Publié le 5 janvier 2026 à 09h47. Le film d’animation « Zootopie 2 » a connu un succès retentissant en Chine, devenant le film étranger le plus regardé de 2025 et révélant un appétit croissant du public chinois pour ce genre cinématographique, au-delà des blockbusters hollywoodiens traditionnels.
- « Zootopie 2 » a dépassé les recettes d’« Avengers : Endgame » en une seule journée en Chine.
- Les revenus du film en Chine sont deux fois supérieurs à ceux de l’Amérique du Nord.
- L’animation représente désormais une part significative du box-office chinois, avec 25,5 milliards de yuans (2,1 milliards de dollars) de recettes en 2025.
Depuis sa sortie le 26 novembre, « Zootopie 2 » a véritablement conquis le public chinois, battant record après record au box-office. En seulement une semaine, le film a dépassé les recettes journalières d’« Avengers : Endgame », établissant une nouvelle référence pour les films étrangers. Un mois après son lancement, il s’est imposé comme le film étranger le plus populaire de l’année 2025, un exploit remarquable.
Ce succès inattendu soulève une question : s’agit-il d’un regain d’intérêt pour les productions hollywoodiennes ? L’arrivée du film « Avatar : Fire and Ash » un mois plus tard, un autre blockbuster américain axé sur les effets spéciaux, n’a pas eu le même impact, suggérant que le phénomène « Zootopie 2 » est plus spécifique.
Selon les analystes, l’attrait du public chinois pour ce film réside moins dans son origine américaine que dans son genre : l’animation. Ces dernières années, les films d’animation ont régulièrement surpassé les attentes en Chine. Plus tôt cette année, « Ne Zha 2 » a déclenché une véritable frénésie nationale, rapportant 15,4 milliards de yuans (2,1 milliards de dollars). Voir l’article sur Sixth Tone.
En 2025, les longs métrages d’animation ont généré un total de 25,5 milliards de yuans (2,1 milliards de dollars) en Chine, un chiffre record. Quatre des dix films les plus rentables de l’année appartenaient à ce genre. « Zootopie 2 », avec plus de 4 milliards de yuans au compteur, occupe la deuxième place de ce classement.
Certains observateurs établissent un parallèle entre l’engouement actuel pour l’animation en Chine et l’essor de l’animation japonaise dans les années 1980, une période de forte croissance économique au Japon. Cependant, les dynamiques culturelles diffèrent. Les œuvres japonaises de cette époque, comme « Neon Genesis Evangelion » et « Ghost in the Shell », étaient souvent le fruit d’une sous-culture élitiste, imprégnées de critique sociale et d’expérimentation formelle, et ont d’abord trouvé un public de niche avant de se populariser.
À l’inverse, les films d’animation qui rencontrent le succès en Chine s’adressent à un public large et diversifié, des adolescents en quête de tendances aux adultes en quête de réconfort. Près de la moitié des spectateurs chinois de « Zootopie 2 » avaient entre 20 et 29 ans. Le slogan de « Ne Zha » – « Je suis maître de mon propre destin ! » – a séduit plus de 20 % du public de plus de 40 ans. Lire l’article sur Sixth Tone. « Personne », le cinquième film le plus rentable de l’année dernière, dépeint les difficultés des employés surmenés et a attiré 42 % de spectateurs âgés de 30 à 39 ans. En somme, les dessins animés qui cartonnent en Chine répondent à des préoccupations sociales largement partagées et offrent une forme de catharsis émotionnelle.
Cette popularité de l’animation reflète les contradictions de la Chine contemporaine. Malgré une économie en croissance, portée par les véhicules électriques et l’intelligence artificielle, la lassitude collective est alimentée par les séquelles de la pandémie et la pression du travail acharné, un phénomène décrit comme l’« involution ». Les spectateurs recherchent un exutoire émotionnel.
« Zootopie 2 » offre précisément cela : un remède subtilement calibré. Le film revisite le thème central du premier opus – une métropole utopique en apparence, mais minée par les préjugés et les inégalités structurelles. Les personnages principaux, Nick Wilde et Judy Hopps, sont confrontés à la fois à une enquête criminelle et à des obstacles institutionnels. La suite propose une voie rassurante : s’en tenir à la justice procédurale, et même les plus petits peuvent renverser les pouvoirs établis.
