CoreWeave et Nebius Group intégreront l'indice Nasdaq-100 le 22 juin, selon l'annonce du Nasdaq. Cette inclusion, qui déclenchera des achats obligatoires via les fonds indiciels, survient alors que CoreWeave gère un carnet de commandes de 99,4 milliards de…
CoreWeave et Nebius Group intégreront l’indice Nasdaq-100 le 22 juin, selon l’annonce du Nasdaq. Cette inclusion, qui déclenchera des achats obligatoires via les fonds indiciels, survient alors que CoreWeave gère un carnet de commandes de 99,4 milliards de dollars malgré des pertes nettes trimestrielles de 740 millions de dollars.
L’intégration au Nasdaq-100 et l’effet ETF
L’entrée de CoreWeave et Nebius Group dans le Nasdaq-100 marque un tournant pour ces fournisseurs d’infrastructure cloud spécialisés dans l’intelligence artificielle. Selon Yahoo Finance, les actions des deux sociétés ont bondi respectivement de 7 % et 8 % lors des échanges nocturnes suivant l’annonce.
Ce mouvement est mécanique. Les fonds indiciels et les ETF qui répliquent le Nasdaq-100 sont contraints d’acheter des actions des entreprises intégrées, ce qui stimule artificiellement la demande et le volume de transactions.
D’autres acteurs technologiques rejoignent également l’indice : Astera Labs, Rocket Lab Corporation et Teradyne. À l’inverse, des sociétés comme Charter Communications, Cognizant, Insmed Incorporated, Verisk Analytics et Zscaler en sont exclues.
Le sentiment des investisseurs particuliers réagit vite. Sur Stocktwits, l’opinion concernant CoreWeave est passée de neutre à haussière. Un trader a d’ailleurs anticipé une hausse rapide du titre :
» $CRWV il y aura des flux forcés d’ETF. Facilement 120 $, »
Un trader, via Yahoo Finance
Cette prévision suggère un potentiel de hausse de 26 % par rapport au cours de clôture du jeudi.
Le paradoxe financier de CoreWeave : croissance et dettes
Derrière l’euphorie de l’indice se cache une réalité comptable complexe. CoreWeave se positionne comme un intermédiaire critique entre le silicium de NVIDIA et les géants du cloud. Ses revenus du premier trimestre ont atteint 2,078 milliards de dollars, soit une hausse de 111,69 % sur un an, dépassant les estimations de 5,80 %.
Pourtant, cette croissance est extrêmement coûteuse. Comme le rapporte 247wallst.com, les dépenses d’investissement (CapEx) ont explosé pour atteindre 7,7 milliards de dollars en un seul trimestre. Le flux de trésorerie disponible est ainsi tombé à moins 4,71 milliards de dollars.
La structure du bilan est préoccupante :
Indicateur Financier
Valeur
Passif total
50,81 milliards $
Capitaux propres
4,76 milliards $
Perte nette (T1)
740 millions $
Charges d’intérêts (T1)
536 millions $
Malgré ce poids financier, le carnet de commandes de l’entreprise est massif. Il s’élève à 99,4 milliards de dollars, soit près de quatre fois le montant de l’année précédente. Ce chiffre inclut un engagement de 21 milliards de dollars de Meta et un contrat pluriannuel avec Anthropic.
L’importance stratégique de CoreWeave est confirmée par son PDG, Mike Intrator :
« les quatre développeurs de modèles d’IA les plus prééminents au monde s’appuient désormais sur CoreWeave Cloud, tout comme neuf des dix leaders de l’IA hors de Chine. »
Mike Intrator, PDG de CoreWeave
L’ascension fulgurante de Nebius Group
Photo: 247wallst.com
Si CoreWeave lutte avec ses marges, Nebius Group affiche une trajectoire boursière spectaculaire avec un gain de 342 % sur les douze derniers mois. Basée à Amsterdam, l’entreprise est née en 2024 après que Yandex a scindé ses actifs internationaux suite à la guerre en Ukraine pour se recentrer sur l’infrastructure IA.
La stratégie de Nebius repose sur des partenariats de haut niveau et une expansion agressive. Yahoo Finance rapporte que la société a récemment acquis les startups Eigen AI et Tavily.
L’entreprise a également sécurisé des apports de capitaux et des contrats majeurs :
Un contrat de 27 milliards de dollars avec Meta Platforms annoncé en mars.
Un investissement de 2 milliards de dollars provenant de Nvidia.
Un contrat majeur avec Microsoft signé en septembre dernier.
Cette montée en puissance rapide attire les analystes, bien que CoreWeave conserve une notation plus favorable. Vingt-trois analystes sur trente-six recommandent l’achat de CRWV, contre neuf sur seize pour NBIS.
Ventes d’initiés et doutes sur la valorisation
Photo: Yahoo Finance
L’intégration au Nasdaq-100 ne masque pas les signaux d’alerte envoyés par les dirigeants de CoreWeave. Entre mai et juin, le PDG Mike Intrator a vendu environ 100 millions de dollars d’actions. Dans la même période, le directeur de la stratégie Brian Venturo a cédé près de 90 millions de dollars et le directeur Jack Cogen environ 107 millions de dollars.
Ces ventes massives interviennent alors que le titre a chuté de 27,24 % en un mois. Morningstar a d’ailleurs averti que l’action se négociait « juste au-dessus de son estimation de valeur juste. »
L’enjeu pour CoreWeave réside désormais dans sa capacité à redresser ses marges. Le directeur financier, Nitin Agrawal, a tenté de rassurer les marchés sur la trajectoire financière :
« le premier trimestre a été le point bas de l’histoire de nos marges »
Nitin Agrawal, Directeur financier de CoreWeave
La direction prévoit une expansion séquentielle des marges pour le reste de l’année, avec un retour à des marges opérationnelles ajustées dans la zone des deux chiffres d’ici le quatrième trimestre.
L’avenir immédiat dépendra des prochains rapports financiers. Pour 2026, la direction a réaffirmé un revenu compris entre 12 et 13 milliards de dollars, tout en relevant le bas de sa fourchette de taux de fonctionnement annualisé à 18-19 milliards de dollars. L’objectif ultime est de dépasser les 30 milliards de dollars à la sortie de 2027.
Toutefois, avec un résultat opérationnel ajusté prévu entre 30 et 90 millions de dollars pour le deuxième trimestre, face à des charges d’intérêts s’élevant à 650-730 millions de dollars, la marge d’erreur est quasi nulle. Le marché attendra de voir si le carnet de commandes colossal se transformera réellement en liquidités avant que le poids de la dette ne devienne insoutenable.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.