Un ancien chef rebelle congolais risque la prison à vie devant la justice française, accusé d’avoir été un acteur clé des atrocités commises pendant la Deuxième Guerre du Congo. Roger Lumbala, 67 ans, est jugé à Paris pour complicité de crimes contre l’humanité, des accusations qu’il conteste vigoureusement.
Le procès, qui s’est tenu pendant plus d’un mois, a mis en lumière des témoignages glaçants de viols systématiques, d’esclavage sexuel, de torture, de mutilations et d’exécutions sommaires. Les faits reprochés à Lumbala se seraient déroulés en 2002 et 2003, lors de l’opération « Effacer l’ardoise » menée par le Rassemblement des démocrates et nationalistes congolais (RCD-N) dans le nord-est de la République démocratique du Congo.
Selon l’accusation, le RCD-N, soutenu par l’Ouganda et allié au groupe du ministre congolais actuel des Transports, Jean-Pierre Bemba, a commis des atrocités d’une extrême violence. Des victimes, majoritairement issues des ethnies pygmées Nande et Bambuti, ont raconté des sévices indicibles, notamment des viols collectifs perpétrés devant leurs familles. Un témoin a notamment décrit l’amputation d’un avant-bras suivie de l’exécution de son frère, incapable d’accomplir un acte macabre imposé par ses bourreaux.
Le procureur Nicolas Péron a souligné devant le jury que Lumbala se trouvait face à une situation inattendue : « Il est maintenant face à la justice », a-t-il déclaré. Lumbala, qui a brièvement occupé le poste de ministre du Commerce et s’est présenté à l’élection présidentielle en 2006, affirme n’être qu’un homme politique sans pouvoir sur des combattants.
Le procès intervient alors que des combats persistent dans l’est de la RDC, malgré la signature d’un accord de paix à Washington début décembre. Pour les organisations de défense des droits de l’homme, cette affaire représente une opportunité historique de lutter contre l’impunité des acteurs impliqués dans les conflits de la région. Roger Lumbala, arrêté en France en décembre 2020, a refusé d’assister aux audiences après la première séance, contestant la légitimité du tribunal. Un verdict est attendu lundi.
Lumbala est jugé en vertu du principe de compétence universelle.
