Publié le 9 janvier 2026. Plus d’une centaine d’organisations de la société civile, dont la Ligue des droits de l’Homme (LDH), appellent le président Emmanuel Macron à opposer son veto à la ratification de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur, jugeant ce texte « obsolète » et « désastreux » pour l’agriculture, le climat et les droits humains.
- L’accord, conclu en décembre 2024, est critiqué pour son impact négatif potentiel sur les agriculteurs européens et sud-américains.
- Les organisations signataires dénoncent l’absence de garanties contraignantes en matière de déforestation et de respect des normes environnementales.
- Elles plaident pour une relocalisation écologique et solidaire, plutôt qu’une poursuite de la mondialisation néolibérale.
Alors que la présidente de la Commission européenne annonçait la conclusion des négociations de l’accord de libre-échange UE-Mercosur le 6 décembre 2024, le président Macron exprimait déjà ses réserves, qualifiant le texte d’« inacceptable en l’état ». Lors du Salon de l’agriculture en février 2025, il affirmait même qu’il ferait « tout pour qu’il ne suive pas son chemin, pour protéger cette souveraineté alimentaire française et européenne ». Malgré ces déclarations, le contenu de l’accord n’a subi aucune modification.
Dans cette lettre ouverte, les organisations signataires soulignent que l’accord UE-Mercosur est l’un des plus contestés de l’histoire de l’UE, et qu’il soulève de vives objections en matière agricole, climatique, de droits humains (en particulier ceux des peuples autochtones), de déforestation, de biodiversité, de bien-être animal, d’extraction minière, d’emplois et de justice sociale. Elles estiment que la « clause de sauvegarde », incluse dans l’accord depuis 2019, est insuffisante pour pallier les risques de déstabilisation structurelle des marchés agricoles, car elle est par nature temporaire et limitée dans son application. De plus, les amendements votés par le Parlement européen pour renforcer cette clause ont été supprimés par le Conseil et la Commission européenne.
Les signataires pointent également du doigt le non-respect des « lignes rouges » françaises énoncées en 2020. L’annexe sur le développement durable ne comporte aucune dimension exécutoire en matière de déforestation, et la mise en œuvre du règlement européen contre la déforestation est continuellement repoussée. L’accord ne prévoit pas non plus de suspension en cas de politiques contraires à la lutte contre le changement climatique, ni de garanties suffisantes quant au respect des normes sanitaires et environnementales de l’UE.
Enfin, les organisations dénoncent l’absurdité d’importer des carcasses de bœuf réfrigérées d’Amérique du Sud tout en exportant vers cette même région des pesticides interdits en Europe et des véhicules thermiques dont la commercialisation sera interdite sur le territoire européen à partir de 2035. Elles estiment que ces accords de libre-échange, négociés par l’UE depuis vingt ans, ne permettent ni d’exporter les normes et les valeurs européennes, ni de contrer l’influence croissante de la Chine en Amérique du Sud.
Les signataires concluent en affirmant que le rejet de cet accord n’est pas un appel à l’isolement commercial, mais une volonté de s’opposer à une mondialisation néolibérale destructrice et de promouvoir une relocalisation écologique et solidaire, capable de répondre aux besoins des populations sans compromettre l’avenir des agriculteurs, des salariés et de la planète.
Organisations signataires : ActionAid France, Action non-violente COP21, Alofa Tuvalu, Aitec, Alternatiba, Amis de la Terre France, Attac France, BLOOM, CADTM France, Collectif national Stop Mercosur, Combat Monsanto, Comité de solidarité internationale avec les Autochtones des Amériques (CSIA-Nitassinan), Comité Français pour la Solidarité Internationale, Confédération paysanne, Déclic Collectif, Ekō, France Amérique Latine – FAL, France Nature Environnement, Fédération Artisans du Monde, Foodwatch, Fondation Copernic, FSU, Générations Futures, Greenpeace France, L’Atelier Paysan, La Confédération Syndicale des Familles, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Les Ami e s de la Confédération paysanne, MRJC, Notre Affaire à Tous, Notre Maison Brûle, Pôle InPact, Pollinis, Secrets Toxiques, Terre d’Abeilles, Union syndicale Solidaires
Paris, le 9 janvier 2026
1. Accord UE-Mercosur : « Ce n’est pas la fin de l’histoire », réagit l’Élysée
2. Face aux agriculteurs, Macron fustige l’accord Mercosur, « un mauvais texte »
Télécharger la lettre ouverte commune à Emmanuel Macron en pdf.
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