansion rapide, et l’importance de sélectionner soigneusement les nouveaux cabinets intégrés à OrthoAlliance, en veillant à ce qu’ils partagent le même engagement envers la qualité, l’accès aux soins et le leadership médical.
La pandémie de COVID-19 a constitué un test important pour le partenariat. Moins d’un an après le début de la collaboration, Beacon a dû suspendre temporairement ses activités. Revelstoke a soutenu la décision des médecins de donner la priorité à la sécurité, ce qui, selon les deux hommes, a confirmé le bien-fondé de leur choix de partenaire.
Pour les médecins envisageant un investissement en capital-risque, le Dr Hamilton et Andy Blankemeyer recommandent de bien se renseigner sur le langage financier, de poser des questions, de solliciter des conseils extérieurs, d’interroger plusieurs entreprises pour trouver la meilleure adéquation culturelle et opérationnelle, de protéger leur autonomie clinique et de privilégier la culture d’entreprise plutôt que les seules considérations financières. La flexibilité est également essentielle pour s’adapter aux changements induits par la croissance.
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