Home MondeDans quelle mesure les États-Unis sont-ils dépendants de la Chine ? – DW – 17/10/2025

Dans quelle mesure les États-Unis sont-ils dépendants de la Chine ? – DW – 17/10/2025

by Clara Dubois

Publié le 18 octobre 2025 03:57:00. L’escalade des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, illustrée par des tarifs douaniers croissants et des restrictions à l’exportation, révèle une interdépendance économique complexe et des stratégies de contournement de plus en plus sophistiquées.

  • Les États-Unis affichent un déficit commercial important avec la Chine, atteignant 382 milliards de dollars américains en 2023 et 526 milliards en 2024.
  • La Chine réagit aux mesures américaines en imposant des droits de douane et en limitant l’exportation de terres rares, essentielles à de nombreuses industries de pointe.
  • Pékin diversifie ses marchés d’exportation, notamment vers l’Afrique, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine, tout en délocalisant sa production pour contourner les barrières douanières américaines.

L’image d’un drapeau américain orné de l’inscription « Fabriqué en Chine » est devenue un symbole pour certains partisans de l’ancien président Donald Trump, illustrant leur inquiétude face à la dépendance économique des États-Unis vis-à-vis de la Chine. Cette image, largement diffusée sur les réseaux sociaux, notamment Truth Social, alimente les appels au boycott des produits chinois.

Mais une rupture complète des liens commerciaux entre les deux pays est-elle envisageable ? Le commerce, qui englobe des produits de haute technologie comme les smartphones et les terres rares, mais aussi des produits agricoles comme le soja, pourrait-il disparaître ? La réponse, selon les experts, est complexe.

« L’interdépendance entre les deux parties reste encore très forte », explique Scott Kennedy, expert au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), à l’agence de presse DW. « Malgré les risques économiques et sécuritaires, les deux pays continuent de tirer des avantages considérables de leurs relations commerciales. »

Les chiffres confirment cette réalité. Au cours des dix dernières années, le déficit commercial américain avec la Chine est passé de 295 milliards de dollars américains à 382 milliards. En 2024, les exportations chinoises vers les États-Unis ont atteint environ 526 milliards de dollars, soit plus de trois fois le montant des exportations américaines vers la Chine.

Les produits chinois sont omniprésents dans la vie quotidienne américaine. Sur les 526 milliards de dollars d’importations chinoises, 127 milliards concernent uniquement les smartphones et les ordinateurs. Une augmentation des tarifs douaniers aurait donc un impact direct sur les consommateurs américains.

Les tarifs douaniers punitifs imposés par l’administration Trump suscitent la colère à Pékin. Cependant, contrairement à l’Europe ou à d’autres régions, la Chine affiche une certaine assurance. Pékin a annoncé qu’elle « se battrait jusqu’au bout ».

« Menacer de droits de douane élevés n’est pas la bonne façon de négocier avec la Chine. »

Communiqué officiel chinois du 13 octobre 2025

En représailles, Pékin a déjà imposé des droits de douane et des restrictions à l’exportation, notamment sur les terres rares. Ces minéraux critiques, utilisés dans la fabrication de voitures électriques, de smartphones, de semi-conducteurs, de turbines et dans l’industrie militaire, sont importés à plus de 90 % par les États-Unis, dont plus de 80 % proviennent de Chine.

La situation est aggravée par le fait que, depuis mai 2025, la Chine n’a plus acheté de soja américain, alors que les importations américaines de soja vers la Chine atteignaient près de 13 milliards de dollars américains en 2024. Pékin se tourne désormais vers le Brésil et l’Argentine pour ses approvisionnements en soja.

Ce boycott du soja américain et les restrictions sur les exportations de terres rares sont une réponse aux contrôles américains sur les exportations de puces électroniques, renforcés depuis octobre 2022. L’objectif de Washington est de limiter l’accès de Pékin aux technologies de pointe et à l’intelligence artificielle.

Pour Christina Otte, experte Chine chez Germany Trade & Invest (Gtai), ce différend tarifaire révèle avant tout les faiblesses des États-Unis. « Les États-Unis sont probablement plus dépendants de la Chine que l’inverse », a-t-elle déclaré à DW. « Car, même si les États-Unis restent un marché important pour la Chine, leur importance n’a cessé de décliner depuis le premier mandat de Donald Trump. »

Les chiffres le confirment. Selon l’agence économique Bloomberg, la Chine a compensé la baisse de ses exportations vers les États-Unis en les redirigeant vers d’autres régions. Entre septembre 2024 et septembre 2025, les exportations de Pékin vers l’Afrique ont augmenté de 56 %, vers l’Asie du Sud-Est de 16 %, vers l’Union européenne de 14 % et vers l’Amérique latine de 15 %.

Parallèlement, les entreprises chinoises étendent leur production à l’étranger pour approvisionner le marché américain à partir de là. Les exportations sont détournées, par exemple, vers le Vietnam et la Malaisie.

Malgré ces tensions, les États-Unis restent un partenaire commercial important pour Pékin. « La Chine continue de dépendre des approvisionnements américains dans certains domaines, comme la technologie aéronautique, les puces hautes performances ou les semi-conducteurs », souligne Scott Kennedy.

La prochaine rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump, prévue à la fin du mois lors du sommet de l’APEC, aura donc pour objectif d’éviter une escalade de la spirale tarifaire. Scott Kennedy se montre optimiste : « Les relations entre les États-Unis et la Chine restent assez solides. La “chimérique” est affaiblie, mais elle n’est pas encore morte et il n’est pas facile d’y mettre un terme. »

(mn/part)

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