La maison d’enfance de David Bowie à Bromley, dans le sud de Londres, ouvrira ses portes au public pour la première fois en 2027, offrant aux fans un aperçu unique du lieu où l’artiste a forgé ses premières ambitions. L’annonce intervient à l’approche du 10e anniversaire de sa disparition, le 10 janvier 2026.
C’est au 4 Plaistow Grove que le jeune David Jones, de 1955 à 1968, a vécu une véritable révélation culturelle. La Heritage of London Trust a récemment acquis cette maison de deux étages, deux pièces, et s’apprête à la restaurer pour en faire un lieu de mémoire et d’inspiration.
La petite chambre d’adolescent de Bowie, d’environ 2,7 mètres sur 3 mètres, sera au cœur de l’expérience visiteur. L’artiste lui-même se souvenait en 1990 : « J’ai passé tellement de temps dans ma chambre. C’était vraiment tout mon univers. J’y avais mes livres, ma musique, mon tourne-disque. Pour passer de mon monde à l’étage à la rue, je devais traverser ce no man’s land qu’était le salon. »
Geoffrey Marsh, co-commissaire de l’exposition « David Bowie Is » au Victoria and Albert Museum (V&A) en 2013 et futur responsable de la restauration, témoigne de l’atmosphère particulière qui se dégage du lieu : « Se tenir dans cette pièce aujourd’hui est extraordinaire. On se dit que quelqu’un qui n’avait aucun avantage particulier, qui venait d’une famille ordinaire, qui fréquentait une école ordinaire… qu’est-ce qui s’est passé ici pour créer cette ambition dévorante de réussir, de vouloir devenir une star, et qui l’a mené jusqu’au bout ? »
La maison exposera des archives inédites, notamment des ouvrages de musique et d’architecture de la collection de Bowie. On pourra y découvrir ses bulletins scolaires, griffonnés en marge d’un livre, et des annotations révélatrices de son engouement pour la culture américaine : « Il s’est même affublé du titre de ‘Jr.’ pour afficher son allégeance », précise Marsh. « C’est très magique. »
Une photographie de Little Richard, son idole, découpée dans un magazine à l’âge de 10 ou 11 ans et collée sur le mur de sa chambre, sera également remise à sa place d’origine. Bowie l’avait conservée tout au long de sa vie. Ses disques d’Elvis Presley – certains rapportés par son père, employé par l’association caritative Dr Barnardo’s – compléteront l’exposition.
Des témoignages d’amis proches, comme l’artiste et musicien George Underwood (qui a involontairement modifié la couleur de ses yeux suite à un coup reçu à l’école) et l’actrice Dana Gillespie, qui se souvient d’avoir dégusté des sandwichs au thon lors de ses visites, aideront à reconstituer l’atmosphère de l’époque.
Le projet est lancé grâce à une subvention initiale de 500 000 £ (environ 580 000 €) de la fondation Jones Day et sera complété par une campagne de financement participatif.
La restauration, confiée à l’architecte Julian Harrap, qui a déjà travaillé sur le Sir John Soane’s Museum et Pitzhanger Manor and Gallery, visera à reproduire l’aspect de la maison vers 1963, lorsque Bowie avait 16 ans. Une étude approfondie des murs et des sols sera menée pour retrouver les couleurs et les papiers peints d’origine.
Au-delà de la simple commémoration, la maison accueillera des ateliers créatifs et des formations professionnelles pour les jeunes, s’inspirant du mouvement Arts Lab de Beckenham initié par Bowie. « Le monde de la musique peut être particulièrement déroutant pour un adolescent », explique Marsh. « L’idée est de leur montrer les facteurs qui ont permis à David de réussir, et de les aider à trouver leur propre voie. »
Une consultation publique sera organisée pour recueillir l’avis des habitants. Marsh espère un soutien local fort : « Ils ont déjà une maison célèbre ici, celle de Charles Darwin. Je pense que David apportera un contraste intéressant. »
Des modifications architecturales seront nécessaires : l’extension des années 1970 sera démolie, et les deux chambres à l’étage, autrefois séparées, seront de nouveau divisées. « Et bien sûr », ajoute Marsh, « à l’époque, il n’y avait pas de toilettes ni de salle de bain à l’intérieur, il faudra donc tout enlever. »
L’acquisition de la maison témoigne également de l’évolution du marché immobilier londonien. Les anciens propriétaires, qui y vivaient depuis 1970, ont proposé le bien à la Heritage of London Trust, en raison de l’escalier « incroyablement raide ». Le prix d’achat initial n’est pas connu, mais une maison voisine d’une chambre a été vendue 520 000 £ (environ 600 000 €) en août dernier, après avoir été acquise pour 80 000 £ (environ 93 000 €) en 1997.
Quant à savoir si Bowie était heureux à Plaistow Grove, Marsh se montre prudent : « C’est une question délicate. » Si son père, Haywood, l’a toujours soutenu, sa relation avec sa mère, Margaret, était plus complexe. « Il disait qu’il se réfugiait dans sa chambre pour échapper au salon. Et je pense que c’est en partie ce qui a nourri son ambition : être assis seul dans sa chambre, à réfléchir et à travailler. »
En observant les photographies de Bowie à l’âge de 16 ans, Marsh est frappé par son regard direct et son sens inné du style : « Il regarde droit dans l’objectif. C’est incroyable pour un adolescent, à une époque où il n’y avait pas de boy bands, de stylistes ou de conseillers en image. Il a créé sa propre coiffure, ses propres tenues, il a tout pensé dès son plus jeune âge. » Marsh invite le public à examiner attentivement les photos de Bowie à la maison, et à contacter la Heritage of London Trust si des chutes de papier peint correspondant à l’époque se trouvent encore dans leurs greniers.
