Publié le 26 juin 2024 à 14h15. La Corée du Nord a dévoilé des images de la construction d’un sous-marin nucléaire, une avancée qui inquiète la communauté internationale et témoigne d’une course aux armements dans la péninsule coréenne, renforcée par le soutien russe à Pyongyang.
- Kim Jong-un a supervisé les travaux de construction d’un sous-marin qu’il présente comme capable d’emporter des armes nucléaires.
- Le submersible, d’un déplacement de 8 700 tonnes, serait plus imposant que tous les sous-marins actuellement en service dans la marine nord-coréenne.
- Cette annonce intervient dans un contexte de rapprochement entre la Corée du Nord et la Russie, et d’une modernisation des capacités militaires de Séoul avec le soutien des États-Unis.
Des images diffusées par les médias d’État nord-coréens montrent une coque de sous-marin de couleur bordeaux en cours de construction. L’Agence centrale de presse coréenne (KCNA) a qualifié ce navire de “sous-marin stratégique”, une désignation réservée aux plateformes capables de transporter des armes nucléaires. Autrement dit, Pyongyang affirme développer un sous-marin capable de lancer des missiles équipés d’ogives nucléaires.
En 2021, Kim Jong-un avait déjà mentionné la construction de sous-marins à propulsion nucléaire dans une liste d’armes sophistiquées que la Corée du Nord ambitionnait de posséder, en réponse à ce qu’il considérait comme des menaces militaires croissantes émanant des États-Unis. Cette liste comprenait également des missiles balistiques intercontinentaux à combustible solide, des armes hypersoniques, des satellites espions et des missiles à ogives multiples.
La grande question demeure de savoir si ce sous-marin est équipé d’un réacteur nucléaire, élément essentiel à son fonctionnement. Des analystes, cités par l’agence AP, suggèrent que la Corée du Nord pourrait chercher à acquérir cette technologie en Russie, auprès d’un sous-marin hors service. Il est également possible que Pyongyang travaille à développer son propre réacteur, avec une assistance technologique potentielle de Moscou.
Un sous-marin à propulsion nucléaire offre un avantage majeur en termes de discrétion, car il peut rester immergé pendant de longues périodes et opérer loin des côtes nord-coréennes, ce qui le rend difficile à détecter et à neutraliser. Sur le plan stratégique, un tel sous-marin permettrait à la Corée du Nord de développer ce qu’on appelle la capacité de seconde frappe, c’est-à-dire la capacité de lancer des missiles nucléaires même après avoir subi une attaque dévastatrice.
Ce concept est au cœur des doctrines nucléaires des États-Unis, de la Russie et de la Chine, les principales puissances atomiques mondiales.
Course aux sous-marins dans la péninsule coréenne et soutien russe
Selon Andrés Gómez de la Torre, spécialiste des questions de défense et de renseignement, le projet de sous-marin à propulsion nucléaire de la Corée du Nord s’inscrit dans une course aux armements dans la péninsule coréenne, avec un accent croissant sur la force sous-marine. Au niveau conventionnel, la Corée du Nord conserve un avantage quantitatif sur la Corée du Sud, tandis que Séoul modernise ses capacités avec le soutien direct des États-Unis, qui favorisent le développement d’une flotte sud-coréenne de sous-marins à propulsion nucléaire.
Le président russe Vladimir Poutine et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un trinquent lors d’une réception à la maison de réception de Mongnangwan à Pyongyang le 19 juin 2024. (Photo de Vladimir Smirnov / POOL / AFP)
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Parallèlement, Gómez de la Torre souligne que la Corée du Nord est devenue un partenaire stratégique clé de la Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine. Après avoir signé le Traité de partenariat stratégique de 2024, Pyongyang aurait envoyé plus de 10 000 soldats nord-coréens combattre aux côtés des forces russes dans la région de Koursk, en plus de fournir un soutien logistique et militaire.
Dans ce contexte, une aide russe dans le domaine des sous-marins ne peut être exclue, surtout si l’on considère les précédents historiques. “L’ex-Union soviétique puis la Russie ont soutenu l’Inde dans le développement de sa force sous-marine”, souligne-t-il, suggérant qu’un processus similaire pourrait se produire avec la Corée du Nord, comme contrepoids au soutien américain à la Corée du Sud.
Gómez de la Torre souligne que la Russie prend depuis longtemps le risque stratégique de renforcer militairement la Corée du Nord, une relation qui inclut le transfert de technologie, de drones et d’autres équipements militaires.