La force de l’animation réside dans sa liberté par rapport à la réalité. Elle permet de créer des mondes et des personnages sans limites, où chaque détail sert l’histoire. Les créatures stylisées – renards, lapins, monstres – se débarrassent de leur bagage culturel spécifique et deviennent des écrans de projection d’émotions universelles. La ruse d’un renard ou le courage d’un lapin sont compréhensibles dans toutes les langues. Ainsi, l’animation peut aborder des sujets délicats que le cinéma en prises de vues réelles pourrait éviter. Les divisions entre animaux à sang froid et à sang chaud dans « Zootopie 2 », ainsi que son décor évoquant le réchauffement climatique, véhiculent subtilement des messages sur les inégalités sociales et les préjugés systémiques.
Le premier film, sorti en 2016, a bénéficié d’un contexte favorable, marqué par des mouvements de justice sociale qui récompensaient les prises de position morales claires. Il dénonçait sans ambages le profilage racial, la manipulation des médias et les préjugés institutionnels. La suite, diffusée dans un climat d’épuisement et de fragmentation mondiale, privilégie la guérison à la critique, en mettant l’accent sur le thème universel de « l’acceptation de la différence ».
Nick et Judy ne cherchent pas à renverser le système, mais à exploiter ses failles et à rendre la justice dans le respect des règles. C’est une stratégie prudente de la part de Disney, visant à maintenir l’attrait de la franchise auprès d’un public familial le plus large et à offrir un point de convergence culturel. Le film propose un fantasme réformiste modéré, une parenthèse émotionnelle de deux heures pour des individus isolés qui se sentent impuissants à changer la structure sociale.
Au-delà du genre et du réconfort, la popularité du premier film joue également un rôle important. La controverse initiale autour de la suite concernait justement cet héritage. Le doublage en mandarin a remplacé l’équipe de voix expérimentée par les célébrités Wang Anyu et Jin Chen. Les fans d’animation de longue date ont hésité, car ces personnages ne sont pas de simples pixels, mais des vecteurs de souvenirs personnels. Changer de voix, c’était rompre un lien affectif.
Récemment, le dictionnaire Cambridge a désigné le terme « parasocial » comme mot de l’année 2025, décrivant les liens émotionnels unilatéraux que les individus nouent avec des célébrités, des personnages de fiction ou l’intelligence artificielle. Les fans de « Zootopie » avaient clairement développé une relation parasociale avec Nick et Judy. Imposer les voix de pop stars était perçu comme une intrusion dans cette relation intime. Le boycott était, en substance, une affirmation collective de souveraineté émotionnelle. Mais cela ne signifiait pas un refus d’acheter des billets ; le public a simplement préféré la version originale sous-titrée.
Enfin, Nick et Judy sont au cœur du phénomène du « shipping » – la pratique des fans consistant à imaginer des personnages de fiction comme partenaires romantiques. Cette activité est devenue un élément majeur de l’économie des fans en Chine, et les studios de cinéma sont ravis d’en tirer profit. Disney a parfaitement compris ce mécanisme. « Zootopie 2 » regorge de scènes calibrées pour satisfaire les fans du couple Nick/Judy : regards échangés, travail d’équipe silencieux, étreintes salvatrices. Sur Douyin, la version chinoise de TikTok, les clips marqués du hashtag #FoxBunnyCP ont dépassé les 8 milliards de vues pendant la période de sortie du film. Un tel engagement prolonge le buzz autour du film et crée une pression sociale subtile : si vous ne l’avez pas vu, vous ne pouvez pas participer à la conversation.
Que le public recherche du réconfort ou de l’évasion, ces besoins émotionnels ont contribué au succès de « Zootopie 2 ». L’animation ne résoudra peut-être jamais les problèmes du monde réel, mais elle offre, pendant 120 minutes, une possibilité précieuse : même les partenaires les plus improbables peuvent contribuer au changement en privilégiant les points communs plutôt que les différences. L’idée d’un monde interconnecté – menacé mais résilient – repose précisément sur cette capacité subtile à favoriser le dialogue et à nous guider vers la coexistence.
(Image d’en-tête : Une femme prend en photo ses billets pour « Zootopie 2 » à Pékin, le 7 décembre 2025. Zhang Xiangyi/CNS/VCG)
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