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Concurrence automobile : les constructeurs automobiles chinois en course pour dominer les routes européennes | Industrie automobile

by Clara Dubois

Publié le 7 novembre 2025 à 15h17. L’ascension fulgurante des constructeurs automobiles chinois, portée par le marché britannique, bouscule l’industrie automobile européenne et américaine, malgré les tensions commerciales et les obstacles logistiques.

  • Les ventes de voitures chinoises en Europe ont dépassé celles de leurs concurrents coréens en septembre.
  • Le Royaume-Uni représente 30 % des ventes de voitures chinoises en Europe occidentale entre janvier et septembre.
  • BYD devrait dépasser Tesla en tant que plus grand fabricant mondial de véhicules électriques cette année.

Ce qui était autrefois considéré comme une plaisanterie sur la qualité des voitures chinoises est aujourd’hui une réalité commerciale. L’ancien emplacement d’un concessionnaire Tesla, très visible sur le rond-point Hogarth à l’ouest de Londres, est désormais occupé par les marques chinoises Omoda et Jaecoo, toutes deux appartenant au constructeur public Chery. Ce changement de cap symbolise la nouvelle donne du marché automobile.

Selon Matthias Schmidt, analyste automobile basé à Berlin, le Royaume-Uni est devenu un marché clé pour les constructeurs chinois, représentant 30 % des ventes européennes occidentales entre janvier et septembre, soit près de 150 000 véhicules (sur un total de 500 000). Steve Young, directeur général du concessionnaire Hogarth, propriété du groupe turc Çetaş Otomotiv, souligne l’impact de cette visibilité :

« Leur succès a été remarquable. Ce site fait une déclaration. Chaque minute, les feux de circulation changent et les conducteurs sont confrontés à notre vitrine. »

Les constructeurs automobiles chinois, fortement soutenus par leurs gouvernements nationaux et régionaux, ont saisi l’opportunité de la transition vers les véhicules électriques pour dominer le marché mondial. Ils proposent des modèles innovants à des prix compétitifs, attirant une clientèle de plus en plus large.

Cette expansion se heurte cependant à des obstacles. Les États-Unis ont imposé des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques et hybrides chinois. L’Union européenne applique des tarifs variant de 17 à 38 % selon le fabricant, sans inclure les hybrides, ce qui encourage paradoxalement les constructeurs chinois à privilégier cette technologie, bien que plus polluante selon un récent rapport. L’Italie et l’Espagne sont également devenues des cibles privilégiées pour les vendeurs chinois.

Malgré ces tensions, le Royaume-Uni reste ouvert aux importations, motivé par son objectif de réduction des émissions de dioxyde de carbone. Mike Hawes, directeur général de la Society of Motor Manufacturers and Traders, un groupe de pression, insiste sur la nécessité d’un « commerce libre et équitable » :

« Les acheteurs de voitures britanniques bénéficient d’un choix parmi plus de 50 marques mondiales et le marché a toujours été ouvert aux nouveaux entrants. Les marques chinoises stimulent la concurrence, incitant les acteurs établis à faire preuve d’agilité et à accélérer le développement de nouveaux modèles tout en réduisant les coûts. »

BYD, qui devrait dépasser Tesla en tant que plus grand fabricant mondial de véhicules électriques cette année, a fait du Royaume-Uni son plus grand marché en dehors de la Chine, avec des ventes multipliées par dix en septembre par rapport à l’année précédente. Chery, MG (qui bénéficie d’un nom britannique historique mais est fabriqué par la société d’État SAIC) et d’autres marques chinoises comme Jaecoo, Omoda, Xpeng et Leapmotor gagnent également du terrain. Volvo et Polestar, contrôlées par le chinois Geely, contribuent également à cette dynamique.

Les préoccupations diplomatiques, exacerbées par les récentes tensions autour d’une affaire d’espionnage présumé, n’ont pas pour l’instant freiné cette expansion. Tu Le, fondateur de Sino Auto Insights, un cabinet de conseil, souligne que l’absence de constructeur automobile national à protéger au Royaume-Uni est un facteur déterminant :

« La plus grande influence est qu’il n’y a pas de constructeur automobile national à protéger. »

L’histoire se répète, selon Matthias Schmidt, qui rappelle l’accueil favorable réservé aux marques japonaises dans les années 1980, sous l’impulsion de Margaret Thatcher, et aux voitures coréennes par la suite. Le Royaume-Uni est devenu la porte d’entrée des marques chinoises en Europe, même si elles n’y disposent pas encore d’usines.

La surcapacité de production en Chine, avec une capacité théorique de 55,5 millions de véhicules par an pour une production réelle d’environ la moitié, conduit à une guerre des prix sur le marché intérieur. Le Parti communiste chinois a appelé les constructeurs à cesser de réduire leurs prix, craignant une concurrence excessive et un frein à l’innovation. Cette situation rend les exportations encore plus attractives.

Andrew Bergbaum, responsable mondial du secteur automobile et industriel chez AlixPartners, nuance cette analyse : les entreprises chinoises qui réussissent à s’implanter en Europe vendent souvent leurs voitures à des prix plus élevés qu’en Chine, ce qui témoigne d’une stratégie réfléchie plutôt que d’une volonté de se débarrasser de ses stocks.

L’assaut du marché chinois intervient à un moment où l’Europe est confrontée à une capacité industrielle excédentaire. AlixPartners estime que les constructeurs européens pourraient avoir huit usines de trop, risquant de perdre jusqu’à 2 millions de ventes au profit des marques chinoises dans les années à venir. Cette situation pourrait inciter les constructeurs chinois à racheter des sites à leurs concurrents européens, comme ce fut le cas à Barcelone avec Nissan et Chery.

Tanya Sinclair, directrice générale d’Electric Vehicles UK, un groupe de pression, se réjouit de cette situation :

« Certains noms sont peut-être nouveaux, mais l’attrait est clair : des normes élevées, des prix compétitifs et une innovation qui place la barre plus haut pour tout le monde. »

L’attrait des voitures chinoises réside également dans leurs équipements et technologies avancées, souvent proposés à des prix inférieurs à ceux des marques européennes haut de gamme, allant des applications de karaoké intégrées aux systèmes d’aide à la conduite. En fin de compte, c’est la valeur qui compte, selon Tu Le :

« Si je construis de meilleurs produits qui offrent plus de valeur à mon client, je gagne. »

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