Bien que Pyongyang ait officiellement défini le projet comme un sous-marin stratégique et non tactique, les informations disponibles sont rares. Un véritable sous-marin stratégique devrait être accompagné de missiles balistiques à tête nucléaire, un défi technologique majeur. “Il existe des sous-marins à propulsion nucléaire dotés d’armes conventionnelles, mais pas nécessairement nucléaires”, précise-t-il.
Selon Gómez de la Torre, il n’y a pas suffisamment d’informations pour évaluer avec confiance la portée du projet, qui est pour l’instant un premier prototype encore en construction. Même s’il fonctionne, un seul sous-marin ne modifierait pas de manière décisive l’équilibre militaire régional : “pour cela, une flotte plus importante serait nécessaire.” Les États-Unis disposent d’environ 14 sous-marins capables de transporter des armes nucléaires, tandis que la Russie en possède 12.
Il estime que la publicité remplit avant tout une fonction de dissuasion et de guerre de l’information, typique du régime nord-coréen, caractérisé par le secret et l’ambiguïté stratégique.
Les armes les plus puissantes de la Corée du Nord
Les armes les plus puissantes dont dispose la Corée du Nord ne sont pas seulement les plus destructrices, mais aussi celles qui garantissent la survie du régime. Les missiles intercontinentaux, les armes nucléaires, les capacités sous-marines émergentes et les cyberattaques forment un arsenal conçu pour éviter d’être attaqué ; leur objectif est la dissuasion.
1. Missiles balistiques intercontinentaux (ICBM)
Cette photo du 12 juillet 2023 montre le lancement test d’un nouveau missile balistique intercontinental (ICBM), le Hwasong-18, dans un lieu tenu secret en Corée du Nord. (AFP).
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Les missiles balistiques intercontinentaux constituent le joyau de l’arsenal nord-coréen. Des modèles comme le Hwasong-18 et le Hwasong-17 sont conçus pour atteindre les États-Unis continentaux, ce qui fait de la Corée du Nord une menace stratégique mondiale. Le Hwasong-18, propulsé par du combustible solide, représente une avancée majeure, car il peut être lancé avec moins de temps de préparation, ce qui le rend difficile à détecter et à neutraliser.
2. Armes nucléaires
Bien que le nombre exact soit inconnu, les estimations internationales indiquent que la Corée du Nord possède environ 50 ogives nucléaires. Le régime a procédé à de multiples essais nucléaires souterrains et affirme avoir miniaturisé leurs têtes pour les monter sur des missiles. Ces armes répondent aux objectifs du régime : empêcher toute tentative de changement de gouvernement par des moyens militaires depuis l’étranger et forcer ses adversaires à traiter Pyongyang comme un acteur nucléaire.
3. Missiles balistiques lancés sous-marins (SLBM)
Les missiles balistiques lancés par sous-marin, comme la série Pukguksong, étendent la capacité d’attaque nord-coréenne à la sphère maritime.
4. Missiles hypersoniques
La Corée du Nord a également testé des missiles hypersoniques, capables de manœuvrer à grande vitesse et d’échapper aux défenses antimissiles. Même si les analystes débattent de son véritable degré de sophistication, le message est clair : Pyongyang cherche à surmonter les boucliers défensifs des États-Unis, de la Corée du Sud et du Japon.
5. Artillerie à longue portée
Cette photo du 9 mars 2023 montre une attaque de l’unité d’artillerie nord-coréenne Hwasong lors d’un exercice. (Photo de KCNA VIA KNS / AFP).
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En dehors du domaine nucléaire, l’une des armes les plus redoutées de la Corée du Nord est son artillerie conventionnelle puissante, déployée près de la frontière. Des milliers de pièces peuvent atteindre la zone métropolitaine de Séoul, l’une des zones urbaines les plus densément peuplées au monde. Bien qu’il ne s’agisse pas de l’arme la plus moderne, sa capacité à provoquer des dégâts massifs immédiats lui confère un énorme poids dissuasif.
6. Cyberarmes
La Corée du Nord a également développé une capacité offensive dans le cyberespace. Ses pirates informatiques ont été associés à des vols de plusieurs millions de dollars, à de l’espionnage et à des attaques contre des infrastructures numériques. Ces opérations répondent à un double objectif : financer le programme militaire sous sanctions internationales et démontrer que Pyongyang peut frapper ses adversaires sans tirer un seul missile.
