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COP30 : Souligner l’importance des secteurs agroalimentaire et forestier en Asie du Sud-Est

by Clara Dubois

Publié le 8 décembre 2025 à 06h00. Les pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) pourraient renforcer leurs secteurs agricoles et alimentaires en s’appuyant sur les conclusions de la 30e Conférence des Parties (COP30) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui s’est tenue à Belém, au Brésil, en novembre dernier.

  • La COP30 a souligné l’importance cruciale du secteur agroalimentaire dans la lutte contre le changement climatique.
  • Des financements ont été débloqués pour soutenir des initiatives telles que la restauration des terres agricoles, l’agroécologie et l’agroforesterie.
  • L’ASEAN doit harmoniser ses politiques nationales avec la Stratégie de l’ASEAN pour la neutralité carbone afin de maximiser les opportunités de financement et d’adaptation.

Si certains considèrent la COP30 comme un échec, notamment en ce qui concerne la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles et la lutte contre la déforestation, elle a néanmoins mis en lumière le rôle central du secteur agroalimentaire dans l’action climatique. La conférence a également insisté sur l’interdépendance de l’agriculture et de la foresterie pour assurer la durabilité et la résilience, ainsi que sur la nécessité de donner aux moyens d’action aux exploitations familiales et aux communautés autochtones.

Le secteur agroalimentaire contribue à hauteur d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), mais ne reçoit historiquement que 4 % du financement mondial dédié à l’action climatique, soit bien loin des 1 000 milliards de dollars américains (environ 927 milliards d’euros) annuels nécessaires pour parvenir à une agriculture durable. La COP30 a marqué un tournant en lançant des initiatives de financement pour l’atténuation et l’adaptation dans ce secteur, notamment pour la restauration des terres dégradées, le développement de l’agroécologie et de l’agroforesterie, et l’innovation en matière de décarbonation.

Parmi les initiatives majeures lancées lors de la COP30, on peut citer l’accélérateur SOURCE (Investissement agricole résilient pour une dégradation nette des terres nulle), qui vise à restaurer les terres agricoles dégradées à l’échelle mondiale en fournissant des services de cartographie, des solutions de restauration et des mécanismes de co-investissement. La plateforme TERRE (Ensemble pour l’expansion d’une agroforesterie et d’une agroécologie résilientes et réparatrices) offre un financement et une assistance technique aux agriculteurs familiaux et aux coopératives pour développer des pratiques agroécologiques et agroforestières. La Facilité Forêt Tropicale Pour Toujours (TFFF) fournit des paiements à long terme aux pays tropicaux pour la conservation des forêts tropicales humides, avec un objectif de 125 milliards de dollars américains, dont 1 milliard de dollars américains provient de l’Indonésie. Le Programme d’action de la COP pour les paysages régénératifs (AARL) a mobilisé 9 milliards de dollars américains pour promouvoir des systèmes agroalimentaires résilients et régénérateurs. Enfin, le plan pour accélérer les actions en matière de restauration des terres et d’agriculture durable prévoit un engagement de 5 milliards de dollars américains pour restaurer 20 millions d’hectares et soutenir 20 millions de ménages d’ici 2030. L’accélérateur d’innovation en matière de méthane du Global Methane Hub investit 30 millions de dollars américains (objectif de 100 millions de dollars américains) dans des solutions pour réduire les émissions de méthane liées à la culture du riz.

