Home MondeLe nouveau traité européen permettra-t-il à des dizaines de milliers de personnes d’obtenir la résidence en Suisse ?

Le nouveau traité européen permettra-t-il à des dizaines de milliers de personnes d’obtenir la résidence en Suisse ?

by Clara Dubois

Les nouveaux accords conclus entre la Suisse et l’Union européenne suscitent des inquiétudes quant à un possible afflux de bénéficiaires de l’aide sociale. Des estimations alarmistes circulent, évoquant jusqu’à 690 000 citoyens européens et de l’AELE (Association européenne de libre-échange) pouvant obtenir un permis de séjour permanent et accéder aux prestations sociales, même sans emploi. Ces chiffres sont-ils fondés ?

Selon le Secrétariat d’État aux migrations (SEM), ces estimations sont largement déformées. Le chiffre de 690 000 ne représente pas un nouvel afflux, mais plutôt le nombre de ressortissants de l’UE/AELE résidant en Suisse depuis au moins cinq ans et ayant déjà exercé une activité professionnelle ou indépendante pendant cette période. Une étude de l’institut de recherche Ecoplan, réalisée pour le compte du SEM, ne permet d’ailleurs pas de prévoir l’ampleur d’une éventuelle immigration supplémentaire suite à la mise en œuvre des nouveaux accords.

En réalité, ces chiffres correspondent à une projection : si la directive européenne sur la libre circulation des personnes avait été appliquée en 2012, 570 000 personnes auraient rempli les conditions pour obtenir la résidence permanente en 2017. Entre 2018 et 2021, entre 50 000 et 70 000 personnes supplémentaires auraient atteint ce seuil chaque année, portant le total à 690 000 après cinq ans de résidence.

Francesco Maiani, professeur de droit européen à l’Université de Lausanne et spécialiste du droit et des politiques migratoires de l’UE, nuance ces craintes. Il souligne que les nouveaux accords modifient peu la situation juridique et laissent à la Suisse une marge de manœuvre importante pour contrôler l’immigration. « Légalement parlant, les nouveaux accords changent relativement peu et laissent à la Suisse une grande marge de manœuvre pour garder le contrôle de la situation », explique-t-il.

Il précise que, même si l’accord pourrait permettre à certains chômeurs d’accéder aux prestations sociales dans des cas spécifiques, les scénarios catastrophes dépeints ne sont pas réalistes. Les travailleurs et indépendants de l’UE/AELE ont déjà accès à l’aide sociale suisse en raison de leurs cotisations fiscales et sociales. Quant à ceux qui ne travaillent pas, ils doivent justifier de ressources suffisantes pour vivre en Suisse, une condition qui restera en vigueur. « Ils n’ont pas maintenant et n’auront pas, en vertu de l’accord, le droit de vivre en Suisse ou d’accéder à l’aide sociale », insiste Maiani.

Les personnes en recherche d’emploi pour la première fois en Suisse, n’ayant pas encore cotisé au système social, resteront également exclues de l’aide sociale. En revanche, les citoyens de l’UE/AELE ayant travaillé en Suisse et perdant leur emploi auront droit à des prestations sociales pour une durée limitée. La Suisse conservera la possibilité de vérifier que ces personnes recherchent activement un emploi et ont des chances réalistes de le trouver, afin d’éviter tout abus.

Par ailleurs, Maiani souligne que les citoyens de l’UE et de l’AELE sont globalement des contributeurs nets au système de sécurité sociale suisse. « Alors que la rhétorique dominante est que les citoyens de l’UE/AELE constituent un risque et/ou un fardeau pour le système social suisse, l’inverse est et a été vrai jusqu’à présent : les citoyens de l’Union européenne et de l’AELE sont, dans l’ensemble, des cotisants nets au système de sécurité sociale suisse. »

En conclusion, l’expert estime que le débat sur les conséquences des nouveaux traités est souvent biaisé, mettant l’accent sur les inconvénients potentiels au détriment des avantages. « Il semble que nous nous perdions dans des détails mineurs et perdons de vue la situation dans son ensemble », déplore-t-il. Pour Maiani, une relation stable et durable avec l’UE est essentielle à la prospérité de la Suisse, notamment pour garantir l’accès au marché unique, la participation aux programmes européens et la sécurité juridique des acteurs économiques.

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