Publié le 3 novembre 2023. Malgré le retard de l’Allemagne dans l’adoption de la directive européenne CSRD sur la durabilité, les grandes entreprises allemandes anticipent déjà les nouvelles normes de reporting, révélant un engagement croissant envers la transparence et la responsabilité environnementale.
- 33 des 37 entreprises du DAX ont volontairement appliqué les nouvelles normes européennes de reporting sur la durabilité (ESRS).
- Une étude du WWF Allemagne, du WWF Autriche et de l’Université des sciences appliquées de Vienne met en évidence une amélioration significative de la transparence et de la comparabilité des informations sur la durabilité.
- Le WWF appelle le gouvernement allemand à accélérer la mise en œuvre du CSRD et à défendre les normes ESRS au niveau européen.
Les entreprises allemandes semblent prendre les devants en matière de reporting sur la durabilité, malgré la lenteur de la mise en œuvre de la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) par le gouvernement allemand. Une étude conjointe du WWF Allemagne, du WWF Autriche et de l’Université des sciences appliquées de Vienne révèle que 33 des 37 sociétés cotées au DAX ont déjà commencé à rendre compte de leurs performances en matière de durabilité selon les nouvelles normes européennes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) – et ce, même si l’obligation légale n’est pas encore en vigueur en Allemagne.
Selon David Helbig, expert du WWF pour les rapports sur la durabilité, cette initiative proactive témoigne d’une prise de conscience croissante de la part des entreprises quant à l’importance et à la valeur stratégique des informations sur la durabilité.
« La lente mise en œuvre du CSRD par la politique allemande contraste avec de nombreuses entreprises qui précèdent et appliquent volontairement les nouvelles normes. Un signe clair que de nombreuses entreprises ont reconnu les besoins et la valeur ajoutée stratégique des informations sur la durabilité. »
David Helbig, expert du WWF pour les rapports sur la durabilité
L’analyse des premiers rapports ESRS des sociétés DAX40 et ATX Prime pour l’exercice 2024 démontre que ces nouvelles normes améliorent considérablement la qualité du reporting sur la durabilité. Elles favorisent la transparence et la comparabilité des stratégies et des plans de transition vers un modèle économique plus respectueux du climat et de la biodiversité. En moyenne, les entreprises ont identifié 7,2 sujets sur 10 comme étant essentiels dans leur chaîne de valeur.
Les entreprises reconnaissent les avantages d’un reporting plus transparent, notamment une confiance accrue de la part des investisseurs et une amélioration de leur compétitivité.
« Les entreprises comptent depuis longtemps sur de vastes rapports de durabilité parce qu’ils en profitent : plus de transparence, plus de confiance – et donc plus d’investissements et de compétitivité. La sécurité de la planification est désormais nécessaire au lieu de nouvelles étapes dans les règles. »
David Helbig, expert du WWF pour les rapports sur la durabilité
Cependant, le WWF s’inquiète de l’initiative omnibus de la Commission européenne, qui pourrait affaiblir les normes ESRS sous prétexte de simplification administrative. L’organisation craint que cette initiative ne remette en question les fonctions de reporting environnemental essentielles et ne compromette la base de données nécessaire à la prise de décisions éclairées en matière de durabilité.
« Pour la première fois, les ESR permettent une représentation systématique et comparable des effets et des risques de la durabilité. Une restriction du groupe d’utilisateurs CSRD dans le cadre du processus de bus serait un pas mortel en arrière. Sans base de données large, la base des décisions à percer des futurs est manquante. »
David Helbig, expert du WWF pour les rapports sur la durabilité
L’étude révèle également des disparités sectorielles significatives. Le secteur financier accorde une importance considérablement moindre aux questions de durabilité que les autres secteurs. Alors que les entreprises manufacturières évaluent en moyenne 8 sujets sur 10 comme pertinents et le secteur des transports 7,7, le secteur financier n’en identifie que 5,2. Les banques et les compagnies d’assurance allemandes et autrichiennes ont tendance à sous-estimer les risques liés à l’eau, à la biodiversité et à la pollution, même si leurs activités contribuent à ces problèmes par le biais de leurs prêts et de leurs investissements. Cette contradiction soulève des questions sur la transparence et la gestion des risques.
Le WWF appelle le gouvernement fédéral allemand à agir sur deux fronts : accélérer la mise en œuvre du CSRD au niveau national et défendre les normes ESRS au niveau européen. Plus précisément, l’organisation demande de maintenir le principe de la double essentialité au cœur des normes, de ne pas affaiblir les normes environnementales E2-E5 et de conserver l’obligation d’examen.
Le Dr Josef Baumüller, de l’Université des sciences appliquées de Vienne, met en garde contre les conséquences négatives de l’initiative omnibus pour les entreprises.
« L’initiative Omnibus punit les entreprises qui ont fait leurs devoirs. Les petites entreprises seront également confrontées à une variété de requêtes de données non structurées et peu claires à l’avenir, ce qui conduit à un fardeau de coût plus élevé. »
Dr Josef Baumüller, Université des sciences appliquées de Vienne
Le WWF souligne que les informations sur la durabilité ne sont pas une charge bureaucratique, mais un pilier essentiel d’une économie durable. Compromettre ces informations, c’est mettre en péril la compétitivité et l’avenir économique du pays.
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