Initiative Description Pertinence pour l’AMS
SOURCE Accélérateur financier pour restaurer les terres agricoles dégradées à l’échelle mondiale. Comprend : services de cartographie, solutions de restauration, conception de mécanismes de co-investissement, promotion de la collaboration et de l’échange de connaissances. Financement de l’atténuation et de l’adaptation (réhabilitation des terres cultivées)
TERRE Financement et assistance technique aux agriculteurs familiaux, coopératives et associations de producteurs pour développer l’agroécologie et l’agroforesterie. Financement de l’adaptation (petits exploitants agricoles et gestionnaires forestiers)
TFFF Fournit des paiements à long terme aux pays tropicaux pour la conservation des forêts tropicales humides. 5,5 milliards de dollars américains mobilisés, dont 1 milliard de dollars américains provenant de l’Indonésie (objectif 125 milliards de dollars américains). Conservation des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est.
AARL Présenté pour la première fois lors de la COP28, l’AARL cherche à promouvoir des solutions intégrées pour des systèmes agroalimentaires résilients et régénérateurs et a atteint 9 milliards de dollars américains. Financement de l’adaptation pour le secteur agricole
Plan pour accélérer les actions en matière de restauration des terres et d’agriculture durable Engagement de 5 milliards de dollars américains pour restaurer 20 millions d’hectares et soutenir 20 millions de ménages de petits exploitants d’ici 2030. Financement de l’atténuation et de l’adaptation (petits exploitants agricoles)
Accélérateur d’innovation en matière de méthane 30 millions de dollars américains (objectif de 100 millions de dollars américains) pour étendre les solutions de réduction du méthane dans le riz. Financement de l’adaptation et de l’atténuation (culture du riz)
Source : Compilation des auteurs à partir de sources publiques.

Au-delà de ces financements, les pays de l’ASEAN pourraient générer des revenus en vendant des crédits carbone sur les marchés volontaires, avec un potentiel estimé à 59 milliards de dollars américains en 2019 pour l’Asie.

Cependant, l’engagement des pays de l’ASEAN reste incertain. Actuellement, les Contributions Déterminées au niveau National (CDN) de la plupart des pays membres de l’ASEAN manquent de détails concernant les actions à mener dans le secteur agroalimentaire. Il est donc crucial que ces pays accordent la priorité à l’élaboration de politiques nationales globales pour ce secteur, en les alignant sur la Stratégie de l’ASEAN pour la neutralité carbone et en harmonisant leurs CDN. Cela pourrait encourager une mobilisation à l’échelle de la société et créer un flux de projets finançables.

Le projet vietnamien de culture de 1 million d’hectares de riz bas carbone, par exemple, a déjà attiré des financements et une expertise technique, permettant aux agriculteurs participants d’accéder à des marchés à plus forte valeur ajoutée. D’autres initiatives incluent le développement de technologies vertes pour minimiser l’utilisation de carburants fossiles, comme les engrais biologiques à base de micro-organismes. Ces projets nationaux ciblés pourraient garantir que les petits exploitants agricoles, les PME et autres acteurs bénéficient de ces opportunités.

« L’une des réalisations majeures de la COP30… a été le lancement du financement de l’atténuation et de l’adaptation dans le secteur agroalimentaire. »

L’ASEAN pourrait créer des catalyseurs, tels qu’un collaboratoire régional sur l’adaptation au climat, afin d’attirer des financements, notamment de sources philanthropiques. Ce collaboratoire pourrait faciliter la collaboration sur les mesures d’atténuation et de résilience des zones côtières, y compris les solutions fondées sur la nature, et les mesures d’adaptation pour les deltas rizicoles et les communautés de pêcheurs, afin de prévenir les conséquences néfastes du changement climatique sur les espaces riverains et marins de la région. L’ASEAN doit également adopter un ensemble commun de normes et de mesures pour le suivi, le reporting et la vérification (MRV) de la mise en œuvre des engagements pris lors de la COP30. L’ASEAN peut incarner le concept de « solidarité collective mondiale », introduit lors de la COP30 sous le terme de Mutation globale, en adoptant la pratique culturelle de la « Coopération mutuelle », qui signifie en malais ou en indonésien « aide mutuelle » et action communautaire. La communauté de l’ASEAN a mûri et coopère plus que jamais pour lutter contre le changement climatique à travers divers mécanismes, notamment le Groupe de travail technique de l’ASEAN sur la recherche et le développement agricoles (GARDE-ATTENTION). Il est impératif de renforcer et de prioriser ces mécanismes, en favorisant l’alignement intersectoriel entre l’environnement, l’agriculture et le commerce, et en forgeant davantage de partenariats entre les secteurs public et privé, ainsi qu’avec les sociétés civiles respectives.

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