Home DivertissementDans son nouveau roman, John Irving décrit Vienne comme une ville xénophobe dans laquelle un étranger peut encore trouver des amis – DiePresse.com

Dans son nouveau roman, John Irving décrit Vienne comme une ville xénophobe dans laquelle un étranger peut encore trouver des amis – DiePresse.com

by Antoine Girard

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Avec son nouveau roman, l’écrivain américain John Irving signe un retour en force, explorant les thèmes de l’identité, de l’histoire et de la survie avec son humour noir habituel et une audace érotique surprenante.

John Irving est de retour, et il ne déçoit pas. Son dernier roman, « Reine Esther », publié en 2023, confirme le talent de l’auteur américain à entremêler des récits complexes, des personnages attachants et une réflexion profonde sur le monde contemporain. Loin d’un simple retour aux sources, ce nouveau livre se révèle une œuvre foisonnante, où l’humour et l’érotisme se conjuguent pour explorer les blessures du passé et les espoirs d’un avenir meilleur.

L’intrigue suit le parcours de Jimmy, un jeune homme adopté par la famille Winslow, dont les ancêtres puritains ont émigré d’Angleterre au XVIIe siècle. Né dans le New Hampshire, terre natale d’Irving, Jimmy est le fruit d’une volonté particulière : sa mère biologique, Esther Nacht, désirait un enfant sans « un pénis qui fouille en elle ». Cette phrase, à la fois crue et révélatrice, donne le ton d’un roman qui n’hésite pas à aborder des sujets tabous avec une franchise déconcertante.

La vie d’Esther Nacht est marquée par de nombreux voyages, notamment un long séjour à Vienne, où elle suivra plus tard son fils. Irving décrit Vienne comme une ville à l’atmosphère xénophobe, mais où Jimmy, à l’instar de l’auteur lui-même, parvient à trouver des amis de différentes nationalités. Il y rencontre également la mère de sa fille, une femme d’Amsterdam prénommée Vienne.

Le roman s’inscrit dans le contexte historique des dernières décennies, des nazis au Vietnam, en passant par les conflits au Moyen-Orient. Afin de protéger Jimmy de la conscription pendant la guerre du Vietnam, des plans audacieux sont mis en œuvre, allant jusqu’à envisager une mutilation. Jimmy, qui aspire à devenir écrivain, refuse catégoriquement cette option.

« Reine Esther » est également un roman profondément littéraire, truffé de références à la grande littérature européenne. On y retrouve des échos de « Grandes Espérances » de Charles Dickens, d’« Hamlet » de Shakespeare, du journal d’Anne Frank, et de nombreux autres auteurs. L’œuvre d’Irving est également influencée par le cinéma, notamment les westerns et les films de réalisateurs juifs comme Billy Wilder.

La chanson « A Hard Rain’s a-Gonna Fall » de Bob Dylan inspire même le nom d’un chien de berger allemand, « Hard Rain », qui joue un rôle important dans l’histoire. Tout semble s’entremêler dans ce roman complexe, mais un fil conducteur émerge : la capacité des êtres humains à s’entraider et à trouver un sens à leur existence, même dans un monde cruel.

Esther Nacht, dont le personnage est inspiré de la reine Esther biblique, est au cœur de ce récit. Elle souhaite se faire tatouer une citation de « Jane Eyre » de Charlotte Brontë, témoignant de sa quête d’indépendance et de respect de soi : « Plus je suis seule, moins j’ai d’amis, moins les gens m’aident, plus je veux me respecter. » Au fil de l’histoire, Esther se révèle être la véritable héroïne du roman, une combattante pour la cause juive qui perd même un bras dans sa lutte.

Le récit de la reine Esther, relaté dans l’Ancien Testament, est une allégorie de la survie du peuple juif face à la persécution. Dans le roman d’Irving, la devise tirée de ce récit – « Moi et mon peuple avons été vendus pour nous tuer, nous assassiner et nous exterminer » – souligne la vulnérabilité et la résilience d’une communauté confrontée à l’adversité.

Malgré la gravité des thèmes abordés, le roman d’Irving n’est pas un appel à la vengeance. Il ne contient aucune prise de position politique explicite sur le conflit israélo-palestinien, notamment sur l’attaque du Hamas en octobre 2023, qui a coûté la vie à plus de 1 200 Israéliens. Au contraire, l’œuvre plaide pour la coexistence pacifique entre les cultures et les religions.

Irving, connu pour son aversion envers l’agressivité du républicain Donald Trump, rend hommage à la complexité de la condition humaine avec courage et humour. Il offre un plaidoyer humaniste, empreint de compassion pour les personnages qu’il envoie au long voyage de la vie.

John Irving

Reine Esther

Roman. Traduit de l’anglais américain par Peter Torberg et Eva Regul. 560 p., couverture rigide, 33,95 € (Diogène)

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